[Critique] SOUND CITY

CRITIQUES | 25 mars 2013 | Aucun commentaire

Titre original : Sound City

Rating: ★★★★★
Origine : États-Unis
Réalisateur : Dave Grohl
Distribution : Dave Grohl, Neil Young, Frank Black, Joshua Homme, Paul McCartney, Stevie Nicks, Krist Novoselic, Tom Petty, Trent Reznor, Rick Rubin, Rick Springfield, Pat Smear, Lars Ulrich, Corey Taylor, Butch Vig, Brad Wilk, Lindsey Buckingham, Alain Johannes, Mick Fleetwood, Barry Manilow, Rupert Neve, Ross Robinson, Taylor Hawkins…
Genre : Documentaire/Rockumentaire
Date de sortie : 12 mars 2013 (DTV)

Le Pitch :
L’histoire du mythique studio d’enregistrement Sound City, racontée par Dave Grohl, au travers des interventions de quelques-uns des plus illustres musiciens ayant enregistré entre ces murs, depuis l’ouverture en 1969…

La Critique :
Quelques mots sur Dave Grohl. Batteur, mais aussi chanteur et guitariste, Dave Grohl s’est fait connaître du grand public grâce à Nirvana, qu’il intègre dès 1990. L’album Nevermind confère à Nirvana et à Grohl une gloire que le marteleur n’aura par la suite de cesse d’honorer. À la mort de Kurt Cobain, il donne rapidement une nouvelle impulsion à sa carrière et fonde les Foo Fighters. Groupe qui existe toujours aujourd’hui, fort de sept albums, dont le dernier, Wasting Light est sorti en 2011. Décrit par ses pairs comme l’un des musiciens les plus cool du milieu, Grohl est aussi populaire pour ses nombreuses collaborations avec des formations comme Queens of the Stone Age, Tenacious D, Nine Inch Nails, The Prodigy, Killing Joke, ou encore pour sa participation au supergroupe Them Crooked Vultures, où il partage la scène avec Josh Homme et l’illustre John Paul Jones, le bassiste de Led Zeppelin.
C’est lorsque Nirvana entame la production de Nevermind que la route de Dave Grohl le mène à Sound City, le légendaire studio d’enregistrement californien. Un studio créé en 1969, populaire pour sa table de mixage Neve, réputée pour offrir une qualité de son unique au monde, qui vit défiler de nombreuses sommités de la musique, comme Fleetwood Mac, Neil Young, Cheap Trick, Tom Petty, Johnny Cash, Queens of the Stone Age, Elton John, Rick Springfield, Metallica, Kyuss, Red Hot Chili Peppers, Weezer, mais aussi Slipknot, Wolfmother, Nine Inch Nails, Ry Cooder, Mastodon ou encore Arctic Monkeys.
En enregistrant Nevermind, qui devint l’un des plus gros succès de l’industrie, Nirvana donne un gros coup de fouet au studio, alors en pleine guerre perdue d’avance contre les nouvelles technologie numériques, en plein essor. Une seconde vie qui permet à Sound City de voir défiler la nouvelle génération, plus encline à enregistrer à l’ancienne, sans avoir recours aux ordinateurs.

Cependant, l’industrie du disque étant devenue ce qu’elle est et la façon d’enregistrer de la musique ayant complètement changée en quelques années, le genre d’endroit comme Sound City est devenu obsolète. N’attirant plus les foules, le studio ferme ses portes en 2011. C’est là que Dave Grohl décide de racheter la console de mixage Neve. Un objet qui selon ses propres dires a changé sa vie et qui trône désormais dans son propre studio d’enregistrement.
Bien décidé à rendre hommage à ce formidable outil, et donc du même coup aux personnes qui ont travaillé à Sound City depuis son ouverture, ainsi qu’à Rupert Neve, le fabriquant de l’objet mythique, Dave Grohl a entrepris de réaliser un film. Un film accompagné par un album, pour un package absolument indispensable à toute personne s’intéressant un tant soit peu au rock and roll et à son histoire.

L’histoire de Sound City oppose, sans manichéisme, l’analogique et le numérique. Il est dit dans le film que c’est Pro Tools qui a tué le studio. Pro Tools étant un outil informatique qui permet de moduler à volonté la musique lors d’un enregistrement. Grâce à Pro Tools, n’importe qui peut enregistrer un album chez lui, tout seul, avec pour seul outil, un ordinateur. Grâce à Pro Tools n’importe quel musicien, aussi inexpérimenté soit-il peut jouer juste, rajouter des effets à foison et faire à peu près tout ce qu’il veut pour arriver à un résultat satisfaisant. On schématise un peu, mais en gros, Pro Tools a bouleversé la façon d’enregistrer de la musique et a ringardisé du même coup, les bonnes vieilles bandes magnétiques, qu’il faut couper à la main puis recoller, ainsi que les prises de son directes et autres enregistrements dans les conditions du live.

