[Critique] MAN OF TAI CHI

CRITIQUES | 30 avril 2014 | Aucun commentaire
Man-of-Tai-chi-affiche

Titre original : Man of Tai Chi

Rating: ★★½☆☆
Origines : Chine/Hong-Kong/États-Unis
Réalisateur : Keanu Reeves
Distribution : Keanu Reeves, Tiger Hu Chen, Simon Yam, Iko Uwais, Michael Chan, Sam Lee, Karen Mok, Silvio Simac…
Genre : Action/Thriller
Date de sortie : 30 avril 2014

Le Pitch :
Tiger suit consciencieusement la voie du tai chi, qu’il apprend auprès de son maître. Quand le temple de ce dernier est menacé de destruction, Tiger accepte la proposition d’un organisateur de combats mafieux, pour récolter les fonds nécessaires à la préservation du lieu. Surdoué des arts-martiaux, le jeune homme se laisse peu à peu gagner par l’appât du gain et enchaîne les victoires, au risque d’y perdre son âme…

La Critique :
Pauvre Keanu Reeves… Très discret, pour ne pas dire absent, ces dernières années, il est en 2014 à l’affiche de deux films. Deux longs-métrages qui se sont littéralement ramassés au box-office. Un retour sur le devant de la scène difficile donc, pour la star de Matrix, qui s’est pourtant beaucoup investie dans chacun de ces projets, en laissant parler sa passion pour la culture asiatique et notamment les arts-martiaux. Avec le blockbuster fantastique 47 Ronin, mais surtout avec Man of Tai Chi, puisque le long-métrage marque ses débuts à la réalisation.

Voici 5 ans que l’acteur porte ce projet qu’il a finalement décidé de diriger, tout en apparaissant également devant la caméra dans un rôle surprenant, puisqu’il interprète un bon vieux salopard de derrière les fagots. Un type qui propose un marché à un jeune virtuose des arts-martiaux pratiquant un tai chi surprenant, pour une variation du thème de Faust. Keanu tenant plus ou moins le rôle du diable qui demande à un innocent au cœur pur de lui vendre son âme en échange d’argent.
On le sait, Keanu Reeves adore les arts-martiaux et c’est justement Tiger hu Chen, le premier rôle de Man of Tai Chi, qui l’entraîna pour Matrix. Depuis, les deux hommes sont amis et aujourd’hui, le second se retrouve devant la caméra du premier, qui paye son tribu à un genre qu’il respecte infiniment. Ce respect est d’ailleurs la principale qualité d’une œuvre qui n’en compte malheureusement pas autant qu’espéré. La passion de Reeves est lisible à peu près partout, mais ses capacités de metteur en scène sont tragiquement limitées, même si au fond, le principal est là.
Ce qu’il faut comprendre, c’est que les combats sont relativement bien filmés. Ils manquent certes de puissance, mais traduisent une volonté de montrer l’ampleur et la complexité des chorégraphies mises au point. Dommage que Reeves ait fait intervenir des câbles et quelques mouvements « fantastiques, » comme l’expression de cette énergie invisible censée illustrer la noblesse du tai chi. Prenant part dans un terreau très basique dans sa première partie, et en cela relativement proche des classiques du genre, Man of Tai Chi tire par la suite vers une sophistication gênante, qui au fur à mesure des minutes, plombe un poil l’ambiance, ainsi que l’intégrité de l’entreprise. Le combat à deux contre un dans une sorte de night club est en soi un bon exemple du côté foutraque de l’entreprise et du mauvais goût qui la caractérise trop souvent. Mais au fond, là n’est pas le plus grave. Dans l’ensemble, les bastons de Man of Tai Chi assurent et font le job. Ce qui n’est pas le cas des acteurs.

En chemin, peut-être trop centré sur les chorégraphies, Keanu Reeves a oublié la direction d’acteur qui passe carrément à la trappe. Et comme le dit l’adage, les cordonniers sont les plus mal chaussés. Ne comptant que sur son charisme de jeune premier, Keanu passe la majorité du temps le visage crispé, à mater des combattants en train de se fritter. N’affichant globalement qu’une seule expression, incroyablement figée, Keanu finit néanmoins par se battre. Là aussi le soufflet retombe vite. Face à un type qui sait vraiment ce qu’il fait (Tiger Hu Chen), Keanu est censé représenter une menace de taille. Après tout, le grand bad guy c’est lui ! L’illusion ne prend pas et jamais le talent de l’acteur/réalisateur en la matière n’arrive à sonner juste. Il s’agit d’un mec qui aime les arts-martiaux et qui suit une chorégraphie. En face d’un autre amateur studieux, Keanu aurait peut-être été crédible, mais là non. Il frappe avec fougue mais on ne doute pas un seul instant que le type en face pourrait lui faire manger la poussière d’un seul mouvement. C’est vraiment regrettable vu qu’il s’agit d’un projet vraiment personnel, mais même en sachant cela et malgré la profonde sincérité de la chose, difficile d’adhérer.
Keanu Reeves fait donc le minimum syndical, alors que Tiger Hu Chen joue plus ou moins son propre rôle, mettant à profit sa vélocité. Pas spécialement charismatique, il ne fait pas beaucoup d’étincelles et n’impressionne pas autant que Tony Jaa à son époque, ou même qu’Iko Uwais de The Raid, également présent ici lors d’une trop courte séquence. Pour le reste, rien à signaler de marquant, bien au contraire. Tous les comédiens se bougent, se parlent et arrivent tous ensemble à créer un climat factice dommageable à l’immersion.

Heureusement rythmé par des combats qui interviennent régulièrement sur le fil de l’intrigue, Man of Tai Chi tient parfois plus du téléfilm ou du produit poussif (qui contient en outre l’une des pires cascades de tous les temps). Au fond, il est assez raccord avec nombre de longs-métrages du genre. Des films qui ne s’intéressaient pas vraiment à leur intrigue-prétexte et misaient tout sur les bastons. Alors non, pas de quoi s’émouvoir devant le parcours de ce garçon trop naïf qui vend son intégrité à une crapule qui souhaite le voir devenir un assassin. Reste le plaisir des affrontements, pour ce film malade car tiré vers le bas par de grosses ficelles et par le manque d’expérience de son réalisateur. Un réalisateur qui vu les scores décevants de ce premier essai, risque d’avoir du mal à remonter en selle. Si il le fait, on espère seulement qu’il tienne compte de ses erreurs.

@ Gilles Rolland

Man-of-tai-Chi-TigerCrédits photos : Universal Pictures International France

Par Gilles Rolland le 30 avril 2014

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