[Critique] THE BIRTH OF A NATION

CRITIQUES | 11 janvier 2017 | Aucun commentaire
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Titre original : The Birth Of A Nation

Rating: ★★★½☆
Origine : États-Unis
Réalisateur : Nate Parker
Distribution : Nate Parker, Armie Hammer, Mark Boone Junior, Colman Domingo, Penelope Ann Miller, Aja Naomi King, Aunjanue Ellis…
Genre : Drame
Date de sortie : 11 janvier 2017

Le Pitch :
Nate Turner n’a connu que l’esclavage. Entretenant des rapports plutôt bons avec son maître, Samuel Turner, il a aussi appris à lire et est devenu prêcheur. Dans l’Amérique d’avant la Guerre de Sécession, Nate va ainsi d’exploitations en exploitations pour diffuser la bonne parole et encourager les autres esclaves à obéir. Néanmoins, les atrocités dont il est témoin et les souffrances qu’il est lui-même amené à endurer l’incitent à concevoir un plan pour prendre la tête d’une révolte d’envergure. Histoire vraie…

La Critique de The Birth Of A Nation :

Ce n’est pas un hasard si le comédien Nate Parker a souhaité donner à son premier film en tant que réalisateur le même titre que celui du long-métrage de D.W. Griffith sorti en 1915. Une œuvre malsaine en forme d’immonde propagande qui mettait en scène les membres du Klu Klux Klan en les faisant passer pour des héros, face à des Noirs violents. Une façon pour Parker de se réapproprier des mots afin de leur donner un tout autre sens et ainsi d’une certaine façon de venir un peu plus se rapprocher de Braveheart, qu’il considère comme une sorte de modèle à suivre, allant d’ailleurs jusqu’à affirmer qu’il voyait son long-métrage comme une déclinaison de celui de Mel Gibson. Ce qui, quand on regarde The Birth Of A Nation, fait sens…

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Leçon d’histoire

L’histoire que raconte The Birth Of A Nation est vraie. Nate Turner a bel et bien existé et sa révolte, qui n’a duré que 48 heures à peine, a secoué le pays tout entier, incitant les autorités à voter des lois encore plus dures à l’encontre des esclaves. Un récit difficile et brutal que Nate Parker aborde avec un grand sérieux et une grande solennité. Son film commence alors que le personnage principal affronte pour la première fois la réalité de son existence, en voyant son père fuir des esclavagistes ultra-violents. Le scénario nous le présente alors comme une sorte de prophète, amené à accomplir de grandes choses pour son peuple. La dimension religieuse est omniprésente. Mais après tout, Nate Turner était un prêcheur. La spiritualité est au centre de toute la dynamique du long-métrage, qui s’avance petit à petit vers une révolte qu’il amorce à coups de scènes difficilement supportables, mais nécessaires. On nous explique comment l’idée d’un soulèvement a commencé à germer dans l’esprit de celui qui, toute sa vie, est resté docile. Pour cela, le script, et c’est là où il est plutôt fort, souligne le caractère « bloqué » de la vie des esclaves, en se focalisant sur le couple que forme Nate Turner avec Cherry, qui deviendra sa femme. Obligation de demander la permission pour se marier, pour aller voir son épouse… Toute la vie de ces femmes et de ces hommes ne tenait qu’à la bonne volonté des Blancs. Et si le maître de Nate est dans un premier temps plutôt bienveillant, c’est quand il ne l’est plus que tout change. Une façon de bien insister sur le fait que dans tous les cas, la vie des esclaves pouvait non seulement basculer à tout moment dans l’horreur, mais aussi sur le manque de perspectives de celle-ci.

Leçon d’académisme

Plutôt linéaire, le scénario de The Birth Of A Nation est aussi limpide. Ce qui est bien. Ce qui l’est moins, c’est qu’au fond, si on sent bien, notamment via le personnage de Penelope Ann Miller, une volonté d’échapper au manichéisme, le film n’y parvient pas toujours. La démarche narrative est claire mais un peu maladroite aussi. Difficile de ne pas le comparer avec 12 Years A Slave d’ailleurs, qui, tout en abordant la même période de l’histoire des États-Unis, parvenait à faire un sans faute. Au niveau de l’écriture mais aussi pour tout ce qui touche à la mise en image. The Birth Of A Nation possède les qualités et les défauts d’un premier film. Il est exalté et passionné mais manque de tenue, tandis que la réalisation pêche par un excès d’académisme un peu encombrant. La multiplication de scènes chocs ne suffisent pas à rendre l’ensemble aussi rugueux que souhaité. La musique, pas très fine, le montage et quelques autres aspects viennent amoindrir l’impact émotionnel, même si il est bien sûr impossible de ne pas être touché. Le truc, c’est qu’on l’est plus par ce que le film a à nous dire que par la façon dont il choisit de le faire.
Heureusement, Nate Parker rattrape ses maladresses par sa sincérité et une direction d’acteurs tout à fait correcte. Au premier plan, le réalisateur est lui-même plein de fougue et incarne sans faillir les valeurs qu’il s’échine à sublimer. Il met ses tripes sur la table. On sent qu’il a trimé à monter son projet et c’est à bout de bras qu’il nous le livre. Armie Hammer aussi est très bon, lui qui a écopé d’une partition difficile. Tous les acteurs sont méritants, et tant pis si certains ne sont pas aussi mis en avant qu’ils le devraient. Là encore, difficile de ne pas penser à 12 Years A Slave et à son extraordinaire pertinence. À Django Unchained aussi, qui malgré son approche tout à fait dans la tonalité Tarantino, avec un second degré, des références à la pop culture et une violence crue, avait su complètement capter l’essence de son sujet.
The Birth Of A Nation ne passe pas à côté. Loin de là. Il est suffisamment puissant pour marquer, mais pas suffisamment maîtrisé pour s’imposer comme le très grand film qu’il aurait pu être.

En Bref…
The Birth Of A Nation aborde ses thématiques avec rage et exaltation. L’histoire qu’il nous narre, non sans quelques maladresses, est difficile. La bonne volonté est là, tout comme la sincérité qui porte le tout. Reste qu’il est tentant de se dire que le récit de la révolte de Nate Turner appelait un peu plus de subtilité et peut-être davantage de maturité. Ce qui, paradoxalement, aurait décuplé son impact pour autant déjà important.

@ Gilles Rolland

the-birth-of-a-nation  Crédits photos : 20th Century Fox France

Par Gilles Rolland le 11 janvier 2017

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