[Critique] MOJAVE

CRITIQUES | 1 octobre 2016 | Aucun commentaire
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Titre original : Mojave

Rating: ★★★☆☆
Origine : États-Unis
Réalisateur : William Monahan
Distribution : Garrett Hedlund, Oscar Isaac, Mark Wahlberg, Walton Goggins, Louise Bourgoin…
Genre : Thriller
Date de sortie : 6 juillet 2016 (DTV)

Le Pitch :
Thomas, acteur hollywoodien en pleine déprime, s’en va au milieu de nulle part dans le désert du Mojave pour s’éloigner du monde. Une fois là-bas, cependant, il rencontre un vagabond sociopathe, et leur sinistre tête-à-tête entraîne le meurtre accidentel d’un policier. Thomas retourne à Hollywood, mais son adversaire n’est pas loin dernière, bien déterminé à infiltrer et détruire sa vie de l’intérieur. S’ensuit alors un jeu dangereux du chat et de la souris, alors que les deux hommes attendent le moment où ils vont devoir s’affronter à nouveau…

La Critique :
L’intellectualisme des machos et des vantards – jadis la province de géants tels qu’Ernest Hemingway et Norman Mailer – s’essouffle un peu de nos jours maintenant qu’on a de tristes spectacles comme celui de Sean Penn qui parle de sa bite dans une interview avec un baron de la drogue mexicain. William Monahan, qui signa un scénario merveilleusement vulgaire pour Martin Scorsese avec Les Infiltrés, semble être à la fois un pratiquant et un critique de cette tradition littéraire alcoolisée portée sur le pugilat.

L’œuvre de Monahan est bourrue et rentre-dedans, inondée de références qui volent souvent très haut et d’un humour qui vise souvent très bas, mais la plupart du temps on peut être quasiment sûr qu’il nous taquine un peu. Son film le plus récent, The Gambler, sorti en 2014 (un remake malavisé de l’opus Le Flambeur de James Toback, ce dégénéré scolaire des années 70), affichait le spectacle involontairement hilarant de Mark Wahlberg dans la peau d’un prof d’université se pavanant autour d’un amphithéâtre en train d’hurler à tue-tête des citations de L’Etranger de Camus qu’il semblait avoir appris phonétiquement. Le réalisateur Rupert Wyatt n’offrait aucun point de vue perceptible sur le script volatile, et le résultat était un exercice bizarrement triomphaliste où Marky Mark passait son temps à insulter des minorités ethniques.

Cherchant peut-être à éviter de telles mésinterprétations bordéliques, Monahan s’est aussi attitré la place de réalisateur pour Mojave – un ramassis elliptique et parfois ridiculement divertissant de grand n’importe quoi, qui parodie tous ces clichés gaillards de la bonne vieille tradition du « Musclor des lettres » tout en les épousant en même temps. La meilleur façon de le décrire serait d’affirmer que Mojave est probablement à quoi ressemblerait Les vrais durs ne dansent pas (de Norman Mailer lui-même), si seulement Les vrais durs ne dansent pas n’était pas un des pires films du monde.

Mojave

Garrett Hedlund joue Thomas, une star hollywoodienne et aussi un mec prétentieux au point d’être insupportable – mais ce qu’il veut vraiment faire, c’est être cinéaste. On peut présumer que les cheveux en bataille, les marmonnements incessants et les cigarettes non-stop sont censées nous rappeler Sean Penn, même si parfois Hedlund semble plutôt imiter un Brad Pitt de l’époque Kalifornia. Il a du mal à monter son projet de rêve : un bidule art-et-essai produit par un ancien dealer de Cape Cod qui rêve d’être un magnat de Beverly Hills (Wahlberg à nouveau, sauf que cette fois il s’amuse comme un fou). À la recherche d’inspiration, l’auteur amateur éteint son téléphone portable et s’en va vers le désert.

Thomas est servi un peu au-delà de ses attentes quand un rat du désert, aux cheveux longs et doté d’une dent en or incarné par Oscar Isaac, débarque près de son feu de camp. Trimballant un fusil et un penchant pour des proclamations philosophiques, cet inconnu démarre une conversation ésotérique auprès des flammes, suggérant que le diable aurait bien pu être juste une autre facette de la personnalité de Jésus. Ou peut-être, insinue l’étranger, est-il lui-même le diable en personne ?

En fait, non, ce n’est pas le diable. Juste un bon vieux serial killer avec un QI qu’il aime comparer à celui de John Stuart Mill. Après une longue échauffourée à travers les dunes et les grottes, notre beau gosse d’Hollywood tue par accident un agent de police de la région. L’ermite d’Isaac est témoin de l’acte et revient traquer notre protagoniste jusqu’à Los Angeles, infiltrant la vie de Thomas et hantant ses jours comme une apparition – une manifestation physique de sa culpabilité, peut-être, ou juste un intellectuel trop bavard qui de temps à autre pourrait vraiment y aller mollo sur les citations grandiloquentes.

Mojave est un film parfois extrêmement drôle, surtout grâce à une performance joyeusement cabotine d’Isaac dans le rôle du tortionnaire du désert devenu le chic de Beverly Hills. Prononçant ses répliques dans un grognement rauque et pâteux et s’amusant en permanence à appeler tout le monde « mon frère », l’acteur du moment qu’on compare toujours à un jeune Al Pacino rend hommage ici à la carrière plus récente du grand Al, plus précisément son règne dans L’Associé du Diable. Walton Goggins est lui aussi très drôle, la jouant pince-sans-rire dans la peau du procureur bourré de Thomas, apparaissant toujours à moitié conscient et à deux martinis du coma éthylique. Wahlberg, lui, n’a pas été aussi fun depuis des lustres, se dandinant autour d’un manoir de big boss entouré de fast-food chinois et de prostituées, sans jamais arrêter d’être en mode moulin à paroles.

À vrai dire, le reste du casting de Mojave est un tel délice à savourer, qu’il est plus ou moins impossible de ne pas s’ennuyer à mourir devant le Thomas d’Hedlund, soit un trou noir beau gosse d’affectations pseudo-intellectuelles qui a clairement trop lu de Cormac McCarthy. On finit par se demander à quel point le film est une excuse pour Monahan, qui se permet un peu d’auto-flagellation sardonique pour tout le succès qu’il a eu dans une industrie qu’il ne semble pas beaucoup respecter au final. Isaac, toujours menaçant et traînant aux bords du cadre, serait sans doute d’accord que la réponse est un peu casse-tête… mon frère.

En bref…
Film curieux, Mojave compte faire revenir les durs à cuir intellectuels à la mode, même si personne n’attendait le retour de ce genre avec impatience. Parfois macho, parfois grandiloquent, on ne sait jamais exactement quand son réalisateur est vraiment en train de nous charrier – ce qui, paradoxalement, fait partie du côté divertissant du métrage.

@ Daniel Rawnsley

mojave-movie    Crédits photos : Metropolitan FilmExport

Par Daniel Rawnsley le 1 octobre 2016

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