[Critique] OR NOIR

CRITIQUES | 22 janvier 2012 | Aucun commentaire

Titre original : Black Gold

Rating: ★★★☆☆
Origine : Quatar / France
Réalisateur : Jean-Jacques Annaud
Distribution : Antonio Banderas, Tahar Rahim, Freida Pinto, Mark Strong…
Genre : Aventure
Date de sortie : 23 novembre 2011

Le Pitch :
Deux émirs se déchirent lorsqu’une compagnie américaine découvre du pétrole dans le désert. Tandis que l’un des deux accueille la nouvelle avec enthousiasme, bien décidé à profiter des richesses qui vont de pair avec l’or noir, l’autre, fermement attaché aux traditions de son peuple, s’oppose farouchement. Le plus jeune fils de ce dernier va alors se dévoiler et tenter de régler le conflit en unissant toutes les tribus du Royaume.


La Critique :
D’emblée, Or Noir choque par son casting. Il ne faut en effet pas longtemps pour trouver hasardeux le choix d’Annaud, qui a propulsé Antonio Banderas dans les habits d’un émir arabe. Ce dernier ne fait pas illusion, que ce soit par son apparence, ou à travers son jeu, pas toujours très fin. Son opposant, l’excellent Mark Strong par contre, fait des merveilles et impose son charisme brut de décoffrage, reposant en grande partie sur un regard de glace à la fois terrifiant et fascinant. Au milieu, Tahar Rahim apparait néanmoins comme la vrai bonne idée du film. Révélé par le chef-d’œuvre de Jacques Audiard, Un Prophète, le comédien fait preuve d’une maturité à toute épreuve et porte littéralement le film sur ses épaules. Et si l’évolution de son personnage, qui passe du gentil et pacifique érudit au redoutable stratège de guerre peut paraitre incongrue, ce n’est en rien la faute de l’acteur, qui fait ce qu’il faut pour conférer à son personnage l’épaisseur nécessaire. Une évolution qui rappelle d’ailleurs celle de Michael Corleone dans le premier Parrain. Or Noir, bien évidemment, ne tient pas longtemps la comparaison. Le sens du devoir, les relations père-fils, l’amour contrarié et l’ambition sont certes au centre des deux films, mais là où Coppola arrivait à tisser une toile impressionnante où rien n’était laissé au hasard ou mis de côté, Annaud cède à la facilité, se concentrant essentiellement sur l’image.

Et ça se voit ! Toujours très à l’aise derrière une caméra quand il s’agit de rendre compte d’une action, le réalisateur de L’Ours insuffle à son long-métrage toute l’ampleur nécessaire. Ses affrontements sont non seulement immersifs, mais aussi spectaculaires et grandioses. Une force qui maintient le film à flot et qui permet de le relancer quand celui-ci accuse une baisse de régime, notamment vers la fin, avant l’ultime bataille.

S’ il n’y a donc pas grand chose à reprocher à Or Noir concernant son rendu visuel, on ne peut par contre que déplorer certains partis pris. Pourquoi par exemple avoir opté pour une approche aussi simpliste et aussi manichéenne ? En V.F, les américains, qui veulent exploiter le pétrole, sont tous affublés d’une accent grotesque et incarnent la parfaite caricature cartoonesque du méchant envahisseur venu corrompre tout un peuple. Dans les faits, cette approche se défend, bien entendu, mais dans la forme, c’est tout simplement ridicule et on en vient à se demander pourquoi un réalisateur aussi expérimenté que Jean-Jacques Annaud a cédé à des clichés aussi éculés et bancals. Du coup, son film apparait comme bien trop simpliste et naïf et s’il ne contenait pas autant de séquences violentes (ce n’est pas non plus Massacre à la Tronçonneuse, soyons clairs), pourrait passer aisément pour un divertissement familial.

C’est donc dommage. Tiraillé entre l’ambition de rendre justice à une grande histoire et celle d’offrir une vision d’ensemble, Annaud se prend plusieurs fois les pieds dans le tapis. Très respectueux de ses personnages, mais trop simpliste dans leur psychologie, le film impressionne néanmoins à maintes reprises.
C’est là qu’il faut chercher le génie d’Annaud, et pas ailleurs.

@ Gilles Rolland

 

Par Gilles Rolland le 22 janvier 2012

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