Avec son premier film en tant que réalisateur, Dave Grohl partage son amour de l’analogique. Des réunions de musiciens dans un endroit modeste, dans le seul but de faire de la musique, de s’amuser et pourquoi pas d’accoucher d’un grand disque. Une opinion partagée par tous les intervenants que Grohl interroge, tel Neil Young, le producteur Rick Rubin, Tom Petty ou encore la multitude d’anonymes ayant à un moment ou à un autre contribués à bâtir la légende de Sound City.
Avec une sincérité désarmante, Grohl livre un témoignage poignant, souvent émouvant, mais aussi terriblement galvanisant. On peut l’entendre dire, vers la fin du métrage, à quel point il souhaitait rendre hommage à un endroit qui a vu naitre de si grandes œuvres. Des disques qui ont influencé de génération en génération des millions d’amateurs, dont certains sont aujourd’hui célèbres et continuent de perpétrer l’héritage d’un lieu peut-être fermé, mais amené à vivre à jamais dans la grande histoire de la musique moderne. Sound City, le film, n’est rien d’autre que la déclaration d’amour d’un fan à une musique et à ses acteurs. Ceux que l’on connait et les autres, qui dans l’ombre, ont rendu les choses possibles, à l’instar de Rupert Neve, l’inventeur de la fameuse table de mixage Neve, rachetée par Grohl à la fermeture de Sound City.

Remarquablement construit, propice à d’irrésistibles montées de chair de poule et parcouru de morceaux absolument fabuleux, cet impressionnant rockumentaire fait la liaison entre le passé et le présent. Tout en faisant l’apologie de l’enregistrement à l’ancienne et de l’importance de l’humain dans le processus de fabrication, il laisse la porte ouverte aux nouvelles technologies. Principalement via la participation au projet de Trent Reznor, le leader de Nine Inch Nails. Un artiste complet, musicien accompli, très porté sur Pro Tools et l’informatique, qui semble être présent pour souligner le potentiel du numérique quand on sait l’utiliser. Quand il nous sert à dire quelque chose et non à gommer des erreurs, et bien souvent, du même coup, à polisser au maximum une musique qui perd son âme. L’humain est faillible. Sound City insiste la-dessus et souligne que parfois, ce sont des progressions d’accords dissonants qui sonnent avec le plus de grâce, contrairement aux produits préfabriqués qui inondent les bacs des supermarchés et les radios.

Reportage ultime sur une école de pensée autrefois très répandue et aujourd’hui défendue par des artistes investis, conscients de la valeur de l’héritage de leurs ainés, Sound City fait un bien fou. Il s’oppose à la médiocrité devenue norme. Aux programmations à la ramasse et à la musique creuse, calculée et non composée, totalement dénuée d’âme et de prises de risque. Il glorifie l’intégrité et la passion.
En toute logique, un tel film offre de grands moments. Construit en deux parties, Sound City raconte dans un premier temps l’histoire du studio, de sa naissance à sa fermeture, puis revient sur l’enregistrement de Real to Reel, le disque qui accueille Paul McCartney, Rick Springfield ou encore Stevie Nicks. Didactique mais pas trop, Dave Grohl ne se perd jamais en digressions. Il capte le principal, arrive à déclencher une vraie émotion et parvient à rendre la complexité de certains procédés d’enregistrement très abordables aux néophytes. Le making-of de l’album, permet quant à lui d’assister à de beaux moments de partage entre des superstars, finalement très simples et réunies par l’amour d’une musique franche du collier et sincère. Comme ce point d’orgue, qui voit les trois membres survivants de Nirvana (Grohl, Pat Smear et le bassiste géant Krist Novoselic) taper le bœuf avec Paul McCartney. En toute simplicité, le tout sous la houlette du producteur de Nirvana, Butch Vig, histoire de boucler la boucle. De quoi coller un sacré paquet de frissons.

En soi, pour toutes les raisons évoquées et bien d’autres choses encore, Sound City est une merveille. Un film absolument indispensable, qui se doit d’être vu. Si vous aimez le rock donc, et plus largement la musique, impossible de passer à côté. Dave Grohl a fait un boulot incroyable. Ce film est son témoignage et sa déclaration d’amour au rock. Si vous partagez cette passion, vous ne pourrez pas rester indifférent. Et bien entendu, avec ses tubes à la chaine, l’achat de la bande originale est tout autant conseillée. Indispensable et culte ! Merci Dave Grohl !

@ Gilles Rolland

Sound-City-Dave-GrohlCrédits photos : Roswell Films

Par Gilles Rolland le 25 mars 2013

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