[Critique] MAD MAX : FURY ROAD

CRITIQUES | 14 mai 2015 | 5 commentaires
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Titre original : Mad Max : Fury Road

Rating: ★★★★★
Origines : Australie/États-Unis
Réalisateur : George Miller
Distribution : Tom Hardy, Charlize Theron, Nicholas Hoult, Zoë Kravitz, Rosie Huntington-Whiteley, Riley Keough, Nathan Jones, Josh Helman, Hugh Keays-Byrne…
Genre : Action/Suite/Saga
Date de sortie : 14 mai 2015

Le Pitch :
Dans un monde post-apocalyptique, ravagé par différentes guerres passées, Max Rockatansky, un ancien flic, tente de survivre. Harcelé par les démons d’un passé violent, marqué par de trop nombreuses tragédies, il lutte, seul, dans l’immensité d’une terre aride cramée par le soleil. Capturé par les hommes du terrifiant Immortan Joe, un dictateur impitoyable régnant sur cette Désolation, Max vient à croiser la route d’Imperator Furiosa, alors que celle-ci vient de dérober à Joe son bien le plus précieux. C’est ainsi que débute une course-poursuite sans pitié, dans le désert…

La Critique :
Les plus jeunes ne mesurent peut-être pas tout à fait l’importance de Mad Max premier du nom. Réalisé avec trois fois rien dans le désert australien par un inconnu, et porté par un acteur lui aussi très loin des écrans radars du star-system, le long-métrage a rapidement posé les bases d’un genre à part entière, à savoir le cinéma post-apocalyptique. Sur grand écran, à la télévision, dans les bouquins ou les jeux-vidéos, d’une certaine façon, Max est aujourd’hui presque partout. En 1985, George Miller livre le troisième volet des aventures de l’ancien flic, après un second épisode tonitruant, encore plus monumental, davantage porté sur l’action, désenchanté et violent. Un troisième opus mal aimé ou mal compris, plus « familial », qui clôtura une des trilogies les plus cruciales du 20ème siècle. 30 ans plus tard, au terme de nombreux reports et autres mésaventures propres à la faculté de l’industrie cinématographique moderne de mettre parfois des bâtons dans les roues à ceux qui refusent de se plier aux règles en vigueur, Max Rocktansky est de retour ! Mel Gibson a quitté le véhicule, mais au fond, même si c’est regrettable, ce n’est pas très grave. Les quelques secondes du premier véritable trailer nous ayant rassuré quant au fait que l’important n’était pas uniquement là. Préparés, nous l’étions, certes, mais pas suffisamment. Heureusement, la promo massive n’a pas eu la peau de l’effet de surprise. Assis dans le noir, une fois le logo rouillé de la Warner passé, le bruit des moteurs gonflés à bloc se fait entendre, suivi par la voix caverneuse du héros. De dos, les cheveux longs, il pose le décors, annonce la couleur, raccroche rapidement les wagons et va à l’essentiel. Nous voici de retour dans l’enfer de Max. Bienvenue chez les fous. Bienvenue sur Fury Road. Attention à la monumentale détonation. Attention au chef-d’œuvre.
On nous avait promis le retour de l’un des personnages les plus iconiques du cinéma. Un film d’action ultime, réalisé par un génie visionnaire. Une œuvre totale, sans compromis, ni trop d’effets numériques. On nous avait annoncé une gigantesque course-poursuite de 2h sans aucun temps mort. Mad Max : Fury Road devait raviver les braises du blockbuster à l’ancienne, en poussant tous les compteurs dans le rouge. Qu’en est-il au final ? Et bien c’est exactement cela et bien plus encore !

