[Critique] ROOM

CRITIQUES | 11 mars 2016 | 1 commentaire
room-film-2016-affiche-france

Titre original : Room

Rating: ★★★★★
Origine : États-Unis
Réalisateur : Lenny Abrahamson
Distribution : Brie Larson, Jacob Tremblay, Joan Allen, William H. Macy, Sean Bridgers, Amanda Brugel, Cas Anvar…
Genre : Drame/Adaptation
Date de sortie : 9 mars 2016

Le Pitch :
Jack s’apprête à fêter son 5ème anniversaire. Depuis sa naissance, son univers se limite à une pièce de quelques mètres carrés, sans fenêtre, qu’il partage avec sa mère. Enlevée puis séquestrée depuis plusieurs années par un homme, cette dernière tente tant bien que mal de sauver les apparences et d’élever au mieux son enfant malgré les conditions de vie qui sont les siennes. Néanmoins, l’espoir de parvenir un jour à s’échapper n’a jamais vraiment quitté la jeune femme. C’est alors qu’elle décide d’échafauder un plan avec l’aide de Jack…

La Critique :
Si ses premières réalisations, à l’image de What Richard Did, dénotaient déjà d’un talent certain et d’une grande sensibilité, c’est surtout Frank, sa cinquième livraison, qui a imposé l’irlandais Lenny Abrahamson comme un cinéaste à suivre de très près. Le fait que Room soit une réussite totale et définitive ne sera donc pas une surprise pour tous ceux qui avaient déjà vu dans Frank la patte d’un homme passionné, enclin à donner forme à ses ambitions les plus marquées sans se départir d’une émotion fédératrice à la justesse extrême.

Room-Jacob-Tremblay
Room arrive chez nous après s’être retrouvé au centre de toutes les attentions, aux Golden Globes ou encore aux Oscars, où Brie Larson fut d’ailleurs sacrée Meilleure Actrice. Un prix que la jeune femme, déjà remarquée dans States of Grace (entre autres films) n’a pas volé. C’est l’un des premiers constats qu’encourage cet incroyable long-métrage. Prisonnière, les traits fatigués, l’actrice s’est attachée à comprendre la lutte de Joy, cette mère courage, afin d’en retranscrire avec le plus de pertinence possible les réactions. Un personnage qui prononce d’ailleurs une phrase lourde de sens en début de métrage, au sujet de la douleur qu’il faut savoir dépasser pour continuer à avancer. Enlevée 7 ans auparavant par un homme qui l’a ensuite violée, Joy a ensuite eu Jack, un petit garçon qu’elle dût élever seule, dans une minuscule pièce coupée du monde. Son existence même, s’est transformée en long combat. Et c’est cette farouche résilience, ce courage envers et contre tout, et cet amour inconditionnel pour son petit garçon, que Brie Larson illustre à l’écran, avec une sincérité et une puissance désarmantes. Une comédienne qui a pu compter sur le jeune Jacob Tremblay, son jeune partenaire. Un enfant à proprement parler incroyable. Charismatique, d’une présence inouïe, il crève l’écran et répond avec une réactivité et un aplomb rares à Brie Larson. Leurs jeux se nourrissent l’un, l’autre, instaurant une dynamique grandement responsable de la réussite du long-métrage et de son impact assourdissant. Bien sûr, la direction d’acteurs impeccable de Lenny Abrahamson est à saluer, mais difficile de ne pas voir en Jacob Tremblay un futur grand. Même si en l’occurrence, le mot « futur » est ici optionnel. Et si il est toujours délicat de prévoir si un enfant si jeune va continuer dans la même voie, avec une réussite similaire, il est ici impossible de ne pas tomber en admiration devant le naturel de cet acteur qui fait en outre preuve d’une compréhension totale de son personnage ou fait en tout cas le nécessaire pour donner de la substance aux ressentis, aux craintes et aux aspirations de celui-ci. Le voir découvrir le monde après avoir été privé d’une liberté qu’il ne soupçonnait même pas, pensant que l’univers se résumait à la pièce où il était né 5 ans plus tôt est merveilleux. Terriblement émouvant aussi. C’est notamment dans ces moments, comme par exemple quand Jacob voit un chien pour la première fois, où qu’il observe un ciel qui s’était toujours résumé à un carré au plafond, que le caractère viscéral du film saute vraiment aux yeux. Des yeux qui sont alors noyés de larmes, tant le traitement et l’interprétation de ce qui s’apparente à l’adaptation de plusieurs faits divers, charrient quelque chose de profondément viscéral face auquel il est difficilement concevable de rester insensible.
Adapté du livre éponyme d’Emma Donoghue (par elle-même) Room évoque en effet des cas qui en leur temps ont défrayé la chronique. À première vue, le film aurait pu s’avérer glauque et il y a d’ailleurs fort à parier que certains auraient pris sans vergogne cette direction. La grande différence c’est que le réalisateur a préféré s’attacher à la perception du jeune Jack. Il orchestre donc une sorte de conte, en partant de cette minuscule chambre oubliée du monde et des hommes, pour ensuite s’ouvrir petit à petit. Tout ce qui se déroule à l’écran (ainsi que la façon dont nous sont présentées les différentes étapes du récit), privilégie Jack et sa façon d’appréhender les choses. Le ravisseur, devient ainsi Old Nick (appellation du Diable dans certaines légendes), soit une ombre familière qui apporte à manger, alors que la télévision, de temps à autre, projette les images d’un univers auquel le garçon ne prête pas de substance. Les détails sordides sont pourtant bien présents, mais suggérés et non montrés. Ce qui au fond, rend l’évocation plus douloureuse. Cela dit, si Room ne sombre pas dans quelque chose de vraiment malsain, alors que son sujet l’est précisément, c’est qu’il choisit de rester dans la lumière en laissant s’exprimer la naïveté de l’enfance, plus forte que la cruauté dont peuvent faire preuve les adultes. De potentielle fable sur l’innocence bafouée, Room devient l’allégorie d’un combat pour justement conserver cette innocence si précieuse, dans un environnement où elle est menacée en permanence. Lenny Abrahamson projette alors ses intentions dans le personnage de la mère, qui encaisse en faisant bonne figure, même si cela n’est pas toujours possible. L’espoir lui, n’est pas maintenu en cage. Il est dedans mais appelle un après. Une sortie. Une issue de secours.

