[Critique] MACHETE KILLS

CRITIQUES | 2 octobre 2013 | Aucun commentaire
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Titre original : Machete Kills

Rating: ★★★☆☆
Origine : États-Unis
Réalisation : Robert Rodriguez
Distribution : Danny Trejo, Michelle Rodriguez, Mel Gibson, Amber Heard, Sofia Vergara, Charlie Sheen (Carlos Estevez), William Sadler, Cuba Gooding Jr., Antonio Banderas, Lady Gaga, Demián Bichir, Walt Goggins, Jessica Alba, Vanessa Hudgens, Tom Savini, Electra Avellan, Elise Avellan…
Genre : Action/Comédie/Suite/Saga
Date de sortie : 2 octobre 2013

Le Pitch :
Machete est de retour ! Sauvé par le Président des États-Unis d’Amérique d’une mort (presque) certaine, Machete se lance sur les traces d’un redoutable terroriste aux noirs desseins. Cette fois-ci, c’est le Monde qui réclame l’aide de Machete. Rien de moins…

La Critique :
Dans Machete Kills, Demián Bichir joue un schizophrène. À la façon de Jim Carrey dans Fou d’Irène, il est tour à tour gentil et compréhensif puis complètement ravagé et assoiffé de sang. Un détail amusant car quand on observe la filmographie de Robert Rodriguez, on remarque que lui aussi est un peu schizo. Il existe en effet deux Rodriguez. Le premier a réalisé Sin City, The Faculty, Spy Kids, Une Nuit en Enfer et Desperado. Des films de genre référentiels mais relativement sages, surtout au regard de ce qui allait suivre. Le Rodriguez fou-furieux s’est plus ou moins réveillé avec Spy Kids 2, mais surtout dès Spy Kids 3, qui démontrait sa faculté à exprimer ses plus vils instincts cinématographiques sans rien s’interdire. Certainement poussé par la ferveur internationale et exponentielle de ses fans, Rodriguez a commencé à péter les plombs et à livrer des œuvres toujours plus délirantes et décousues, aux budgets rétrécis par sa volonté d’assurer de multiples taches simultanément. Parfois, le sage Rodriguez revient et fabrique des longs-métrages plus construits, plus réfléchis et aboutis, comme Sin City, mais le trublion n’est jamais loin.
Roberto aime le cinéma de genre. Celui qui faisait le bonheur des cinéphiles, il y a de nombreuses années et qui se trouve être au centre de son projet avec Tarantino (Grindhouse). Au fur et à mesure, il s’en rapproche, mais n’oublie pas de rajouter une large louche de son toucher si spécial. Ainsi, Desperado est certes loin d’être réaliste, mais il conserve une structure assez nette et ne va pas non plus rameuter de grosses excentricités. Il était une fois au Mexique, la suite, franchit par contre allègrement la ligne jaune. On ne parle même pas de Planète Terreur, qui annonçait clairement la déferlante débilo-transgressive Machete. Pareil pour les Spy Kids qui finissent par transformer dans le troisième volet, ce pauvre Stallone, en malade mental tripolaire (carrément) au look des plus conceptuels… Avec Machete justement, c’est la même chose… en pire. Ou en mieux, tout dépend de votre sensibilité à la chose, mais mine de rien, il s’est passé un truc entre le premier et le second. Rodriguez a oublié de prendre ses cachets peut-être. Il n’a pas de bride, rien ne le retient et tout ceux qui ont embarqué dans son radeau de fortune, l’ont accompagné sans condition dans cette aventure épicée, aussi raffinée qu’un plat de fayot bourré de bon gros morceaux de lard.

