[Critique] THE DIG

CRITIQUES | 18 février 2021 | Aucun commentaire
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Titre original : The Dig

Rating: ★★★★½

Origine : Grande-Bretagne

Réalisateur : Simon Stone

Distribution : Ralph Fiennes, Carey Mulligan, Lily James, Johnny Flynn, Ben Chaplin, Ken Scott, Monica Dolan…

Genre : Drame/Adaptation

Durée : 1h52

Date de sortie : 29 janvier 2021 (Netflix)

Le Pitch :

En 1939, alors que l’Angleterre se prépare à entrer en guerre, Basil Brown, un archéologue autodidacte, est appelé par Edith Pretty, une jeune veuve, afin d’effectuer des fouilles sur son terrain, où elle pense que se trouvent des vestiges. C’est alors que Brown met à jour, contre toute attente, un ancien navire funéraire vieux de plusieurs siècles. Une découverte qui va attirer l’attention des plus hautes instances et contraindre Basil et Edith a entamer avec ces dernières un véritable bras de fer. Histoire vraie…

La Critique de The Dig :

Il y a des films qui d’emblée, en quelques secondes seulement, s’arrangent pour imposer une tonalité. Le miracle se produisant véritablement quand le film dans son ensemble est au diapason… Ce qui se arrive pendant l’introduction de The Dig, le nouveau film de Simon Stone, est ainsi plutôt rare. On voit Ralph Fiennes, le regard grave, progresser sur l’eau à bord d’une petite embarcation de fortune, avant d’enfourcher son vélo pour se rendre chez une riche veuve. Le sieur est archéologue amateur. Ou plutôt, il creuse. Il creuse pour mettre à jour, ou du moins essayer, des vestiges du passé. Carey Mulligan quant à elle, vit dans une luxueuse propriété dans la campagne anglaise. Sur son terrain où se trouvent plusieurs tumulus qui, elle en est persuadée, cachent des trésors…

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Avant la guerre

Le contexte dans lequel s’inscrit The Dig est particulièrement important. Quand l’archéologue amateur Basil Brown commence à creuser, la Seconde Guerre mondiale n’est pas loin. L’Angleterre se prépare aux bombardements et les jeunes appelés font déjà leurs adieux à leurs proches. Edith, la veuve qui embauche Basil pour creuser chez elle, cache elle-même un lourd secret. Depuis la mort de son mari, avec son jeune fils, elle tente de résister mais malgré tout, quelque chose ne va pas. Alors qu’il semble évident que sa propriété abrite un immense cimetière ancien et que le tumulus dans lequel les investigations sont menées commence à révéler ses secrets, le combat s’est déjà initié dans son foyer. La métaphore que le réalisateur parvient à superbement illustrer s’avère ainsi d’une puissance rare. Des morts d’une autre époque révèlent leurs secrets tandis que les vivants sombrent dans un nouvel âge sombre, s’efforçant de faire preuve de résilience en s’inspirant des luttes d’hier pour mener celles d’aujourd’hui.

Retour du passé

La notion d’héritage est au centre de la dynamique de The Dig qui repose sur une narration extrêmement fluide, en accord avec une réalisation qui sans verser dans le contemplatif absolu à la Terrence Malick, s’efforce avec succès d’exprimer une poésie de tous les instants. Construit selon un compte à rebours, surtout quand il devient clair que dès que la guerre aura débuté, les fouilles devront s’arrêter, le long-métrage de Simon Stone se permet même une jolie incartade qui aurait pu affaiblir son propos principal mais qui, en l’état, vient au contraire nourrir sa force évocatrice. Quand le personnage incarné par la magnifique Lily James fait son apparition, l’intrigue se dédouble. Une histoire d’amour se dessine, avec tendresse certes mais aussi quelque chose de profondément fataliste. Une romance superbement illustrée, pleine de nuance et de douceur, magnifiquement intégrée à l’ensemble, alors que la conclusion approche…

Une histoire de reconnaissance

Mais The Dig porte également sur la reconnaissance. Celle du personnage principal en particulier. Basil Brown étant un homme simple, qui a appris son métier tout seul, motivé par son désir d’apprendre envers et contre une condition sociale pas vraiment favorable. Un archéologue amateur confronté à une autorité toute-puissante qui au début, ne fait même pas cas de sa présence quand bien même la découverte de ce navire mortuaire anglo-saxon est de son fait. Ralph Fiennes, de concert avec une superbe et très touchante de vulnérabilité Carey Mulligan, parvenant à incarner avec beaucoup de justesse tout ce que son rôle est censé communiquer. De là à dire que les deux trouvent dans The Dig l’un de leurs meilleurs rôles, il n’y a qu’un pas qu’il est légitime de franchir.

Bénéficiant d’une écriture pleine de lyrisme, ce drame à l’ancienne, qui n’insiste jamais inutilement, se refusant à embrasser des codes trop tire-larmes, trouve son chemin grâce à la seule force de sa sincérité. Très appliqué, Simon Stone se révèle comme un grand réalisateur et comme un directeur d’acteurs inspiré. Exploitant toutes les possibilités de son décors, ce bout de terre oublié du monde où repose le plus précieux vestige jamais découvert en Angleterre, il met à profit toutes ses compétences et sa grande sensibilité pour pleinement exploiter cette magnifique histoire vraie. Une histoire au sein de laquelle des femmes et des hommes tentent à leur façon d’enrichir la mémoire de leur époque envers et contre un destin contrariant, s’accomplissant dans un devoir de mémoire éreintant dans tous les sens du terme, en permanence entourés par la mort mais animés d’un authentique désir de vie.

En Bref…

Magnifique fresque, autant au niveau du fond et que de la forme, The Dig bénéficie de la justesse d’une écriture sublimée par le talent d’un réalisateur en état de grâce. Les acteurs, tous remarquables, se chargeant de souligner les inflexions de cette histoire méconnue avec une pertinence et une sensibilité rares. Passionnant.

@ Gilles Rolland

The-Dig
Crédits photos : Netflix

Par Gilles Rolland le 18 février 2021

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