[Critique] PACIFIC RIM

CRITIQUES | 17 juillet 2013 | 3 commentaires
Pacific-Rim-affiche-france

Titre original : Pacific Rim

Rating: ★★★★★
Origine : États-Unis
Réalisateur : Guillermo del Toro
Distribution : Charlie Hunnam, Rinko Kikuchi, Idris Elba, Charlie Day, Rob Kazinsky, Max Martini, Ron Perlman, Clifton Collins Jr., Burn Gorman, Timothy Gibbs…
Genre : Science-Fiction/Action/Fantastique
Date de sortie : 17 juillet 2013

Le Pitch :
Surgis de l’océan Pacifique du jour au lendemain, de gigantesques créatures ravagent les villes. Les victimes se comptent en millions, tandis que régulièrement, de nouveaux monstres sortent des eaux. Pour faire face à cette nouvelle menace, l’humanité se rassemble et construit de monumentaux robots, appelés Jaegers, destinés à combattre ceux qui ont vite été surnommés les Kaijus.
Néanmoins, petit à petit, malgré la puissance de feu des Jaegers, les Kaijus gagnent du terrain. Alors que la résistance organise un ultime assaut, un ancien pilote de Jaegers, traumatisé par son dernier affrontement avec les monstres, et une novice avide de vengeance, prennent place dans un Jaeger légendaire mais néanmoins obsolète. À leurs côtés, les seuls Jaegers encore en état de fonctionner, s’apprêtent eux aussi à l’affrontement…

La Critique :
À l’heure où les suites, remakes et autres adaptations de comics envahissent les salles obscures et le box office mondial, voilà que débarque Pacific Rim. Pacific Rim n’est pas une suite. Il ne s’inspire pas non plus d’un bouquin ou d’une bande-dessinée et ce n’est pas non plus un remake. Pacific Rim est né dans l’imagination de son réalisateur, Guillermo del Toro et à l’heure où cet article est publié, il se prend un four (relatif) au box office américain.
Œuvre originale s’appuyant néanmoins sur la somme d’icônes incontournables de la culture manga/geek, à savoir les monstres japonais géants à la Godzilla et les gros robots du genre de Goldorak, le nouveau film de del Toro propose ainsi une alternative à Marvel, à DC Comics et à toutes les franchises superstars du moment. C’est peut-être malheureux à dire, mais à l’heure actuelle, le fait d’être parvenu à fédérer autour d’un projet de 180 millions de dollars qui ne s’appuie sur rien de vraiment fashion aux yeux de la masse, relève de l’exploit. Et quand en plus, cette audace débouche sur un pur fantasme de gosse aux proportions jamais vues, c’est tout simplement du pur délire.

Réalisateur auréolé d’une réputation de grand faiseur d’images et de conteur hors-pair, Guillermo del Toro est depuis ses débuts considéré par une certaine partie des cinéphiles comme le héros que la création cinématographique moderne axée sur le divertissement, attendait. Un type à ranger dans la même catégorie que Spielberg ou Peter Jackson, qui a rapidement prouvé, notamment avec les deux Hellboy et Le Labyrinthe de Pan, à quel point il était possible de mêler spectaculaire, émotions et dans le cas de Hellboy, sens de la démesure parfaitement maîtrisé.
Mis sur la touche lors de la production du Hobbit, qu’il devait réaliser avant que Peter Jackson ne reprenne les commandes, del Toro a vite jeté toutes ses forces dans la bataille que constituait la mise en chantier de Pacific Rim, avec le but avoué de réaliser le film ultime qui l’aurait fait bondir de son siège si il l’avait vu à 11 ans. Un projet monumental à base d’un affrontement dantesque entre robots géants et monstres aux proportions phénoménales.
Dès les premières images, Pacific Rim a rassemblé ses fans à travers le Monde. Des fans surveillant l’apparition du moindre poster, de la moindre vidéo et de la plus petite info, de manière à ronger leur frein avant la sortie en salle, prévue en pleine saison des blockbusters.
De l’autre côté, comme à l’accoutumée, le film ne s’est pas fait que des amis, là encore avant même sa sortie. Maintenant que Pacific Rim est là, les clans s’opposent. Dans le coin rouge, les fans, dans le coin bleu, les détracteurs. Un refrain connu qui ne pouvait que s’appliquer à un long-métrage à gros budget principalement bâti sur un fantasme de gosse. Et finalement, pour les dits-détracteurs, peu importe que la mise en image soit absolument parfaite, car au fond, quand on ne regarde qu’en surface, Pacific Rim se résume à des bastons entre des robots et des monstres.

