[Critique] STRONGER

CRITIQUES | 7 février 2018 | Aucun commentaire
Stronger-poster

Titre original : Stronger

Rating: ★★★½☆
Origine : États-Unis
Réalisateur : David Gordon Green
Distribution : Jake Gyllenhaal, Tatiana Maslany, Miranda Richardson, Clancy Brown, Frankie Shaw, Carlos Sanz…
Genre : Drame/Adaptation
Date de sortie : 7 février 2018

Le Pitch :
15 avril 2013, Boston. Le marathon touche à sa fin. Les coureurs franchissent petit à petit la ligne d’arrivée quand deux bombes explosent successivement. Parmi les victimes de ce double attentat, Jeffrey Bauman. Un homme venu encourager son ex-petite amie dans l’espoir de la reconquérir. Désormais privé de ses deux jambes, Jeff va devoir remonter la pente. Alors que toute la nation le considère comme un héros, lui sombre peu à peu dans la dépression, malgré le soutien des siens. Histoire vraie…

La Critique de Stronger :

Insaisissable depuis ses débuts, le réalisateur américain David Gordon Green prend un malin plaisir à explorer de multiples genres. Au cinéma, mais aussi à la télévision, vu que c’est lui qui a orchestré la formidable série tragi-comique de Danny McBride, Vice Principals, pour HBO. Gordon Green qui ne livre jamais des films tièdes. Toujours, appuyant plus ou moins à chaque fois, il nuance son propos, oscille entre la comédie et le drame, n’a pas peur de prendre des risques et d’expérimenter des choses. Capable de verser dans la comédie potache avec Baby-Sitter malgré lui (pas son plus réussi) puis de donner dans la tragédie pure et dure avec Joe, il est, au moment où cet article est publié, en train de plancher, à nouveau avec Danny McBride, sur la renaissance de la saga Halloween. Cela dit, aujourd’hui, c’est Stronger qui nous intéresse. Un film sur une victime des attentats du marathon de Boston en 2013, qui, encore une fois, prend un peu à revers malgré des lieux communs difficiles à contourner pour au final se montrer aussi maladroit que valeureux…

Stronger-Jake-Gyllenhaal-Tatiana-Maslany

L’épreuve de force

C’est lorsqu’il a perdu ses deux jambes à Boston, alors qu’il encourageait son ex-petite amie, dans la foule, pendant le marathon, que Jeff Bauman est devenu un héros. Un homme simple, centre d’attention de tout un pays. Jeff qui fut instrumentalisé pour finalement incarner la résilience et la résistance face à l’horreur du terrorisme. Et c’est davantage sur cet aspect là de l’histoire que David Gordon Green a souhaité s’attarder, avant même de traiter directement de la longue guérison de son personnage principal. Quand Jake Gyllenhaal s’interroge sur le fait de voir tous ces gens le célébrer parce qu’il a perdu ses jambes dans un attentat, c’est David Gordon Green qui questionne directement la notion d’héroïsme et tend ainsi un miroir à la société contemporaine, américaine plus précisément, à l’heure où parfois, les circonstances peuvent donner aux meilleures intentions des formes qui peuvent s’avérer écrasantes. Quand il rentre chez lui et qu’il se retrouve invité à toutes sortes d’événements, lui rappelant sans cesse que pour lui, rien ne sera plus jamais comme avant, Jeff Bauman ressent une pression que le film souligne sans cesse, jusqu’au point de rupture.
Même si il traite bien sûr du chemin de croix du héros en question, Stronger est donc davantage un film sur notre époque. Moins frontal que Traque à Boston, de Peter Berg, qui s’intéressait quant à lui à l’enquête qui suivit ces mêmes attentats, Stronger prend surtout en compte l’aspect humain et tente de cristalliser les sentiments qui vont de pair avec la guérison et le traumatisme, tout en mettant en exergue les contradictions inévitables qui finissent par caractériser la lutte des victimes qui doivent se reconstruire. Le personnage central étant à lui tout seul une allégorie de la difficulté de maintenir en vie cet indispensable espoir et de la nécessité des populations de se raccrocher à des valeurs qui s’opposent justement à l’absence de valeurs et à la lâcheté de ceux qui sèment la terreur.

Ode au courage

La démarche de David Gordon Green est claire mais pourtant, son film est un tantinet maladroit. Maladroit car en se frottant à un genre de drame finalement assez balisé, le cinéaste n’a pas évité tous les écueils propres à ce style. Un peu trop long, parcouru de très beaux moments, porté par une émotion qui atteint parfois des sommets, Stronger reste bien sûr très pertinent et profondément sincère, mais il est difficile de ne pas voir que parfois, il reste un peu bloqué dans un schéma aussi prévisible (en même temps, il s’agit d’une histoire vraie) que confortable.
Ceci étant dit, les acteurs permettent tout de même au long-métrage de faire excellente figure. Jake Gyllenhaal bien sûr, au premier plan, forme un duo parfait avec l’intense Tatiana Maslany (de la série Orphan Black). Investi comme il sait si bien le faire, habité par son personnage, parfaitement crédible et garant d’une émotion prégnante, Gyllenhaal est le point d’ancrage d’une œuvre qui laisse aussi l’opportunité à ses partenaires de briller. L’excellente Tatiana Maslany donc, qui pour le coup, est vraiment impressionnante, mais aussi Clancy Brown et Miranda Richardson, dont la performance est d’une sincérité et d’une justesse totales.
Et si parfois on décroche un peu, ce sont eux, de concert avec un réalisateur pétri de bonnes intentions, qui ramènent le film sur les rails, jusqu’au final, attendu mais encore une fois habité d’une vibrante émotion.

En Bref…
Émouvant, porté par les performances admirables de Jake Gyllenhaal, Tatiana Maslany et Miranda Richardson, mais plombé par quelques maladresses narratives et par un côté très attendu, Stronger s’impose néanmoins par la force de son propos, par sa sincérité et par cette volonté de vouloir aussi raconter son époque par le prisme d’une tragédie aux multiples répercussions.

@ Gilles Rolland

Stronger-Jake-Gyllenhaal-Tatiana-Maslany.2  Crédits photos : Metropolitan FilmExport

Par Gilles Rolland le 7 février 2018

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