[Critique] THE DISASTER ARTIST

CRITIQUES | 8 mars 2018 | Aucun commentaire
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Titre original : The Disaster Artist

Rating: ★★★★½
Origine : États-Unis
Réalisateur : James Franco
Distribution : James Franco, Dave Franco, Seth Rogen, Alison Brie, Ari Graynor, Jacki Weaver, Josh Hutcherson, Zac Efron, Melanie Griffith, Sharon Stone, Bryan Cranston, Jason Mantzoukas, Paul Scheer, Lizzy Caplan, Kristen Bell, Judd Apatow…
Genre : Comédie/Drame/Adaptation
Date de sortie : 7 mars 2018

Le Pitch :
À fin des années 90, Greg, un jeune acteur en devenir, rencontre Tommy, un autre acteur, dans un cours de théâtre à San Francisco. Rapidement, les deux hommes s’entendent à merveille, malgré le caractère fantasque de Tommy, qui refuse obstinément de dévoiler le moindre détail sur son passé. Ensemble, ils s’installent à Los Angeles avec l’objectif de réussir à percer. Mais les opportunités se font rares. Tout spécialement pour Tommy. C’est alors que ce dernier décide d’écrire, de produire et de réaliser son propre long-métrage. The Room, c’est son titre, qui sera plus tard considéré comme l’un des plus mauvais films jamais tournés. Histoire vraie…

La Critique de The Disaster Artist :

C’est en 2003 qu’est sorti aux États-Unis le film The Room, soit la première réalisation de Tommy Wiseau, l’un des personnages les plus énigmatiques et les plus fascinants de l’industrie du cinéma. Un film tellement mauvais qu’il a rapidement fait l’objet d’un culte quasiment sans précédent. Écrit, réalisé, produit et interprété par Wiseau lui-même, The Room est aujourd’hui encore régulièrement projeté un peu partout dans le monde en séance de minuit, parfois en présence de Wiseau et a finalement réussi à engranger des bénéfices, remboursant son énorme budget de 6 millions de dollars. Mais au fait, d’où Tommy Wiseau, qui a tout financé tout seul, a tiré cet argent ? Et puis qui est-il vraiment ? Quel âge a-t-il et vient-il de Louisiane comme il aime à l’affirmer ? Aujourd’hui, on sait qu’en fait, cet extravagant personnage est né en Pologne en 1955. On sait donc aussi qu’il a passé le plus clair de son existence à raconter de gros bobards, y compris à son meilleur ami, Greg Sestero, l’un des acteurs principaux de The Room, avec lequel Wiseau est arrivé à Los Angeles au début des années 2000 avec la ferme intention de devenir une star comme James Dean et Marlon Brando.
Une histoire que James Franco a souhaité raconter dans un film adapté du livre de Sestero (et Tim Bissell), The Disaster Artist : My Life Inside The Room, The Greatest Bad Movie Ever Made

