[Critique] PAN

CRITIQUES | 23 octobre 2015 | Aucun commentaire
Pan-poster

Titre original : Pan

Rating: ★★★★★
Origine : États-Unis
Réalisateur : Joe Wright
Distribution : Levi Miller, Hugh Jackman, Garrett Hedlund, Rooney Mara, Adeel Akhtar, Lewis MacDougall, Amanda Seyfried, Cara Delevingne, Nonso Anozie…
Genre : Aventure/Fantastique/Adaptation
Date de sortie : 21 octobre 2015

Le Pitch :
Le jeune Peter vit dans un orphelinat londonien depuis sa naissance. Alors que dehors, les bombardements de la Seconde Guerre mondiale font rage, le petit garçon n’attend que le jour où sa mère viendra le chercher. À la place, ce sont de mystérieux pirates qui l’enlèvent pendant la nuit, l’emportant vers le Pays Imaginaire, où règne Barbe Noire, un tyran responsable de l’extinction des fées. Un sombre personnage qui s’aperçoit vite que Peter est l’enfant au centre de la prophétie qui annonce sa perte. Dès lors, il n’aura de cesse d’essayer de l’éliminer, en l’empêchant notamment de rejoindre le camp des indiens, qui de leur côté, pourraient bien révéler à Peter la vérité sur ses origines. Une grande aventure commence pour le futur héros, qui pourra compter sur le soutien de ses amis…

La Critique :
Peter Pan, le classique Disney, reste dans tous les esprits et s’est toujours imposé comme l’illustration la plus féerique et la plus fidèle de la pièce de J.M. Barrie. Encore aujourd’hui, plus de 60 ans après sa sortie, le film enchante les nouvelles générations, prouvant son universalité et sa puissance évocatrice. En 1991, Steven Spielberg a osé l’extrapolation et a imaginé l’après Peter Pan, en organisant le retour du héros à Neverland, où l’attendait une nouvelle fois son légendaire antagoniste, le Capitaine Crochet. Succès public, le film n’a pour autant pas vraiment convaincu les critiques, mais reste à l’heure actuelle une référence à laquelle ont du se frotter ceux qui ont eu le courage d’aborder l’univers du garçon qui refusait de vieillir.
Forcément, difficile de ne pas penser à Hook en allant voir Pan, la nouvelle livraison de Joe Wright. Il serait même tentant de dire que l’idée de retrouver Peter Pan dans un énième film, propulsé -comme le Spielberg- par un désir de raconter quelque chose de prétendument inédit, ne s’avérait pas spécialement enthousiasmant. Surtout qu’ici, on nous ressortait la bonne vieille excuse des origines, avec un Crochet gentil, pas de fée Clochette, et un ennemi sorti d’on ne sait où…
Quelle surprise de se retrouver au final devant une œuvre aussi enchanteresse que Pan ! Quel bonheur de voir un film aussi merveilleux, aussi drôle et maîtrisé que cette sorte de relecture audacieuse, mais surtout respectueuse, d’un univers qu’elle s’approprie sans non plus en déformer les codes. Car oui, disons-le haut et fort, Pan est un pur chef-d’œuvre !

Pan-Hugh-Jackman

Cinéaste habitué des adaptations littéraires (sur les six films que compte sa filmographie, cinq sont des illustrations de romans), Joe Wright, a su, au fil des années, imposer un talent certain pour imaginer des univers reposant sur une esthétique très travaillée. Sa démarche semblant découler directement de l’héritage de ses parents, qui étaient directeurs d’un théâtre de marionnettes. Le réalisateur a pourtant parfois eu du mal à faire décoller ses intrigues, trop préoccupé par l’aspect purement visuel, comme par exemple avec son précédent long-métrage, le légèrement indigeste Anna Karénine. Avec Pan, il trouve l’équilibre parfait. Paradoxalement, alors que le fait de prendre possession du Pays Imaginaire lui permettait de faire absolument ce qu’il voulait (et d’en faire des caisses), Wright canalise sa fougue et ses idées pour toutes les mettre au service du récit de son scénariste Jason Fuchs, dont le script va bien au-delà de la simple transcription de l’œuvre de Barrie. Ce qui n’était pourtant pas gagné au départ vu les nombreux risques pris par le récit. Faire de Crochet un gentil pouvait s’avérer par exemple salement casse-gueule, alors qu’à l’arrivée, le stratagème fonctionne à fond les ballons. En nous racontant les origines de Peter Pan, le film relève avec panache un authentique défi, sans dénaturer l’esprit du personnage et du monde dans lequel il prend vie. Dès le début, à Londres, sous les bombes, pendant la Seconde Guerre mondiale jusqu’au dénouement, qui intervient après une aventure haute en couleurs véritablement galvanisante.