Soit. Les robots géants et les monstres. Deux entités maudites car souvent au centre de bons vieux navets de luxe, dans la veine de Transformers ou de Godzilla (celui de Roland Emmerich). Des symboles de divertissement faciles car souvent utilisés dans le seul but de tout faire exploser à l’écran, souvent au détriment de tout le reste et parfois même au détriment du spectacle en lui-même. La meilleure illustration restant les combats illisibles des trois Transformers.

Mais Pacific Rim remet les choses en perspective. Michael Bay peut retourner jouer dans son bac à sable avec ses robots débiles tout juste bons à se transformer en bagnoles tape à l’œil et à déblatérer à longueur de temps des énormités plutôt risibles. Guillermo del Toro prend ses robots et ses monstres très au sérieux. À l’instar d’un gamin qui dans sa chambre organise des bastons avec ses jouets préférés. Son film s’adresse à ceux qui un jour, ont effectivement rêvé de voir un truc comme ça et qui, avec les années, n’ont pas perdu cette petite flamme qui fait qu’à un moment ou à un autre, il est impossible de ne pas lancer un grand « Waouh » !
Ouais ok, il s’agit de monstres et de grands tas de ferraille. del Toro ne prétend jamais livrer autre chose qu’un film d’action de science-fiction. Et c’est justement parce qu’il se focalise sur l’essence même de son sujet, aussi simpliste soit-il, qu’il gagne sur toute la ligne. À l’opposé de Transformers et de Godzilla, Pacific Rim reste focalisé et tient ses promesses. Si on sait ce que l’on va voir, il est difficilement concevable d’être déçu. Au contraire, tant cette bombe fait preuve d’une générosité exemplaire et d’un soucis du détail à tomber à la renverse.
Les combats sont plein d’ampleur et l’action est lisible. Dans les moindres petits détails, Pacific Rim fait mouche. Tout le temps, sans ramollir. La pluie frappe les carcasses parcourues de stigmates des combats passés des Jaegers, qui font face aux immondes créatures aux apparences à la fois originales et pourtant référentielles. Quand les deux s’empoignent, les chorégraphies dégagent une telle puissance que l’image sort de l’écran, appuyée par une 3D enfin utile à quelque chose (mais pas non plus indispensable). En fait, c’est très simple : à ce jour, sur un plan purement visuel, Pacific Rim est sans aucun doute l’un des films les plus impressionnants jamais projetés sur un écran de cinéma. Quant aux effets-spéciaux… Quels effets-spéciaux ? Tout ça existe vraiment non ? En tout cas, c’est ce que del Toro parvient à nous faire croire.

