[Critique] SHAME

CRITIQUES | 22 janvier 2012 | 1 commentaire

Titre original : Shame

Rating: ★★★★★
Origine : Angleterre
Réalisateur : Steve McQueen
Distribution : Michael Fassbender, Carey Mulligan, James Badge Dale, Nicole Beharie…
Genre : Drame
Date de sortie : 7 décembre 2011

Le Pitch :
Brandon a de l’argent, un bel appartement à New-York, une excellente situation professionnelle et une belle gueule. Pourtant, Brandon souffre d’une addiction au sexe incontrôlable. Addiction qui lui gâche la vie, tout spécialement dans ses rapports avec les femmes. La descente aux enfers sera longue et impitoyable…

 

 

La Critique :
Il était légitime d’attendre énormément de Shame. Hunger, le précédent (et premier) film de Steve McQueen s’apparentant à une monumentale torgnole dans les dents. Bonne nouvelle : avec Shame, McQueen confirme non seulement un incroyable talent, mais il s’impose d’emblée comme l’un des cinéastes les plus importants du moment. Un réalisateur plus que jamais à suivre, qui s’avère être non seulement un technicien hors pair, mais aussi et surtout un artiste à part à la sensibilité communicative et ô combien évocatrice.

D’une classe inouïe, Shame est un beau film. Visuellement parlant. Beau étant un terme bien évidement trop faible pour définir la patine des images qui défilent et qui, à elles seules, s’apparentent à un poème viscéral. McQueen sait indéniablement filmer la ville. Sous son objectif, New-York révèle ses splendeurs. Des bas fonds aux bars branchés, la Grosse Pomme s’ouvre au spectateur, qui s’aperçoit vite que sous le vernis bourgeois d’un microcosme doré, se cache une jungle tout aussi perfide qu’envoutante. On pénètre dans Shame (le mot est le bon croyez moi) et l’ambiance saute au yeux. Le regard magnétique au possible de Michael Fassbender bouffe littéralement la scène d’ouverture. Ce mec est l’une des plus grandes choses qui soit arrivée au cinéma depuis Marlon Brando. Il toise une femme du regard, dans le métro et le ton est donné. Pendant 1h39, McQueen ne desserre pas son étreinte, allant même jusqu’à accentuer la pression, sans pitié, ni retenue. Sans avoir recours au tape à l’œil ou à l’esbrouffe, suivant son admirable cahier des charges.

Shame aborde un thème casse-gueule : l’addiction. L’addiction au sexe pour être plus précis. Brandon, le “héros” de Shame est ainsi un insatiable assoiffé de sexe. Ceux qui attendent des scènes sensuelles et des ébats passionnés en seront pour leurs frais. McQueen filme les relations éphémères de Brandon comme d’autres les shoots d’héroïne. Chaque coucherie enfonçant un peu plus le jeune trentenaire dans les tréfonds d’une maladie qui accentue son empreinte.
Jamais excitant, Shame est un film dur, perturbant, choquant. Non pas par ses images (qui sont tout de même assez crues), mais par la signification qui s’y rattache. L’immersion est totale et les sentiments s’entremêlent. On assiste à la déchéance d’un personnage conscient de son mal être, qui lutte au quotidien. Le sexe est illicite et l’amour totalement exclu de l’équation. Bien sûr, les choses ne sont pas si simples et le cheminement se révèle être en dent de scie. Sans trop en dévoiler, sachez que les éclaircies sont rares. Parmi elles, l’interprétation de New York, New York par Carey Mulligan (qui joue la sœur de Fassbender) est à souligner au feutre noir. L’actrice, elle aussi, est impressionnante et confirme un tempérament certain qui inclut des mises en danger permanentes. Elle illumine le film de son charisme fragile (en apparence) et symbolise la lumière dans la vie du personnage central. Une lumière sujette à des fontes de plombs, tout aussi instable, mais qui demeure bel et bien. L’association de Michael Fassbender et de Carey Mulligan est évidente. Cette dernière pouvant s’apparenter à une personnalisation de la morale. Une morale boiteuse qui encaisse sans cesse les dégâts collatéraux de l’existence brulée du protagoniste principal…

Difficile d’évoquer les qualités d’un tel film sans trop en dévoiler. Difficile également de déballer tout un tas de superlatifs pour parler d’un long-métrage aussi percutant. Shame est une vraie expérience de cinéma. Une expérience qui ne peut pas laisser indifférent. Un film osé, qui découle d’une somme de talents et de personnalités incroyables et dont le message touche au vif, marquant au fer rouge les esprits. Un film qui demeure longtemps après la projection.

@ Gilles Rolland

 

Par Gilles Rolland le 22 janvier 2012

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9 années il y a

[…] c’est quand on apprend que c’est la star montante Michael Fassbender (Shame, Hunger, Prometheus…) qui incarnera le héros de cette adaptation et qui fera également […]