En soi, Pan est un miracle de cinéma. Un bijou de divertissement, dont l’âme puise sa force et sa pertinence dans une certaine idée, au centre des meilleures productions du genre des années 80, soit une époque où le cynisme n’avait pas encore bouffé une large partie de l’industrie, et où les blockbusters familiaux savaient à la fois être spectaculaires, intelligents, drôles et émouvants. Ainsi, Pan évoque l’esprit de films comme Willow ou même de la première trilogie Star Wars. Il se cale sur le rythme d’un Indiana Jones pour s’envoler vers des sommets, sans jamais sacrifier l’authenticité de sa démarche artistique au profit d’un quelconque désir de faire preuve d’une certaine roublardise. Il n’est donc pas exagéré d’affirmer que Pan, quelques mois après le formidable À la Poursuite de Demain, ravive les braises d’un cinéma fédérateur et exaltant.
Bénéficiant du talent de Joe Wright, qui emballe des scènes absolument incroyables, exploitant à la perfection une 3D enfin éblouissante, le tout plongé dans des paysages fantasmagoriques extraordinaires, Pan éblouit en permanence. Il reste lisible, d’une clarté absolue et fourmillant d’idées toutes plus incroyables les unes que les autres. Joe Wright utilise son histoire à bon escient et joue de codes qu’il maîtrise et -c’est évident- qui le font vibrer. Et d’ailleurs, elle est peut-être là la clé de la réussite : le chef d’orchestre croit dur comme fer en son boulot. Il parvient à créer une émulation assez unique, qui arrive même à toucher le public.
Dans ces conditions, pas étonnant que les acteurs soient fantastiques. En même temps, difficile de ne pas donner le meilleur quand, en première ligne, un gamin comme Levi Miller livre une performance aussi virevoltante que celle qu’il nous offre. Son Peter Pan est touchant et malin. En face, Hugh Jackman trouve l’un de ses meilleurs rôles. Entre pure méchanceté et sens de la comédie, il épate tout du long, et pas seulement grâce à son look, aussi improbable que jubilatoire. Rooney Mara quant à elle, apporte toute sa grâce à un rôle qu’elle incarne avec une pugnacité exemplaire. Mention spéciale également à Adeel Aktha, alias Mouche, dont pratiquement chacune des interventions est à se tordre de rire.

Pan est sans aucun doute le meilleur film de Joe Wright. Une machine à remonter le temps, qui explose en permanence, en maniant les disciplines, les couleurs, et les tendances, sans se priver de quelques ruptures de ton et autres anachronismes pas piqués des vers (il fallait quand même oser rameuter Nirvana et les Ramones dans la bande-originale). Habité par une liberté, dont les furieux accents prennent la forme d’envolées lyriques débridées durant lesquelles la poésie se traduit par un décharnement pyrotechnique, ce préquel est un rêve de cinéma. Une certaine idée noble de ce que doit être le divertissement. Généreux, il nous prend par la main et nous emporte dans un univers dont il est décidément difficile de ne pas s’extraire sans afficher un sourire béat, tandis qu’à l’étage au-dessous, le palpitant tente de reprendre un rythme normal.

@ Gilles Rolland

pan-Levi-MillerCrédits photos : Warner Bros. France

 

Par Gilles Rolland le 23 octobre 2015

Déposer un commentaire

S’abonner
Notifier de
guest
0 Commentaires
Inline Feedbacks
View all comments