[Critique] THE PLACE BEYOND THE PINES

CRITIQUES | 21 mars 2013 | 1 commentaire

Titre original : The Place Beyond the Pines

Rating: ★★★★☆
Origine : États-Unis
Réalisateur : Derek Cianfrance
Distribution : Ryan Gosling, Eva Mendes, Bradley Cooper, Rose Byrne, Ray Liotta, Dane DeHaan, Ben Mendelsohn, Mahershalalhashbaz Ali, Emory Cohen, Craig Van Hook, Olga Merediz, Gabe Fazio, Bruce Greenwood, Harris Yulin…
Genre : Drame/Thriller
Date de sortie : 20 mars 2013

Le Pitch :
Cascadeur à moto faisant partie intégrante d’une fête foraine itinérante, Luke retrouve un soir, après son spectacle, Romina, avec laquelle il avait eu une aventure. Rapidement, Luke apprend qu’il est père d’un petit garçon et décide de tout laisser tomber pour subvenir aux besoins d’une famille qui ne veut pas nécessairement de lui. Sans le sou, il décide ainsi de braquer des banques.
Avery, un jeune policier aux ambitions politiques, se retrouve très vite sur la trajectoire de Luke, quand ce dernier commet le forfait de trop. De leur rencontre va découler une suite d’évènements…

La Critique :
Difficile de parler du troisième film de Derek Cianfrance, le réalisateur du remarqué Blue Valentine (déjà avec Ryan Gosling), sans en déflorer l’intrigue. Mieux vaut ne pas trop savoir à quoi s’attendre quand on s’installe devant The Place Beyond the Pines. Le plaisir n’en sera que plus grand, ainsi que la surprise. Et surprenant, le long-métrage l’est assurément !

Proche dans son cinéma, de metteurs en scène comme James Gray (La Nuit nous appartient, Little Odessa…) ou John Hillcoat (Des Hommes sans loi), Derek Cianfrance explore depuis ses débuts, les mécanismes qui animent les hommes et les femmes. Après le couple, qui était au centre de Blue Valentine, c’est la famille qui est passée au crible de The Place Beyond the Pines. Une famille que Cianfrance voit comme un terreau propice pour toutes sortes de luttes intestines. Et plus précisément quand le film s’intéresse à la notion d’héritage, qui finit par habiter une grosse partie de sa dynamique. Comment la vie peut-elle se voir bouleversée par la naissance d’un enfant ? Comment s’assurer de la valeur de l’héritage à transmettre à son fils ? Des questions qui passionnent le cinéaste. Un cinéaste qui a d’ailleurs eu l’idée du métrage lorsqu’il est devenu lui-même père.
De quoi ainsi donner corps à une histoire co-écrite avec Ben Coccio et Darius Marder, dont les tenants et les aboutissants sont tous d’une façon ou d’une autre rattachés à la relation père-fils.

D’un côté nous avons Luke, un cascadeur tête brulée, incarné par un Ryan Gosling maitrisant à la perfection sa version du James Dean cramé, bouleversé par l’arrivée dans son existence à la ramasse d’un gamin dont il ignorait l’existence, et de l’autre, Avery, un policier distant avec sa famille, lui aussi père d’un jeune garçon, qui n’arrive plus à assumer ses responsabilités. Et si finalement la chose est plus évidente dans la partie consacrée à Gosling, le film nous démontre plus tard à quel point est primordiale la relation (ou plutôt la non-relation) qu’entretiennent ce jeune flic et son gamin.

Construit en trois parties s’imbriquant les unes dans les autres, pour au final former un tout cohérent, The Place Behind the Pines brille par son ambition. Par l’ambition de son propos et par celle de sa mise en place, relativement fluide et admirablement dénuée de tout manichéisme encombrant. Dommage alors que Derek Cianfrance peine à traduire toute l’émotion inhérente à cette histoire complexe, qui commence sous les chapeaux de roue, pour finir de manière beaucoup plus conventionnelle et attendue. La première partie, consacrée au couple Ryan Gosling/Eva Mendes est formidable de bout en bout. La seconde, qui tourne autour de Bradley Cooper, lorgne du côté de Serpico et rappelle aussi, peut-être car elle introduit Ray Liotta et une sous-intrigue mafieuse, des films comme Les Affranchis, rappelant au passage à quel point les références de Cianfrance sont bonnes. Le dernier acte se traine par contre un poil, jouant la montre sans arriver à donner pleinement écho à la tension amorcée précédemment. Pas bien grave, mais néanmoins, on est en droit de se dire, qu’avec une bonne vingtaine de minutes en moins, le film aurait gagné en puissance. Une puissance qu’il possède. Grâce au réalisateur et à son scénario donc, mais aussi bien entendu au casting, composé d’acteurs en état de grâce. Des comédiens vrais, loin des poses prétentieuses, que l’on parle de Gosling, de la magnifique et touchante Eva Mendes, de Cooper, mais aussi des seconds rôles, comme le surdoué Dane DeHaan (remarqué dans Chronicle), Ray Liotta, toujours impeccable, ou encore le discret mais génial Ben Mendelsohn. Tous jouent de concert dans un film fleuve, en forme de saga familiale aux forts accents de tragédie shakespearienne.

Confirmant, après Blue Valentine, le talent d’un cinéaste qui n’a peur de rien, The Place Beyond the Pines, puisse aussi sa force dans ses défauts. Ils font de cette œuvre parfois très asphyxiante un tableau original et immersif. Le lieu aussi contribue à cette impression. Au-delà de ces pins, la petite bourgade de Schenectady sert de toile de fond active à un drame qui en dit long sur la famille et sur notre époque. Sur la crise et ses répercutions aussi, sur ce désir de bien négocier les virages périlleux de la vie, et sur cette volonté de laisser derrière soi quelque chose de valeur, sans s’approcher trop près du soleil. Consacré aux marginaux, aux pères et à ceux qui se cherchent, The Place Beyond the Pines n’est pas une œuvre confortable. Elle remue, questionne et dérange.

@ Gilles Rolland

the-place-beyond-the-pines-photoCrédits photos : StudioCanal

Par Gilles Rolland le 21 mars 2013

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Jerome
Jerome
8 années il y a

Vu hier soir ! Ouais la première partie est bien et pas que pour Ryan.
Par contre la suite …
[SPOILER ALERT] à partir du 15 ans plus tard, tout est prévisible et on a en tête tout du long ce qu’il va se passer. A aucun moment cela ne décole vraiment, quand à la fin … [/SPOILER ALERT]

Bref ce n’est pas un mauvais film mais il ne faut pas avoir vu tous ceux dont il s’inspire car le patchwork de scènes et l’effet “déjà-vu” a, pour ma part, été présent quasiment tout le film.