[Critique] STRAW DOGS (LES CHIENS DE PAILLE)

CRITIQUES | 10 mars 2012 | Aucun commentaire

Titre original : Straw Dogs

Rating: ★★★★☆
Origine : États-Unis
Réalisateur : Rod Lurie
Distribution : James Marsden, Kate Bosworth, Alexander Skarsgård, James Woods, Dominic Purcell, Walton Goggins, Laz Alonso, Willa Holland, Billy Lush, Drew Powell, Rhys Coiro…
Genre : Thriller
Date de sortie : 7 mars 2012 (DTV)

Le Pitch :
Un écrivain et sa femme décident de s’installer dans la maison familiale de cette dernière dans la campagne américaine. Très vite ils seront confrontés à la violence de certains des autochtones…

La Critique :
Il y a les bons remakes et les mauvais remakes. Il y a les bonnes surprises et les mauvaises. Il y a les films qui transcendent leur modèle et ceux qui n’apportent strictement rien. Parmi les bons remakes, on se souviendra de La Colline a des yeux, de La Dernière maison sur la gauche ou encore de Scarface bien sûr. Les mauvais sont légion, pas la peine de les citer ici même si l’envie de souligner la nullité affligeante de celui des Griffes de la nuit se fait pressante. Juste histoire d’avertir ceux qui seraient tentés de jeter un œil à cette purge… Ceci étant dit, le concept même du remake est malgré tout et par définition une aberration. Un truc tout juste destiné à remplir les caisses. [box_light]À plus forte raison quand il s’agit de refaire un classique.[/box_light]

Mais le remake peut avoir son intérêt. Il peut s’avérer jubilatoire quand il revient sur une histoire assez solide et dense pour supporter les visions de plusieurs réalisateurs et on peut argumenter en affirmant qu’il pousse le jeune spectateur à connaître les grands films, car après avoir vu le remake, ce dernier va illico mater l’original. Une théorie un peu boiteuse. Combien de ces spectateurs ont ainsi regardé Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper après avoir vu le remake de Marcus Nispel ? Et parmi ces derniers, combien ont préféré l’original ? Idem avec L’Armée des morts de Zack Snyder ou Halloween de Rob Zombie. Le remake opère un coup de neuf, parfois animé d’un respect admirable (Rob Zombie) et parfois non. Les remakes font partie du paysage cinématographie donc autant faire avec. Et c’est avec une pointe d’appréhension que j’ai découvert cette relecture des Chiens de paille du légendaire Sam Peckinpah…

En 1971, quand il sort Les Chiens de paille, Peckinpah se heurte à la censure. [quote][pullquote_left][/pullquote_left]L’ambiguïté du propos et la violence frontale amènent la censure à classer le film X dans plusieurs pays dont l’Angleterre qui l’interdit carrément[pullquote_right][/pullquote_right][/quote][tabgroup][tab title=”Title of tab 1″][/tab][tab title=”Title of tab 2″]Tab 2 content goes here. You can add as many tabs as you want using this technique.[/tab][tab title=”Title of tab 3″]Tab 3 content goes here. You can add as many tabs as you want using this technique.[/tab][/tabgroup]. Aux États-Unis, pays connu pour son puritanisme, le long-métrage se voit amputé de la scène de viol centrale. On accuse Peckinpah de se complaire dans une ultra-violence outrancière et de donner une image de la victime du dit viol profondément dérangeante.
Comme d’habitude, les tentatives de sabordage de l’œuvre lui confèrent illico une aura culte.

Bien entendu, le remake de Rod Lurie ne joue pas dans la même catégorie. Sans pour autant livrer une version totalement édulcorée, c’est important de le souligner.

Comme son modèle, Les Chiens de paille version 2011 met en scène un couple ordinaire confronté à un groupe de personnes violentes. Un postulat de départ aussi simple qu’efficace. Les maigres changements de l’intrigue n’altèrent en rien le propos. L’original se déroulant en Angleterre et le remake aux États-Unis. Les deux localisations fonctionnent, le nouveau film prenant pied dans la patrie des rednecks adeptes de la chasse et du tabac à chiquer. Pas de problème de ce côté là. Et d’ailleurs des problèmes, il n’y en a pas vraiment concernant cette nouvelle version. Car, on y vient, le remake des Chiens de paille est tout bonnement un pur film de genre. Un exercice de style maitrisé dans son ensemble qui offre un spectacle tendu, psychologiquement spectaculaire et pour le moins marquant. Lurie garde la fragilité apparente de David le héros et l’ambiguïté provocante de sa femme Amy. Cette dernière, interprétée par une Kate Bosworth troublante, trouve ici un reflet plus que convainquant tandis que James Marsden inscrit sa performance tout en haut de son panthéon personnel (qui compte finalement très peu d’œuvres mémorables vous en conviendrez). Côté méchants, le tableau est tout aussi terrifiant, notamment grâce au regard et au caractère insidieux et no limit du personnage d’Alexander Skarsgård, le beau gosse blond de la série True Blood.

L’escalade vers une violence dérangeante est tout aussi bien illustrée, Lurie gardant -contrairement à Peckinpah- une certaine morale, y-compris dans les déchainements les plus sauvages. Il tient à préserver l’éthique de ses héros, même si ces derniers, suffisamment malmenés montrent aussi les dents quand les circonstances l’exigent. Une retenue louable car logique dans ce nouveau cadre. À l’instar de l’original, ce remake s’inscrit efficacement dans son époque. Il ne singe pas son ainé, prend ses propres chemins et démontre d’un respect constant. Lurie sait pertinemment qu’il ne sert à rien d’essayer de coller à tout prix aux préceptes énoncés par Peckinpah. Il ne cherche pas à choquer et c’est précisément pourquoi son film fonctionne. L’ambiguïté lors de la scène du viol est présente mais amoindrie. On peut très bien passer à côté, mais le regard d’Amy, la victime, qui semble notifier que cette dernière n’est pas, sur le moment, totalement réfractaire est bien là. Dans un éclair. L’opportunisme n’a pas vraiment sa place dans la démarche de Lurie. Son film est le résultat d’un vrai savoir-faire. Notamment via une réalisation léchée, âpre et tendue. L’écriture aussi est plus maligne qu’elle n’y paraît. Le tout fonctionne et se détache de la masse.

Du coup, s’il est bien sûr conseillé de d’abord regarder l’original, ces Chiens de paille là se placent d’emblée parmi les plus grandes réussites de l’exercice du remake.

L’ami Bruno Matéï aussi a grandement apprécié le film ! Sa critique est visible ici !

@ Gilles Rolland

Crédits photos : Battleplan Productions

Par Gilles Rolland le 10 mars 2012

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