 

Très habilement, avec une intelligence infinie, le film ne s’arrête pas à la « room ». Ce n’est un secret pour personne, toute la seconde partie du long-métrage se déroule dehors et entend montrer les difficultés de Jack et de Joy de repartir de zéro, de tenter de sauver ce qui peut l’être et de parvenir à croire en un avenir meilleur. Déjà franchement impressionnant dans sa première moitié, Room l’est peut-être encore plus dans sa seconde partie. Tout spécialement quand il analyse les conséquences d’un tel enfermement sur Jack, qui ne connaît rien et qui découvre tout, non sans une certaine peur. Régulièrement, une telle démarche provoque de purs et puissants accents émotionnels, là encore redoutables. Sans trop en faire, Abrahamson fait confiance à son histoire et se laisse porter par ses acteurs. Sa caméra est toujours au bon endroit, parfois carrément virtuose, mais jamais il n’en fait trop, pas plus qu’il ne souligne inutilement ce qui n’a pas besoin de l’être.
Somme de plusieurs choix aussi audacieux qu’éloignés d’un cinéma indépendant trop marqué par des tics inhérents à la pêche aux statuettes, Room est positivement atypique. Telle qu’il débute, on le pressent quand intervient cette formidable scène d’évasion, ce film ne sera pas comme les autres. Peu importe comme il se terminera, ce sera au bon endroit, de la bonne façon. Ce qui est en effet le cas, au bout de presque deux heures.

Miracle de cinéma, porté par deux acteurs exceptionnels, complices et complémentaires, fruit du travail d’un réalisateur discret, dont le toucher s’affirme en filigrane, au sein d’une démarche purement sensitive, Room est un trésor de poésie. Certes difficile, car très immersif et viscéral, il s’impose comme une ode au courage d’une mère prête à tout pour sauvegarder son enfant. Aussi palpitant que les meilleurs thrillers, honnête, sincère et déchirant, il évite tous les pièges, pourtant nombreux dans ce genre d’exercice et touche au vif, plusieurs fois. Chef-d’œuvre total touché par la grâce, Room fait partie de ces films qui marquent de leur empreinte les esprits. Ceux auxquels on pense souvent, la chair de poule jamais bien loin, tout comme ces larmes qui, pendant le film, répondent à cette extraordinaire leçon de cinéma.

@ Gilles Rolland

Room-Brie-Larson-Jacob-Tremblay  Crédits photos : Universal Pictures International France

Par Gilles Rolland le 11 mars 2016

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