[Critique] NYMPHOMANIAC – VOLUME 1

CRITIQUES | 3 janvier 2014 | Aucun commentaire
Nymphomaniac-volume-1-affiche-france

Titre original : Nymphomaniac : Volume 1

Rating: ★☆☆☆☆
Origine : Danemark/Allemagne/France/Belgique
Réalisateur : Lars von Trier
Distribution : Charlotte Gainsbourg, Stellan Skarsgård, Stacy Martin, Uma Thurman, Shia LaBeouf, Christian Slater, Connie Nielsen…
Genre : Drame
Date de sortie : 1er janvier 2014

Le Pitch :
Alors qu’il vient de faire ses emplettes, Seligman, un célibataire d’âge mur, trouve par hasard Joe, alors qu’elle git dans la rue, le visage contusionné. Refusant que l’homme appelle une ambulance, Joe lui demande de l’amener chez lui. L’occasion pour la jeune femme de raconter son histoire au vieil homme curieux. L’histoire d’une femme qui s’est très vite auto-diagnostiquée nymphomane…

La Critique :
L’annonce en début de métrage est claire : le film diffusé en salle ne correspond pas à la vision de son réalisateur. Le montage initial de Nymphomaniac durait 5h30. Ici, il est présenté en deux parties de 2 heures (la première dont nous parlons ici, en salle le 1er janvier et la seconde, le 29 janvier). Entre-temps, donc, le producteur de von Trier a fait sauter 1h30. 90 minutes que l’on imagine d’ailleurs bien salées, si on se base sur ce qui reste à l’écran et qui réserve quand même quelques plans et situations explicites, histoire de justifier le titre. Deux choix se posent alors au spectateur : juger le film présenté en salle, soit une version censurée par un producteur, sans que le réalisateur n’y ait mis le nez, ou bien imaginer ce que le film aurait pu être avant de voir le director’s cut de 5h30. Ici, on va alors se contenter pour le moment d’opter pour la première option. Et le verdict est sans appel : Nymphomaniac – Volume 1 est une veille fumisterie…