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Le nouveau Ed Wood

Est-il préférable de passer sa vie à réaliser des films corrects que l’histoire s’empresse d’oublier ou d’avoir mis en boite un film tellement mauvais qu’il est considéré par beaucoup comme une sorte de chef-d’œuvre à part, méchamment déviant ? C’est en substance l’une des questions que James Franco pose dans son nouveau film. Au centre de la dynamique, on retrouve donc Tommy Wiseau, que Franco se charge d’interpréter en s’ouvrant le bide pour déverser ses tripes sur la table, livrant la meilleure performance de toute sa carrière. Dès la première scène qui le voit se rouler par terre durant un cours de théâtre, le comédien annonce la couleur : pour incarner Wiseau, il ne renoncera à rien. Non seulement hyper ressemblant à son modèle, il réussit à saisir tous les aspects du personnage, y compris les plus complexes et les plus fins. La diction, la façon de se mouvoir, tout y est. Au final, le numéro de Franco est hallucinant. Hallucinant de justesse et d’intensité. Ayant parfaitement saisi le fait que Tommy Wiseau a finalement passé sa vie à construire un personnage hors-norme, peut-être malgré lui (certainement), devenant le héros d’une partition tragi-comique, James Franco est aussi parvenu à ne pas trop en faire. Ce qui, vu ce qu’il dut jouer, relève du miracle pur et simple et démontre au passage son extraordinaire acuité en tant qu’acteur. Car avec ce rôle en or, dont il s’est saisi avec une énergie et une pertinence folle, Franco a prouvé une bonne fois pour toute son talent. Plus vrai que nature, son Tommy Wiseau devient le héros d’une aventure dans les coulisses d’une catastrophe industrielle aux proportions encore jamais vues et Franco de se faire le pivot d’une histoire en forme de déclaration d’amour au cinéma, à la puissance évocatrice dévastatrice.
Sur bien des aspects, même si un tel qualificatif est bien trop réducteur, The Disaster Artist est le nouveau Ed Wood. La démarche est la même. Quand Tim Burton racontait la vie de celui que beaucoup considèrent comme le plus mauvais metteur en scène de tous les temps, appuyé par un Johnny Depp en pleine possession de son art, touchant et drôle à la fois, James Franco fait la même chose et en profite au passage pour pointer le cynisme de toute une industrie, sans se priver de rentrer dans les détails, de souligner les nombreuses nuances et, fin du fin, de se montrer parfois extrêmement drôle.

Navet, vous avez dit nanar ?

Chronique d’un naufrage incroyable, The Disaster Artist est mû par une sincérité qui fait franchement plaisir à voir. Œuvre d’une générosité exemplaire, dont le personnage parfaitement imprévisible et attachant constitue une attraction à lui tout seul, ce film jouit aussi d’un sens du détail complètement fou. Non seulement incroyable devant la caméra, Franco n’a pas non plus lésiné à la mise en scène. Avec ses faux-airs de docu-vérité, son long-métrage possède un grain qui suffit presque à lui conférer son caractère. Toujours près des acteurs, ne refusant jamais d’y aller franco (uh uh) avec les clins d’œil afin d’ancrer son récit dans une réalité qui soit la plus tangible possible pour le spectateur, profitant de l’alchimie de son groupe d’amis (de Seth Rogen à Judd Apatow, en passant par Alison Brie, ils sont nombreux à avoir répondu présent le temps d’une simple scène ou de manière plus continue) et du talent de Dave Franco, son frangin, lui aussi impeccable dans les fringues de Greg Sestero, le meilleur ami de Wiseau, James Franco parvient au final à livrer une œuvre qui sonne avec naturel, avec force et avec éloquence.
Loin des biopics classiques, The Disaster Artist est aussi original et racé que The Room, le film de Tommy Wiseau, et Wiseau lui-même, sont hors-catégorie. Pas de prime abord, car une bonne partie des codes inhérents au genre sont là, mais quand on gratte à la surface. On découvre alors la moelle substantielle du long-métrage : une sorte de pur exercice de style (il faut rester jusqu’à la fin pour voir la comparaison entre les scènes du vrai The Room et celles de la reconstitution. Hallucinant) en forme de tragédie moderne sur l’ambition, la différence et l’amitié. Une fable moderne habitée de personnages haut en couleur, magnifiquement campés par des acteurs géniaux. Un conte jubilatoire, furieux, à fleur de peau, porté par la croyance et la volonté d’un authentique outsider, magnifié au travers de tous ses excès, plus ou moins pathétique, mais intégralement compris et accepté dans toute sa complexité.

En Bref…
The Disaster Artist est peut-être bien le meilleur film jamais réalisé sur les coulisses du cinéma. Une partition douce-amère, méchamment jouissive, parfaitement mise en scène, écrite et interprétée par une escouade d’acteurs en état de grâce. Des acteurs emmenés par un James Franco monumental, dont l’un des nombreux mérites est de s’effacer derrière un personnage auquel il rend toute sa superbe foutraque.

@ Gilles Rolland

The-Disaster-ARtist-James-Franco     Crédits photos : Warner Bros. France

Par Gilles Rolland le 8 mars 2018

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