[Critique] THE ARTIST

CRITIQUES | 13 mars 2012 | Aucun commentaire

Rating: ★★★½☆
Origine : France
Réalisateur : Michel Hazanavicius
Distribution : Jean Dujardin, Bérénice Bejo, John Goodman, James Cromwell, Penelope Ann Miller, Missi Pyle, Beth Grant…
Genre : Comédie dramatique/Muet
Date de sortie : 12 octobre 2011 (ressortie le 25 janvier 2012)

Le Pitch :
À Hollywood, en plein age d’or du cinéma muet, George Valentin est une star incontournable. Un statut mis à mal par l’arrivée du cinéma parlant. Peppy Miller une jeune figurante, va par contre connaitre la gloire… Les deux comédiens vont se croiser dans un déluge de célébrité, d’argent, de gloire naissante et d’espoirs déchus.

La Critique :
The Artist est plus facile à admirer qu’à apprécier. Un film sans aucun doute agréable, rempli de bonnes intentions, mais manquant quelque-peu du génie et de la perspicacité qu’on semble lui accorder. En dépit du fait que tout le monde l’acclame comme un chef-d’œuvre subversif et différentiel, il reste malgré tout assez conventionnel. Pour faire dans la métaphore, si Tree of Life était un café parisien bourgeois et Jack et Julie, un McDonald’s, The Artist serait un Starbucks.

The Artist se caractérise comme étant une comédie romantique avec quelques éléments mélodramatiques, le tout construit autour d’un seul gimmick. L’histoire se passe à Hollywood, alors que l’âge du cinéma muet touche à sa fin. The Artist est ainsi un film muet. On peut déjà s’attendre à la réaction typique: « Attendez une minute. Quoi ? Un film en noir-et-blanc ? Avec tout le dialogue inscrit sur des pancartes ? Un accompagnement musical au piano ? C’est quoi, ce délire ? »

Et bien, il se trouve que le réalisateur, Michel Hazanavicius, n’est pas allé entièrement jusqu’au bout. The Artist est un hommage digne mais pas une copie exacte de ses ancêtres silencieux. Sa bande originale tout simplement magistrale en constitue la première preuve. The Artist reste un film muet, mais taquine un peu le spectateur en enfreignant ses propres règles. Même si le silence règne pendant presque toute la durée du long-métrage, l’intrigue dépasse la période du muet et se poursuit dans le monde de la technologie sonore, là où Peppy Miller est devenue une vedette et Valentin un has-been, se cramponnant à son identité d’acteur muet. Avec tous les changements de l’industrie, il est incapable de s’adapter au monde dans lequel préside sa partenaire.

Concernant l’intrigue, The Artist est plus ou moins un mélange entre Singing in the Rain et Une Étoile est Née, généralement considérés comme deux des meilleurs films centrés sur le monde des acteurs. En particulier, les ressemblances avec Une Étoile est Née sont flagrantes, mais leur pertinence est amusante. Après tout, le film a bien été fait trois fois (en 1937, 1954 et 1976), mais jamais pendant la période du cinéma muet.

Le trio Hazanavicius, Dujardin et Bejo est surtout connu pour son succès avec les OSS 117, parodies des films d’espionnage des années 60. OSS 117 déjouait les conventions de l’époque auxquelles il était confronté. La démarche de The Artist est à peu près similaire. Ainsi le long-métrage est frétillant, amusant et principalement centré sur le charme des d’acteurs et portant un soin particulier aux détails de la période qu’il aborde.

Mais là où OSS 117 était une satire mordante et perspicace de l’époque et de son genre, The Artist apparaît comme étant un peu plus superficiel. Pratiquement tout ce qu’il a à dire sur la transition révolutionnaire du cinéma muet au cinéma sonore, ainsi que les conséquences qu’ont subi une génération de comédiens, sont traitées en résumé dans la meilleure scène du film : une séquence cauchemardesque où le son s’introduit pour la première fois dans la vie de Valentin. En dehors de cela, on suit plus ou moins la recette d’une histoire d’amour classique. Un gars têtu et une fille branchée s’aiment bien, se retrouvent opposés l’un à l’autre, puis se réconcilient. Ce n’est pas forcement une mauvaise chose, mais cela manque un peu de profondeur.

Les acteurs sont sympathiques et charismatiques, l’intrigue est simple et le concept bien maitrisé, mais son potentiel n’est pas exploité au maximum. On a droit au cauchemar mentionné plus haut, à un gag sonore bien pensé, et à un numéro de claquettes splendide, mais il semble y avoir quelques opportunités manquées. De plus, l’importance de la transformation d’Hollywood et de l’industrie du cinéma en général est quelque peu survolé. En fait, le changement ne se passe même pas à l’écran : Valentin se rend tout simplement au boulot un matin pour découvrir que tous ses collègues ont plié boutique.

Mais bon, il s’agit avant tout ici d’une histoire romantique plutôt que d’une leçon sur l’histoire du cinéma, non ? Certes, mais la relation amicale/amoureuse entre Valentin et Peppy manque parfois d’intérêt et même de crédibilité. J’imagine que le couple est censé être une version moderne de John Gilbert et Greta Garbo, mais le résultat laisse parfois perplexe. On nous affirme sans arrêt que Valentin est un type bien et vraiment sympa, mais de temps en temps, il n’y a pas grand chose pour le prouver à l’écran. Il joue parfois au clown et presque tout ses problèmes, mis a part le fait que les films parlants ne lui conviennent pas, sont entièrement auto-infligés. Heureusement, il y a le chien Uggie qui nous aide à apprécier son maitre.
Pour Bérénice Bejo dans le rôle de Peppy Miller, ce n’est pas vraiment mieux. Elle a indiscutablement l’apparence et le comportement d’une actrice muette, avec des grands yeux expressifs et une énergie folle, mais reste malheureusement l’un de ces personnages féminins dont toute la personnalité est basée autour du protagoniste principal.

Cependant, l’engouement autour de The Artist est compréhensible. Il s’agit d’une histoire triste et optimiste à la fois, racontée de façon séduisante et parfois irrésistible. Mais lorsqu’on regarde au-delà de la magie du style rétro et du concept muet, le film reste parfois un peu vide. Ceci étant dit, The Artist est tout à fait recommandable. Il est juste important de garder à l’esprit qu’ici le style et la présentation dominent la substance.

@ Daniel Rawnsley

Par Daniel Rawnsley le 13 mars 2012

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