Quand Uma Thurman tire sa révérence, au terme d’une séquence interminable, un constat s’impose : Uma ne s’est pas contentée de siffler du Schweppes ces dernières années. Elle a aussi certainement salement abusé du Schnaps. Comment expliquer autrement qu’elle ait accepté sans sourciller de se fourvoyer dans un film qui lui a réservé l’occasion de se ridiculiser de manière si flagrante ? Et son agent, il faisait quoi exactement quand on lui a fait lire le scénario ? Uma, franchement, what did you expect ? Tu t’attendais à quoi ? Et puis c’est quoi cette sale manie de hurler comme une possédée ? Franchement ça craint. Particulièrement gâtée, Uma n’est pour autant pas la seule à se vautrer dans le ridicule latent d’un scénario indigent. Christian Slater aussi fait fort. Mais lui, il a une meilleure excuse. On ne peut pas dire que Slater ait fait parler de lui en bien ces dernières années. True Romance commence à remonter. Very Bad Things aussi. Faut pas lui en vouloir si aujourd’hui, il se retrouve en train de radoter au sujet des arbres dans un long-métrage qui le force finalement à se livrer à une imitation grotesque de la jeune Regan de L’Exorciste avant de nous imposer une scène qui le voit en train de se faire torcher le cul par des infirmières blasées dans un hôpital désert. C’est ça le dogme. Il faut tout accepter sans broncher. Shia LaBeouf l’a bien compris, lui qui a envoyé une sex tape à von Trier pour lui prouver sa motivation. Le truc, c’est que Shia ne pensait pas que sur le plateau, tout un contingent d’acteurs porno allait le remplacer pour les scènes hot. Du coup, il se retrouve à bouffer un croissant à la fourchette (aucune métaphore grivoise) et à essayer péniblement de démarrer une mobylette pourrave dans un garage miteux en forme de squat mal éclairé. Oh bien sûr, on voit sa bite. Faut pas abuser non plus. Shia veut nous la montrer, car au fond, c’est vachement hype de montrer sa bite de nos jours. Bien plus que de donner la réplique à de gros robots farceurs.
Lars von Trier est un petit malin. Il a tout à fait conscience du prestige que lui accordent de nombreuses personnes du milieu et en joue à merveille. Charlotte Gainsbourg, qui se retrouve dans tous ces films depuis Antichrist, est le meilleur exemple. Elle fait tout ce que Lars lui ordonne. Au nom du dogme. Au nom de l’art. Et qu’importe si elle semble souvent ne pas trop savoir si justement, il s’agit de l’art/Lars ou du cochon. Charlotte s’en fout, elle joue toujours de la même façon. Sous Lexomil, vaguement impertinente. Même si au fond, au regard de cette nouvelle performance, son rôle dans Melancholia peut paraître un peu plus original et audacieux.
Il y a fort à parier que si von Trier se mettait en tête de réaliser un film sur la vie sexuelle des chenilles processionnaires, une escouade de comédiens en mal de reconnaissance arty se presserait à sa porte pour le convaincre de se faire embaucher. Il est comme ça Lars. Il dégage ce petit quelque chose qui remplit les salles. Ce petit je-ne-sais-quoi qui fait que tout passe. Il peut tartiner de merde les fesses de Christian Slater et tout d’un coup parler de Bach et de la pêche à la mouche. Le tout sans se soucier de retomber sur ses pattes. On s’en fout, c’est de l’art. Et l’art accepte toutes les approximations si tant est qu’elles soient justifiées par une démarche frontale et assumée.
Enfin… On parle d’une certaine forme d’art. D’une catégorie de films nombrilistes. Faussement subversifs. En fait, on peut ici parler d’un gros foutage de gueule. Ni plus ni moins. Et ce dès le début, après une intro en forme d’écran noir de 2 bonnes minutes (et 2 minutes c’est long quand il ne se passe strictement rien), suivie par une exploration en gros plan d’une rue sordide sous la neige. Heureusement, c’est à ce moment précis que le groupe de metal allemand Rammstein intervient. Du bon gros son qui tient la torpeur à distance. Même si celle-ci ne tarde pas à radiner sa fraise assez rapidement devant un spectacle aussi enthousiasmant qu’un documentaire sur l’insémination artificielle des vaches laitières…

Résultat, faute au charcutage opéré par le producteur ou pas, Nymphomaniac ne ressemble à rien. Mal éclairé, mal monté, parfois mal joué, écrit avec les pieds, ce premier acte brille par sa capacité scandaleuse à vouloir faire avaler au spectateur une pilule de la taille d’un œuf d’autruche. On nage en plein délire. Surtout quand Lars von Trier fait de l’humour. Un humour pas drôle, omniprésent. L’humour d’un type qui a cru marrant de se qualifier de nazi en pleine conférence de presse cannoise. Vous voyez le genre. Nous mettre des plans tirés des spots de pubs pour Chasse, pêche et traditions est osé, mais non, ce n’est pas rigolo. Pareil pour ses plans rapprochés de teubs diverses et variées ou pour ses réflexions sur le judaïsme. Lars enfonce le clou, joue la provocation en carton et met en exergue sa propension à verser dans le ridicule gênant. Demander à Stellan Skarsgård de camper un vieil abruti obsédé par la pêche, par Bach et par Edgar Allan Poe n’est pas drôle non plus quand on y pense…
Et quand il parle de cul, Lars nous la joue pornographe frustré. Finalement, on s’en fout et à la longue c’est carrément gonflant. Les blagues les plus courtes sont les meilleures Lars et la tienne est beaucoup trop longue.

Pour finir, il convient de saluer Steve McQueen. Pas celui de La Grande Evasion, mais le réalisateur de Shame. Shame et sa remarquable analyse, pertinente et puissante, sur l’addiction sexuelle. Tout ce que n’est pas Nymphomaniac, qui se contente d’être pathétique et glauque.

@ Gilles Rolland

Nymphomaniac-volume-1-photo-thurman-martinCrédits photos : Les Films du Losange

Par Gilles Rolland le 3 janvier 2014

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