Mad- Max-fury-road-Charlize-Theron-Nicholas-Hoult

Dès le départ, George Miller nous offre l’une des ouvertures les plus sauvages, enthousiasmantes et jubilatoires de l’Histoire du cinéma. En quelques minutes, sans toucher terre, en plein possession de ses extraordinaires moyens, il fait exploser les repères et met les choses au point : oui il pète la forme et non, finalement, rien ne nous aura préparé à quelque chose d’aussi timbré. La suite est à l’avenant, c’est à dire remarquable de maîtrise. Un vrai film d’action, qui offre de l’action, des frisons, de l’aventure et de l’émotion. À fleur de peau, en roulant à 150 km/h sur le sable brûlé par un soleil omniprésent, Mad Max : Fury Road remonte le cours du temps, va chercher l’essence du cinéma populaire de divertissement de l’âge d’or des années 80, et utilise les gros moyens mis à sa disposition pour booster ses intentions et venir nourrir son sens du spectacle. Visionnaire, Miller l’est assurément, et rien ne viendra se mettre en travers de sa route.
Mis en scène dans un vrai désert, avec de vraies voitures, de vrais cascadeurs bien burnés et aucun fond vert (ou presque), ce véritable uppercut dans la tronche redéfinit les contours de tout un style, qu’il plie selon sa volonté. Aujourd’hui, les types de la trempe de George Miller sont rares. Le mec est un résistant. Néanmoins, nul besoin de dénigrer les blockbusters ultra-modernes qui aujourd’hui, explosent le box-office à coups d’effets-spéciaux. Mad Max : Fury Road a son propre style. Il trace son chemin et finalement, il est tout à fait possible d’apprécier les deux versants d’une même industrie, même si le caractère frondeur de types comme Miller, confère à Fury Road une sympathie qui peut faire défaut aux autres. Lui, il redistribue les cartes et prend de force la place qui lui revient de droit.
À la fois moderne et délicieusement vintage, parfaitement réalisé par un réalisateur garant d’une cinématographie qu’il a largement contribué à bâtir il y a plusieurs décennies, Fury Road s’impose comme le champion de sa catégorie car il ne fait montre d’aucune faiblesse. Course-poursuite barbare assumée, prenant en compte la place de son héros dans l’inconscient collectif du public, il ne tergiverse pas et va droit au but, sans ralentir, si ce n’est à la fin, le temps d’une courte respiration indispensable, avant le bouquet final. Les personnages se construisent dans la douleur, les tempêtes de sable, le sang, les larmes et le gasoil. On sait que Fury Road est aussi un trésor d’écriture car les acteurs parviennent justement à exister dans l’action, sans scène d’exposition à rallonge ou raccourcis faciles. À armes égales, Tom Hardy, superbe Mad Max taiseux, massif et charismatique en diable, et Charlize Theron, qui campe avec une intensité folle une Furiosa électrique, aussi séduisante que redoutable, mais aussi pleine d’une émotion contenue et transformée en rage pure, emmènent le reste de la distribution sur des chemins de traverses taillés par un George Miller tellement bon dans la direction d’acteurs, qu’il ne donne même pas l’impression de les diriger. Nicholas Hoult, troublant, impressionne également de par la complexité de son jeu et l’évidence et la naïveté qui en ressortent, tandis que le grand méchant, incarné par Hugh Keays-Byrne (qui campait déjà le bad guy dans le premier Mad Max) symbolise un mal torturé absolument glaçant. Même sentence pour Zoë Kravitz et tous les autres. Mad Max ne laisse personne sur le bas-côté, sachez-le, et tout le monde, à sa façon, est droit dans ses bottes et complètement en phase avec un élan collectif d’une puissance inouïe.

Film d’action mâtiné de science-fiction, daventure, d’horreur ou même de comédie, Mad Max : Fury Road joue l’outrance en permanence. Partout se cachent des détails qui trahissent un jusqu’au-boutisme jouissif. Des petits détails, comme ce guitariste aveugle qui rythme de ses riffs heavy metal la poursuite, de ces maquillages incroyables, des lignes destroy de tous les véhicules ou encore des décors de cette infrastructure délirante qui sert de château au redoutable Immortan Joe et à son armée de fous.
Lisible en permanence, jamais lassant, Mad Max : Fury Road jouit également d’une photographie à tomber à la renverse et d’une bande-originale pertinente et flamboyante. L’intrigue, au fond très basique, est sublimée par les intentions de son auteur, qui table sur une efficacité brute et sur son imagerie hardcore pour sortir du cadre sans prétendre inventer la poudre (ce qu’il a pourtant fait). Les mots manquent quand il s’agit de décrire ce que l’on peut ressentir face à un tel spectacle, tellement celui-ci s’avère hors-norme. Sachez seulement que tout ce que vous avez pu lire ou entendre de délirant, ici ou ailleurs, à propos de la dernière livraison de ce génial cinglé de George Miller, est vrai, mais que rien ne peut remplacer le fait de se frotter soi-même au monstre. Des films comme celui-là, il y en a très peu. C’est ce qui les rend encore plus précieux. Parce que de nombreuses scènes sont d’ores et déjà gravées dans nos mémoires de cinéphiles et parce qu’il fait office de classique instantané pour tout un tas de raisons, Mad Max : Fury Road est important. Mais au-delà tout cela, c’est pour le plaisir qu’il procure et pour son refus de s’abandonner au cynisme que ce film est grand. Et encore, le mot est faible.

@ Gilles Rolland

Mad-Max-fury-road-Tom-HardyCrédits photos : Warner Bros. France

 

Par Gilles Rolland le 14 mai 2015

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Karl Libus
Karl Libus
6 années il y a

Il est toujours agréable de te lire, tu ne perds pas de temps et ta critique donne une envie redoutable, parce que addictive, d’aller voir ce chef d’œuvre de Miller.
Une passion “MAD” in Gilles Roland, on en reprend un “MAX”
😉

paulus
paulus
6 années il y a

toujour une bonne définition du film gilles j ai vu la bande annonce comme tu dit ce film va être époustouflant

Jerome
Jerome
6 années il y a

Je partage tout à fait ton enthousiasme. Je n’aime pas trop comparer ce qui n’est pas comparable mais entre la drôle d’impression mitigée ressentie après avoir vu Avengers2 (que j’ai déjà presque oublié), je me suis retrouvé scotché à mon siège pendant 2 heures devant ce nouveau Mad Max.
Et j’aimerais ajouter une chose à propos du scénario que certaines critiques ont jugé simpliste pour mieux favoriser l’action. Je dis NON : le scénario est extra mais il faut lire parfois entre les images. Ainsi, ce grand pamphlet humaniste renvoie les 2 sexes dos à dos dans la guerre sourde que se livrent l’homme et la femme dans notre société moderne, et prône, en lieu et place de l’égalité, la com-ple-men-ta-ri-te pour assurer la pérennité de la communauté, comme la graine a besoin d’eau pour germer….