[Critique] N’IMPORTE QUI

CRITIQUES | 6 mars 2014 | 2 commentaires

Rating: ½☆☆☆☆

Origine : France
Réalisateur : Raphaël Frydman
Distribution : Rémi Gaillard, Nicole Ferroni, Alban Ivanov, Sylvain Katan, Franc Bruneau, Grégory Nardella, Quentin Jodar, Patrick Raynal…
Genre : Comédie
Date de sortie : 5 mars 2014

Le Pitch :
Rémi Gaillard doit se calmer. Sa fiancée, qui ne supporte plus son attitude, menace même de le quitter et ses potes, avec lesquels il fait ses fameuses vidéos, le trouvent de plus en plus imbuvable. Refrénant ses pulsions, Rémi accepte alors d’arrêter de faire n’importe quoi pour enfin devenir quelqu’un de respectable. Mais le naturel va vite revenir au galop…

La Critique :
Début des années 2000 : alors que les américains de Jackass cartonnent sur MTV et que Michaël Youn embrase les matinées de M6 dans le Morning Live, Rémi Gaillard, un inconnu, tourne tranquillement à Montpellier ses petits délires entre potes. Petit à petit, les vidéos de Gaillard, qu’il publie à intervalles réguliers sur le net, font le tour du pays. Si on en croit Gaillard, Christophe Dechavanne et Michaël Youn ont même plagié certaines de ses idées. Ce qui n’empêche pas la toile de s’enflammer pour le montpelliérain et d’attendre fébrilement chacune de ses vignettes humoristiques. Des vidéos dans lesquelles il se met en scène, dans sa ville, souvent déguisé, au cours de caméras cachées souvent inventives. On peut notamment citer celle qui le voit rouler en kart sur la route, déguisé en Mario Bros, cette parodie de Rocky dans un supermarché, ou encore les nombreuses séquences qui mettent en valeur les talents footballistiques du gus.
Quinze ans après ses débuts, Rémi Gaillard est une célébrité. Connu à Montpellier mais aussi partout ailleurs, il est aussi populaire à l’étranger où ses vidéos récoltent de nombreuses vues. À ce jour, le prince du n’importe quoi peut se targuer d’un total de plus de 1,5 milliards de clics sur sa chaîne YouTube. Autant dire que c’est du lourd.
Un triomphe qui ne pouvait avoir qu’une conséquence majeure : après Jackass et Michaël Youn, Rémi Gaillard débarque au cinéma avec son concept.

Attention : N’importe qui n’est pas un film. C’est une arnaque totale. N’importe qui regroupe tous les sketchs les plus connus de Gaillard. Des vidéos que vous avez certainement vues et revues sur le net et que l’on nous présente ici sur grand écran. Il y a aussi des nouveautés bien sûr, mais elles sont toutes regroupées à la fin et occupent un petit quart d’heure. Le reste tient de la fiction, genre Plus belle la vie, en largement pire. Une partie fiction qui ne raconte rien sinon l’histoire d’un pauvre type complètement con qui cherche à fuir la vie de monsieur et de madame tout le monde et qui se prend apparemment pour un brillant rebelle. Il chie allègrement sur les autres et ne pense qu’à faire des conneries pour récolter des vues sur le net. On imagine que cette partie est largement autobiographique, même si le film oublie de mentionner le fric qu’engrangent les vidéos en question. C’est plus pratique de se faire passer pour un punk quand on crève un peu la dalle et qu’on roule dans une 205 pourrave.
Impossible donc d’accrocher, de rire, ou même de s’intéresser vaguement à cette partie fiction, qui justifie la démarche. Rien que le jeu des comédiens empêche toute tentative d’immersion. Rémi Gaillard en tête qui pourrait prétendre au titre de pire acteur de la terre. Heureusement, à côté, tous les autres sont aussi bien mauvais, ce qui rend curieusement la chose cohérente dans sa médiocrité crasse.
Utilisant le hit de l’excellent Hank Williams III, Rebel Within, comme une sorte d’hymne à la gloire de son génie auto-proclamé, Rémi Gaillard affirme avec ce film qu’il est bel et bien un anticonformiste et que rien ne peut arrêter sa course vers le grand n’importe quoi. Hissant le concept « c’est en faisant n’importe quoi qu’on devient n’importe qui » au rang de philosophie, Gaillard tombe pourtant dans le piège classique et cède aux pulsions provoquées par l’éclatement de son égo.
Au lieu de compiler les nouveaux sketches comme Jackass ou de tenter, à la limite, de s’engouffrer dans le sillage des 11 Commandements, le montpellierain recycle et joue la montre en s’improvisant acteur et scénariste. Sur les deux tableaux, il échoue lamentablement et se ridiculise en permanence.
Si on fait exception de la quinzaine de minutes qui regroupent les nouvelles vidéos (dont certaines restent drôles et originales), son film est une punition totale. Rémi Gaillard va trop loin et se prend le mur. Il pète plus haut que son cul et son « film » accumule les mauvais choix. En voulant sortir du cadre de ses compétences, le trublion signe une purge complète. Un navet aussi insupportable qu’indigeste qui ne justifie pas le prix d’une place de cinéma. Surtout quand on peut retrouver le Gaillard en grand forme, bien tranquille chez soi, sur son ordinateur, gratuitement…

@ Gilles Rolland

n-importe-qui-05-03-2014-rémi-gaillardCrédits photos : Wild Bunch Distribution

Par Gilles Rolland le 6 mars 2014

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Trambert
Trambert
9 années il y a

Je viens de voir le film que vous vilipender, comme la plupart de ceux qui attendaient peut-être de célébrer ou de dé-célébrer la normalité de la geste de R. Gaillard, et je ne suis pas du tout d’accord avec ce que vous en dites. Je ne suis pas un fan du bonhomme, j’ai tout juste aperçu quelques images montrées par mon adolescent de fils, et je suis plutôt intéressé par l’aspect réellement cinématographique des films en général. Or, c’est précisément ce que j’ai cru voir dans le film de Frydman, une construction cinématographique qui ne se contente pas d’empiler des sketchs et qui prends en partie le contre-pied de l’attente du spectateur conquis d’avance. Il y a beaucoup de mise à distance brechtienne (si cela vous fait hurler de rire, faites tourner votre réflexion pour en tester la légitimité) et de l’intelligence de jeu dans l’absurde, même s’il y a aussi les raccourcis habituels dans les situations (professionnelle, de couple, de bande de potes, etc.). En clair, cela me semble plus réussi que d’autres passages au cinéma considérés comme cultes, “La Cité de la Peur” des Nuls par exemple (et là pour le coup j’étais fan).