À sa sortie, Jurassic Park de Steven Spielberg s’est fait trucider par de nombreuses critiques. Beaucoup ne voyaient dans ce chef-d’œuvre qu’un trip préhistorique crétin, où une poignée de gus devaient se sortir des griffes de dinosaures carnivores. Il y a fort à parier que Pacific Rim, même si il est aujourd’hui reconnu à sa juste valeur par ceux qui plaçaient en lui de nombreux espoirs, subisse le même traitement. À première vue, quand on n’en a rien à cirer des robots et des monstres, on ne voit que ça. Là, ils tiennent à peine dans l’écran, donc c’est encore plus facile.
Mais à l’instar de Jurassic Park, Pacific Rim raconte aussi une histoire. Une histoire simple c’est sûr, mais une histoire solide et universelle. Contrairement à Roland Emmerich qui fait de ses blockbusters des armes de propagande massive pour la bannière étoilée, Guillermo del Toro profite de l’apocalypse pour fédérer une humanité menacée et pour souligner le rôle et le courage de résistants. La chose n’est pas nouvelle, mais comme toute bonne histoire, quand elle est bien racontée, avec soin et talent, peu importe qu’on la connaisse déjà. On la redécouvre sous un nouvel aspect et les acteurs, choisis ici avec pertinence, font le reste.
Idris Elba domine dans son rôle de meneur une distribution dénuée de grosses têtes d’affiche. Le charisme dément de celui qui d’un regard peu provoquer la chair de poule sert de moteur à un casting puissant où tout le monde a sa place. Charlie Hunnam est le héros, un peu challenger, qui revient de loin et de plus assez beau gosse. Un cliché diront certains, mais un cliché que le film utilise de la façon la plus noble qui soit, sans prétendre proposer de l’inédit. Encore une fois, les bases sont connues, mais solides. Il y a aussi Charlie Day et son compère, en comiques heureusement suffisamment contrôlés pour ne pas tomber dans la surenchère. Il y Ron Perlman, furtif, mais tout à fait à propos. Il y a le gros dur, un peu con ; le père sage et bienveillant et ceux qui ne parlent qu’avec leurs muscles. Pacific Rim enchaine les figures imposées. Des figures fatiguées par des années de navets, qui retrouvent de leur brillance grâce à un réalisateur investi et à des acteurs à fond dans leur rôle. À l’image de Rinko Kikuchi, plus ou moins la seule femme du lot. Une actrice qui se pose comme le vecteur ultime d’une émotion indispensable. Superbe, sensible, vive et charismatique, la comédienne japonaise est parfaite. Et d’ailleurs, ne perdons pas l’occasion de saluer la performance, brève mais à fleur de peau, d’une authenticité incroyable de la jeune Mana Ashida. Dans la peau de Mako, le personnage de Rinko Kikuchi, alors qu’elle est enfant, la petite fille arrive en une poignée de minutes à faire monter l’émotion. Face à une créature monstrueuse, dans les rues dévastées de sa ville, elle symbolise l’âme du film. En grandissant, le personnage s’affirme comme le pivot de l’histoire, en nourrissant deux dynamiques cruciales, en lien avec les personnages de Charlie Hunnam et d’Idris Elba.

Trip de science-fiction apocalyptique ultime et ultra jubilatoire, Pacific Rim est, on peut le dire, un chef-d’œuvre. Il assume sa condition à 100%, sans jamais se départir d’une générosité qui fait défaut à trop de projets pédants, qui pètent sans cesse au-dessus de leur cul pour nous inonder de merde. Certes, il y a les clichés, la partition musicale pas toujours à la hauteur, et… et bien c’est tout. Quand on sait ce que l’on va voir, Pacific Rim assure. De la première à la dernière seconde. Et si ceux qui ont grandi avec Goldorak, les Monstroplantes, X-Or et d’autres trucs du genre, auraient certainement aimé voir un pareil film à 10 ans, il faut bien se dire que c’est peut-être encore meilleur de le voir maintenant. Avec Pacific Rim, Guillermo del Toro franchit un nouveau palier. C’est désormais certain : ce mec est l’égal des plus grands. Comme son aîné Spielberg, il divise aujourd’hui et divisera par la suite. Certains préféreront toujours La Couleur Pourpre à La Guerre des Mondes, tout comme ils se tourneront plus volontiers vers Le Labyrinthe de Pan et L’Échine du Diable que vers Hellboy 2 et Pacific Rim. Mais bon, il y a aussi ceux qui aiment les deux versants de ses personnalités atypiques, avant tout soucieuses du plaisir que leurs œuvres procurent au public. Et Pacific Rim, du plaisir, il en donne à la pelle !

@ Gilles Rolland

Pacific-rim-hunnamCrédits photos : Warner Bros. France

Par Gilles Rolland le 17 juillet 2013

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paulus
paulus
8 années il y a

bravo pour ta super critique gilles

Jérôme
Jérôme
7 années il y a

Vu hier au gaumont Toulouse, pas en 3D heureusement, c’était énorme, on en avait rêvé !
De grosses références aux sentai, aux 3 animes Patlabor (à voir d’urgence si vous aimez le style), bref à la culture manga/geek comme tu dis mais pas la plus repandue ni la plus facile … Un exploit d’avoir pu réaliser ça avec tant de moyens sans contrepartie de grosses stars ou de drapeaux américains.
Tout est dit dans ta critique, un peu plus mesuré sur l’histoire des personnages et l’attention à l’équilibre des scènes hors combats … Ça aurait mérité une heure de plus la dessus je trouve pour imprégner tout ça.
Par contre, mention spéciale à la scène de Malo petite à Tokyo, bourrée de références et tellement parfaite et plein d’émotion !!! Il a choisit de peaufiner certaines scènes au détriment des autres.
Mais bref, ça fait longtemps que j’ai pas passe un si bon moment !

Ps : correction : “il y A Ron Perlman”