[Critique] THE DESCENDANTS

CRITIQUES | 26 janvier 2012 | 8 commentaires

Titre original : The Descendants

Rating: ★★★★★
Origine : États-Unis
Réalisateur : Alexander Payne
Distribution : George Clooney, Shailene Woodley, Amar Miller, Nick Krause, Patricia Hastie, Kim Gennaula, Karen Kuioka Hironaga, Beau Bridges, Kaui Hart Hemmings, Milt Kogan, Matthew Lillard, Judy Greer…
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 25 janvier 2012

Le Pitch :
Avocat à Hawaï, George King est esclave de son travail. Père de deux filles qu’il ne voit quasiment jamais et mari d’une femme qui s’éloigne, George voit sa vie basculer le jour où cette dernière se blesse gravement à la suite d’un accident de bateau et tombe dans le coma. Dès lors, le cinquantenaire doit composer avec ses affaires et surtout avec ses deux enfants. Une situation qui se complique un peu plus le jour où George apprend que sa femme entretenait une liaison…

La Critique :
Alexander Payne est décidément un génie. Le terme, souvent galvaudé, trouve avec lui un sens très humain. Car Payne ne semble pas avoir son pareil pour capter les émotions humaines complexes. Celles qui accompagnent les moments difficiles de la vie. Celles qui caractérisent le doute et la peur. Celles qui entrainent les changements et les prises de décisions. Alexander Payne capte la vie comme peu de cinéastes et restitue les ressentis de ses personnages avec une justesse absolue.
Une observation déjà valable avec les formidables Sideways et Monsieur Schmidt et qui avec The Descendants trouve une extraordinaire confirmation.

En décidant d’adapter à l’écran le roman de Kaui Hart Hemmings (qui joue d’ailleurs dans le film), Payne aborde de front ce qui est à ce jour son sujet le plus dramatique. Une famille est confrontée au départ brutal de l’un de ses piliers, suspendu entre la vie et la mort. Dès lors, les membres restants tentent tant bien que mal de garder la tête hors de l’eau. Casse-gueule s’il en est, le propos de The Descendants semblait convenir à merveille au style du réalisateur de Sideways. Car si Sideways, Monsieur Schmidt et The Descendants partagent de nombreuses caractéristiques, il décrivent surtout tous les trois des périodes charnières. Des remises en question, plus ou moins brutales et pourtant si ordinaires, quand on les mesures à l’échelle du monde.

Le héros, un père de famille perdu dans les vicissitudes d’une carrière possessive, doit gérer une situation tentaculaire. Du jour au lendemain, Matt doit apprivoiser ses filles, gérer la plus importante transaction immobilière de sa carrière, organiser sa vie autour du coma de sa femme et surtout canaliser le flot d’émotions dévastatrices que tout cela entraine. Loin d’être fort, Matt n’est pas un personnage comme nous avons l’habitude d’en voir dans le cinéma américain. Il pédale, trébuche, se rattrape et craque pour au final apparaître non seulement comme profondément touchant, mais aussi et surtout tragiquement humain.
Elle est là la clé du film. Dans sa faculté à traduire avec pertinence et sensibilité (mais sans trop en faire) les réactions de ses personnages, Payne confère à son récit un force évocatrice qui habite le spectateur.
En toile de fond, les superbes paysages d’Hawaï apportent un décalage doux-amer réellement particulier (Alexander Payne est décidément très doué quand il s’agit d’inclure l’environnement comme composante essentielle de ses histoires. Après le vignoble californien et les paysages historiques américains, Hawaï et sa végétation luxuriante trouvent un écho indissociable de l’arc narratif principal), tandis que la musique, essentiellement composée de morceaux traditionnels du folklore local enveloppe de ses arpèges cette chronique de vie tragi-comique qui ne sombre jamais dans le pathos.
Car The Descendants s’avère aussi très drôle. Bluffant quand il injecte des ressorts comiques dans le drame intimiste, Alexander Payne réussit là où nombres d’autres réalisateurs échouent. La mesure est parfaite et le touché délicat. L’exemple apporté par le personnage de Sid (le petit ami de la fille du héros) est flagrant. Ce dernier, interprété par l’étonnant Nick Krause, est à l’origine de l’une des plus belles scènes du film et de par son statut de pièce rapportée atypique, incarne la volonté de Payne de se refuser à tout misérabilisme affectif. Encore une fois, la mesure est parfaite. Tout comme le timing.

