[Critique] MAGIC IN THE MOONLIGHT

CRITIQUES | 23 octobre 2014 | Aucun commentaire
Magic-in-the-Moonlight-affiche-France

Titre original : Magic in the Moonlight

Rating: ★★★★☆ (moyenne)
Origine : États-Unis
Réalisateur : Woody Allen
Distribution : Colin Firth, Emma Stone, Eileen Atkins, Marcia Gay Harden, Hamish Linklater, Jacki Weaver, Erica Leerhsen, Catherine McCormack…
Genre : Comédie/Romance
Date de sortie : 22 octobre 2014

Le Pitch :
Un célèbre illusionniste, cynique et désabusé, est dépêché par un ami dans le sud de la France, afin de démystifier une jolie médium, dont les exploits surnaturels mettent en émoi la bonne société…

La Critique (Nicolas) Rating: ★★★½☆ : ICI

La Critique (Gilles) Rating: ★★★★☆ :
Depuis ses débuts, Woody Allen exerce son art avec une assiduité incroyable. Cela peut paraître étrange comme affirmation, mais les faits sont là. Allen se lève et va bosser. Quand son film est terminé, plutôt que de se prêter au jeu de la promo, qu’il survole gentiment (il a zappé la première new-yorkaise de Blue Jasmine), il passe à un autre projet. À l’heure où vous verrez Magic in the Moonlight, son prochain long-métrage sera d’ailleurs déjà en boite, ou presque. Les idées fusent, les comédiens ne refusent jamais ses propositions et tel un stakhanoviste du septième-art, Woody Allen enchaine les tournages. Il prend le temps de jouer du jazz, de lire et de voir des films, mais globalement, son rythme de vie ne semble pas si différent du notre. Quand d’autres passent plusieurs années sans faire parler d’eux, Allen ne s’arrête jamais. C’est son métier et il aime ça.
D’œuvres importantes, en fables plus légères, le cinéaste continue de tracer sa route, peut se targuer de conserver son final cut, et semble hermétique aux modes et aux courants qui bouleversent le cinéma et l’art en général, pour la simple et bonne raison, qu’au fond, un film, quel qu’il soit, ne doit réussir qu’une chose : s’adresser au spectateur d’une façon qui lui permettra de s’accrocher et de faire battre un peu plus vite le palpitant, coller la chair de poule ou encore émouvoir et faire rire. Pas besoin alors de chercher à flatter son audience, avec de nouvelles astuces. Allen fait ses films et les studios suivent. Il est intouchable.

Dans cette logique, comme bien d’autres des films les plus réussis de la filmographie de Woody Allen, Magic in the Moonlight s’apparente à une parenthèse enchantée. Le metteur en scène invite son public à pénétrer une bulle hors du temps (même si l’action se déroule dans les années 20), en compagnie de personnages inscrits dans une mythologie plus vaste, dont la construction a débuté il y a bien longtemps, quand le réalisateur faisait ses débuts. En cela, on est ici dans quelque chose de joliment désuet. Magic in the Moonlight se pose comme une fable romantique, saupoudrée d’un mysticisme propre à laisser s’exprimer l’une des obsessions les plus récurrentes du metteur en scène. Amateur de magie depuis toujours, Allen utilise ici l’illusion comme un révélateur aux sentiments humains, qu’il assimile, malgré son caractère profondément septique, à l’une des seules choses encore que l’on puisse rapprocher d’une alchimie magique. L’amour, encore et toujours, est dans ce film décrit comme une émotion subtile, versatile et insaisissable. Même ce démystificateur incarné par Colin Firth n’arrive pas à en saisir tous les tenants et les aboutissants, forcé alors d’admettre, malgré lui, qu’il demeure en ce monde, des choses qui échappent à notre contrôle et à la compréhension des esprits les plus affutés.

Magic-in-the-Moonlight-Emma-Stone

Rappelant de part sa poésie sucrée, des longs-métrages comme La Rose Pourpre du Caire, ou encore Minuit à Paris et évoquant forcement Le Sortilège du Scorpion de Jade, par le biais de la thématique « magique », Magic in the Moonlight fait presque curieusement le lien entre le Woody « européen » de Vicky Cristina Barcelona et Minuit à Paris et le Woody « classique », qui n’exclut jamais de faire intervenir une fantaisie, tour à tour absurde ou plus « premier degré » dans ses récits, histoire de mettre en évidence un discours en connexion permanente avec ses propres obsessions (la religion étant en tête de gondole). Le personnage de la médium campé par Emma Stone se posant d’ailleurs comme la parfaite synthèse de Mia Farrow et de Diane Keaton, soit deux des anciennes égéries d’Allen. À la fois charmante ingénue et manipulatrice dominatrice, son personnage cristallise à merveille l’héroïne type du cinéma de Woody Allen, et la jeune comédienne de trouver dans cet univers une occasion de briller de mille feux, en laissant s’exprimer une beauté atypique et envoutante et un solide tempérament prompt à ensorceler l’audience. Autrement plus que dans le reboot de Spider-Man en tout cas !
Colin Firth, pour sa part, incarne une formidable déclinaison du réalisateur, qui ne cesse de se mettre en scène dans ses œuvres, quand bien même il n’apparait pas au générique. Sous son assurance et son insolence, de prime abord peu compatibles avec les canons établis par Allen, qui mettent plus en exergue une couardise de circonstance, cachée derrière un élitisme en forme de bouclier, ce magicien est bien l’alter-égo du réalisateur new-yorkais. Une version de lui-même qui appelle l’amour sans s’en rendre compte et dont l’attirance pour la magie, ne sert pas seulement à se faire mousser et à mettre en avant un savoir lui aussi en forme de protection face à un monde qu’il comprend moins qu’il ne l’affirme.

Remarquablement écrit et rythmé, Magic in the Moonlight est un excellent cru. Plus léger que Blue Jasmine et donc fatalement un peu plus futile (dans le bon sens), il illustre la verve d’un artiste toujours en pleine possession de son art, dont l’une des principales qualités est d’arriver à se renouveler juste assez pour toujours surprendre et ne jamais lasser, sans sacrifier sa patine si identifiable. Bercé de magnifiques airs jazzy, souvent drôle, magnifiquement éclairé par un Darius Khondji en état de grâce et porté par un duo de comédiens parfaits, ce périple vaporeux sur la riviera française tient du rêve éveillé. Magique en effet.

@ Gilles Rolland

Magic-in-the-Moonlight-Colin-Firth-Emma-StoneCrédits photos : Mars Distribution

 

Par Gilles Rolland le 23 octobre 2014

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