Machete Kills a été tourné en 29 jours. Il met en scène une bonne quinzaine de stars de premier plan (stars et non acteurs car dans le lot, on trouve Lady Gaga qui livre une performance aux antipodes du métier d’acteur) dont certaines véritablement énormes (Mel Gibson notamment). Il y a un grand nombre de comédiennes ultra sexy et de mecs sévèrement burnés. On peut voir beaucoup d’explosions, de décapitations, de fusillades et de poursuites automobiles. En moins d’un mois, Rodriguez a dirigé ce grand cirque buriné pour au final accoucher d’un film.
C’est peut-être ce tournage aussi vite torché qui explique le grands mystère de Machete Kills. En effet, pourquoi le film manque-t-il à ce point de rythme ? Malgré tous les trucs super excitants (les bombes en petites tenues, les explosions, etc…), Machete Kills accumule les baisses de régime et ressemble au final à un assemblage hasardeux de scènes. Globalement, le métrage est néanmoins un tableau bariolé en forme de bon vieux doigt d’honneur aux conventions en vigueur dans le grand monde du septième-art qui assume sa connerie franche et débridée. Plus c’est con, plus c’est bon affirme l’adage. Peut-être… Cet esprit rebelle mal canalisé qui caractérise Rodriguez a aussi ses bons côtés, bien évidemment. Mais à force de charger la mule sans trop regarder ce que l’on fait, on finit par se manger le mur…
En cela, Machete Kills va loin. Très loin. Trop loin diront certains, notamment ceux qui ont allègrement conchié Machete premier du nom. La première scène donne le ton et emmène Machete dans l’espace (pas dans la bagnole Renault hein…) le temps d’une bande-annonce peut-être bien moins parodique qu’elle ne peut le laisser croire. Sabre laser et combats à l’atomiseur sont au programme, avant de regagner la frontière mexicaine et ses méchants cramés (dans tous les sens du terme). Le ton est donné, et on ne pourra pas reprocher à Roberto de pas nous avoir averti. Un peu comme si le film était précédé d’un message du style : « Attention, le film que vous allez voir est complètement con. Éloignez les aficionados des Cahiers du Cinéma. »

Toujours très bien entouré et tout autant mis en valeur que précédemment, Danny Trejo, certainement l’acteur le plus badass de la galaxie, boit son petit lait. Machete est une version hybride de Rambo et de James Bond. Utilisé par le gouvernement américain, le bad mother fucker mexicain est increvable. Chaque mot qui sort de sa bouche vaut de l’or et il emballe sévère les muchachas impuissantes face à son incroyable charisme. Tout ici est mis en œuvre pour faire de ce héros pas comme les autres, une icône absolue du cinéma bis. Les bruitages appuient les regards en biais de cette figure mystique et les méchants tombent comme des mouches. Avec le rôle de sa vie, Trejo fait des merveilles et se coule dans un moule fait sur-mesure. Autour du roc Trejo s’agite une galerie impressionnante de gueules diverses et variées. Parmi les plus veinardes, on remarquera Amber Heard, sublime à nouveau, badass elle aussi et vraiment impeccable en version déviante d’une James Bond Girl à la dent dure ; Demián Bichir, le salopard schyzo ; la légende Mel Gibson, en roue libre pour la bonne cause d’un personnage aux petits oignons et totalement borderline ; Michelle Rodriguez, de retour dans la peau de la muy caliente révolutionnaire borgne ; ou encore Charlie Sheen, alias Carlos Estevez (c’est l’inverse en fait, Estevez étant son vrai nom) qui campe un Président of The United States quetard, pas si éloigné du rôle que joue l’acteur dans la vraie vie et donc forcement jubilatoire. Les autres ne font que passer : Lady Gaga joue atrocement mal, tout en minauderies insupportables (c’était prévisible), Vanessa Hudgens est jolie mais c’est tout, Antonio Banderas et Cuba Gooding Jr. font de la figuration polie, et Tom Savini donne à nouveau dans le caméo jouissif. On n’oubliera pas Sofia Vergara, en pleine hystérie, qui fatalement, finit dans le mur, avec son pénis pistolet (le même que Sex Machine dans Une Nuit en Enfer) et son soutien-gorge mitraillette. Hélas, le scénario de Machete Kills n’est pas tendre avec tous ses personnages…

Visuellement entaché par une utilisation abusive et sauvage du sang numérique, Machete Kills repose sur un assemblage kitsch qui ne sera du goût de tous. Rodriguez s’auto-cite, lorgne du côté des navets fauchés des années 70 et 80 et au final il s’amuse au point d’exclure un peu le spectateur.
Véritable orgie visuelle et sonore, Machete Kills, à cause des défauts énoncés plus haut, reste inférieur à son prédécesseur. Un premier volet qui jouissait d’une cohérence tout de même plus grande. Ce qui peut paraître difficile à croire et suffit donc probablement à donner une idée de ce grand bordel qu’est Machete Kills. Et c’est d’autant plus regrettable qu’on sait, qu’avec plus d’application, Rodriguez peut allier ce côté chien fou avec sa capacité à livrer de mémorables et authentiques morceaux de culte, comme en témoigne Planète Terreur.

Cependant, si Rodriguez va vraiment au bout de son délire et confirme un troisième épisode, entamé à la fin du film, force est de reconnaître, qu’on est pas au bout de nos surprises. À chacun de voir si c’est une bonne ou une mauvaise nouvelle.

@ Gilles Rolland

Machete-Kills-Amber-HeardCrédits photos : Wild Bunch Distribution

Par Gilles Rolland le 2 octobre 2013

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