[Critique] THE HIGHWAYMEN

CRITIQUES | 27 avril 2019 | Aucun commentaire
The-Highwaymen-poster

Titre original : The Highwaymen

Rating: ★★★★☆

Origine : États-Unis

Réalisateur : John Lee Hancock

Distribution : Kevin Costner, Woody Harrelson, Kathy Bates, John Carroll Lynch, Kim Dickens, Thomas Mann, William Sadler, W. Earl Brown…

Genre : Policier/Drame

Date de sortie : 29 mars 2019 (Netflix)

Le Pitch :

Bonnie Parker et Clyde Barrow multiplient les braquages et sèment la mort sur leur sillage. Complètement dépassé, le gouvernement se décide à réhabiliter momentanément deux Texas Rangers connus pour leur pugnacité. La chasse à l’homme commence. Histoire vraie…

La Critique de The Highwaymen :

Si la folle cavale de Bonnie & Clyde a été chantée par Serge Gainsbourg en son temps, elle fit aussi l’objet de nombreux films. Le plus célèbre étant bien sur celui d’Arthur Penn, avec Warren Beatty et Faye Dunaway. John Lee Hancock lui, a choisi d’aborder son sujet sous un autre angle, à savoir celui des autorités et en particulier de deux Texas Rangers un peu rincés, que le gouvernement lance à la poursuite des deux braqueurs. Une histoire vraie qui a tapé dans l’œil des décideurs de Netflix vu que c’est le géant américain qui s’est chargé de produire et de distribuer le film…

Tueurs nés

Le script de The Highwaymen se charge rapidement d’annoncer la couleur : non Bonnie Parker et Clyde Barrow n’étaient pas des Robin des Bois des temps modernes glamour. C’étaient des meurtriers et des voleurs. Des fous-furieux ultra violents capables de tirer à bout portant sur des policiers pour arriver à leurs fins. Néanmoins, le film n’oublie pas de traiter de l’image que pouvaient renvoyer Clyde et Barrow, à savoir celle d’un couple hyper photogénique, amoureux et charismatique ayant réussi à fédérer plusieurs personnes qui n’hésitaient pas à se qualifier de fans, et tant pis si ce terme n’existait pas encore à l’époque car l’idée est la même. Les deux flics incarnés par Woody Harrelson et Kevin Costner doivent donc non seulement se battre contre Bonnie et Clyde mais aussi contre toutes celles et ceux qui voient en eux des sortes de rebelles ultimes aussi salvateurs que bienveillants malgré leurs méthodes parfois expéditives. La capacité de The Highwaymen de dévoiler son jeu sans se presser mais sans prendre de détours non plus lui assure ainsi toute notre attention dès les premières minutes.

The-Highwaymen-cast

Un monde parfait

Sur bien des aspects, et aussi par rapport à la présence de Kevin Costner devant la caméra, The Highwaymen rappelle un peu le Un Monde Parfait, de Clint Eastwood. Si ce n’est que dans le cas présent, contrairement au personnage de Costner dans le Eastwood, les cibles ne sont donc pas du tout attachantes. Et c’est d’ailleurs pour cela qu’on ne voit quasiment jamais leurs visages. Bonnie et Clyde étant réduits à la rumeur qui les précède et au brouhaha de la foule qui les accompagne, aux coups de feu et plus globalement à la plus barbare expression de la violence dont ils sont capables et coutumiers. Ici, ce sont les policiers les personnages principaux. Deux types un peu tricards mais toujours aussi alertes quand il s’agit de mettre en œuvre des stratégies bien précises pour arriver à leurs fins. Deux hommes parfaitement incarnés par Kevin Costner et Woody Harrelson, au centre d’un long-métrage narrativement plus ambitieux que la majorité des œuvres du genre.

La ballade sauvage

Sous ses airs de course-poursuite dans le sud-ouest des États-Unis, sur des routes poussiéreuses et des villes faussement calmes, The Highwaymen emprunte son imagerie autant aux grands films du cinéma hollywoodien des années 30/50 qu’à des artistes comme Edward Hopper. Visuellement souvent sublime, traversé de plans iconiques et d’évocations lyriques, The Highwaymen sait mettre en avant ses intentions graphiques. Aux manettes, John Lee Hancock se paye le luxe de se la jouer contemplative avant de passer la seconde pour embrasser les thématiques de son récit, assumant tous ses aspects, y compris ceux qui peuvent être discutables d’un point de vue éthique. C’est d’ailleurs ce dernier point qui semble avoir dérangé une partie du public et de la critique. The Highwaymen relate une chasse à l’homme dont la seule issue envisageable est la mort des fugitifs. Alors certes, on peut effectivement aborder la chose de manière à conclure que le métrage ne prend aucun recul et approuve. Mais on peut aussi apprécier le fait que John Lee Hancock et son scénariste John Fusco se soient peut-être plus attachés à raconter une histoire bien précise sans chercher à jouer les donneurs de leçons. Car ce qui marche d’un côté marche aussi de l’autre et le film peut alors se transformer en chronique sur l’Amérique d’aujourd’hui, avec son rapport aux armes et son recours quasi-inné à la violence. Une chronique certes parfois maladroitement écrite mais quand même…

Un scénario un peu bancal, qui, et cela n’a rien à voir avec l’idéologie mise en avant ou non, prend parfois un peu trop son temps également, n’évitant pas certains écueils et provoquant un petit peu l’ennui en cours de route. Difficile de ne pas se dire qu’avec une petit demi-heure en plus, étant donné ce qu’il en entend nous raconter et comment il veut le faire, The Highwaymen se serait montré plus percutant, plus nerveux et donc plus efficace. Reste néanmoins qu’il est sans problème l’une des productions Netflix les plus ambitieuses, les plus formellement réussies et les plus passionnantes.

En Bref…

Pas exempt de défauts, notamment quand il s’agit de véritablement se positionner par rapport aux implications morales de son récit, ou quand le récit en question s’enlise justement un peu trop, The Highwaymen n’en reste pas moins un très bon film. Une traque portée par deux excellents acteurs, dont l’un des mérites est de faire preuve d’originalité dans son postulat. Une chronique sèche visuellement superbe, à laquelle il ne manque pas grand-chose pour vraiment faire mouche.

@ Gilles Rolland

The-Highwaymen-Costner-Harrelson
Crédits photos : Netflix
Par Gilles Rolland le 27 avril 2019

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