Et il y a George Clooney. Nominé aux Oscars (et titulaire d’un Golden Globe), l’ancien Dr Ross trouve ici l’un de ses meilleurs rôles. Jamais plus à sa place que dans la peau d’un homme ordinaire en proie au doute, l’acteur s’illustre par la profondeur de son jeu et par l’authenticité de ses émotions. Touché par la grâce, Clooney  personnifie le passage à l’age adulte d’un gamin de 50 ans. Peu à peu, épaulé par les siens, il redécouvre sa vie et les responsabilités qui vont avec. Branchées sur la même fréquence, Shailene Woodley et Amar Miller, qui incarnent ses deux filles, sont parfaites. Ni plus ni moins. La plus âgée (S.Woodley) est très loin du cliché de l’ado rebelle, tandis que la plus jeune (A.Miller) fait preuve d’une maturité impressionnante dans un rôle délicat.
Une belle équipe réunie sous la direction d’un cinéaste en pleine possession de ses moyens, encore une fois. Un artiste qui ne lâche jamais rien. Jusqu’à la dernière minute, via un ultime plan, qui à lui seul résume toute une (remarquable) démarche.
Un chef-d’œuvre donc !

@ Gilles Rolland

 

Crédits Photos : Fox Searchlight

Par Gilles Rolland le 26 janvier 2012

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josy
9 années il y a

Super critique qui donne envie d’aller le voir!!!!!

Lélé
Lélé
9 années il y a

Je n’aurai pas mieux dit ! Des thèmes récurrents du cinéma et de la littérature à merveille retranscrits portés par des paysages et une réalisation de très grandes qualité. Je ne regrette pas d’être retourné au cinéma ce soir après avoir manqué de quelques minutes la séance d’hier. Un film dont on ne sort pas indemne, vraiment.

Ps : Gilles, il est cool ton site !

hippocampestudio
Administrateur
hippocampestudio (@hippocampestudio)
9 années il y a

C’est vrai, c’est le genre de film qui reste longtemps après la projection. Content que ma critique t’ai plu et merci beaucoup pour ton gentil compliment Léa, ça me fait vraiment plaisir. Si tu ne les as pas vu et vu que tu as apprécié celui-là je te conseille fortement de voir Sideways et Mr Schmidt, ses deux précédents. C’est dans la même veine et à chaque fois le réalisateur touche en plein cœur. A vrai dire c’est l’un de mes cinéastes favoris 🙂 Merci encore !

Roxana Negrea
Roxana Negrea
9 années il y a

Tres bonne critique!Merci de me l’ avoir recomander.comme je suis fan George Clooney je vaiis pas le rater.Bonne continuation!

hippocampestudio
Administrateur
hippocampestudio (@hippocampestudio)
9 années il y a

Merci à vous Roxana c’est très gentil de me lire et de suivre l’actualité du site ! A venir, beaucoup de George !!!

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9 années il y a

[…] Artist THE DESCENDANTS Extrêmement fort & Incroyablement près La Couleur des Sentiments Hugo Cabret Midnight in […]

trackback

[…] même si chez nous, on aurait bien vu Clooney récompensé pour sa performance dans le formidable The Descendants. Mais ne nageons pas à contre-courant. The Artist est  un long-métrage remarquable. Un […]

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[…] Payne est aussi rare que talentueux. Nominé aux derniers Oscar pour son fabuleux The Descendants, le réalisateur a aussi réalisé le fantastique Sideways et l’extraordinaire Monsieur […]