[Critique] THE RAID

CRITIQUES | 20 juin 2012 | 1 commentaire

Titre original : The Raid: Redemption / Serbuan Maut (titre indonésien)

Rating: ★★★★☆ (moyenne)
Origine : Indonésie
Réalisateur : Gareth Evans
Distribution : Iko Uwais, Donny Alamsyah, Ray Sahetapy, Yayan Ruhian, Pierre Gruno, Joe Taslim…
Genre : Action/Arts Martiaux
Date de sortie : 20 juin 2012

Le Pitch :
Tama Riyadi, un baron de la drogue impitoyable, s’est fait une planque au sommet d‘un gratte-ciel de Jakarta, s’appropriant les lieux, à grand renfort de réseaux de sécurité high-tech et a enrôlé tous les habitants de l’immeuble dans son armée personnelle. Un groupe d’élite du SWAT lourdement armé, avec dans ses rangs le jeune Rama, organise une intervention pour appréhender leur suspect. Mais une succession de complications tragiques les laissent pris au piège à l’intérieur du bâtiment, sans aucun renfort. L’alerte est donnée, tandis que le boss envoie tous les trafiquants et dangereux gangsters qui infestent les étages de l’immeuble à l’attaque. Si elle espère pouvoir s’échapper, l’unité de police devra lutter jusqu’à la mort contre des vagues interminables de criminels…

La Critique (Daniel) Rating: ★★★★½:
Le réalisateur Gallois Gareth Evans avait mis l’Indonésie sur la carte des cinématographies martiales avec Merantau, qui avait à la fois révélé un acteur aux capacités physiques étonnantes (Iko Uwais), et une discipline plutôt inconnue au cinéma, le pencak silat, l’art-martial traditionnel indonésien. Si le long-métrage n’avait pas inventé l’eau chaude niveau scénario, il n’avait pas manqué d’impressionner les fans de films d’action avec sa mise en scène punchy et ses affrontements ultra-spectaculaires, dans la lignée des cascades impossibles de Tony Jaa et de ses compatriotes thaïlandais.

Maintenant, le duo Evans/Uwais revient en force avec The Raid, un film d’action pour l’âge du mondialisme, combinant une histoire et un décor archi-modernes avec des scènes de combats structurées autour du pencak silat. Le résultat est un béhémoth d’adrénaline qui rappelle la précision de Die Hard, la force de À toute épreuve, la brutalité de Troupe d’élite, et la claustrophobie d’Assaut.

Le scénario est ultra-simpliste. On pourrait même dire qu’il est cousu de fil blanc. À vrai dire, ce n’est qu’un prétexte rêvé pour un déluge d’action non-stop où gunfights furieux, combats à l’arme blanche et grosses baffes dans la tronche s’entremêlent à gogo.

Parlons de l’intrigue : laquelle ? Il y en aurait une, si The Raid avait le temps de faire une pause. Dire que le film contient moins de dix minutes de dialogue serait généreux. Le film est plus une autoroute puissance dix avec quelques panneaux d’intrigue éparpillés ici ou là, comme « Frère », ou « Trahison » ou « Femme enceinte ».

C’est le genre d’éléments qui sert d’habitude comme toile de fond efficace, donnant de la profondeur au personnage, une raison pour rendre le héros attachant, ou une intrigue secondaire dramatique pour pimenter un peu le tout. Mais l’œuvre d’Evans évite de rentrer dans les détails et préfère emprunter la voie unique, à fond la caisse.

Le cinéaste sait assurer le spectacle. The Raid est certainement l’un des films d’arts-martiaux les plus excitants et les plus violents vus à l’écran depuis très longtemps. Un coup de poing dévastateur avec une énergie dynamique et intense qui rappelle le best-of de Sam Peckinpah et des trois John (Carpenter, MacTiernan et Woo).

Evans a clairement un amour immodéré du kung-fu et des jeux vidéo. La mise en scène du film convoque une évolution « par niveau » très arcade dans l’esprit : une unité d’intervention dont la mission est de monter un à un les étages, des vagues interminables d’assaillants bastonnés les uns après les autres par un seul homme, les personnages divisés en deux équipes (SWAT et gangsters)… Dire qu’un film ressemble à un jeu vidéo est le genre d’argument un peu faiblard, mais le concept s’applique assez bien ici.

Que The Raid soit une représentation fidèle de l’art-martial du pencak silat (et donc l’arme principale du film) ou pas, son utilisation dans les combats est plus dans un contexte de bagarres de vie-ou-de-mort que dans un match honorable avec des mouvements spécialisés. On associe souvent le genre d’arts-martiaux avec les comédies musicales, et si l’humour n’intéresse pas Evans, c’est indéniable que les bastons – nombreuses, violentes, incroyablement chorégraphiées et implacablement brutales – deviennent presque lyriques, comme une longue poésie ou une danse mortelle.

Ce qui ne veut pas dire que le film est dénué de ses principes d’arts-martiaux traditionnels. Est-ce une surprise qu’un gentil important et un méchant qui l’est tout autant semblent se connaître ? Que plusieurs personnages cachent un secret ? Ou que le plus dangereux des sbires aime bien déposer ses flingues pour défier ses adversaires à un duel singulier parce que ça, c’est son truc à lui ? Faut pas vraiment s’attendre à autre chose. Ce genre de cinéma a toujours fonctionné ainsi.

L’avantage qu’a The Raid par rapport à d’autres films d’action boostés à la nitro, c’est qu’il possède un sens très cohérent de la géographie. Même lorsque des douzaines de lascars se foutent tous sur la gueule dans le même espace basique, on peut toujours bien distinguer qui fait quoi, où et quand. L’action et les combats sont extraordinairement filmés, bien rythmés et lisibles. Oui, même lorsqu’Evans sort la shaky-cam pour tout filmer à la main. La différence est qu’il ne l’utilise pas comme une béquille, et n’oublie pas de privilégier les plans-séquences, souvent pris à partir d’un seul angle. Voir Iko Uwais démolir tout un couloir de malfrats dans une longue baston à mains nues reste une image assez remarquable.

C’est inévitable que The Raid devienne culte parmi les fans d’arts-martiaux, qui l’acclameront sans hésiter comme le meilleur film d’action depuis des lustres (du moins avant le remake obligatoire). C’est peut-être vrai, mais il faut garder en tête que The Raid est un film impossible, une de ces expériences déjantées qui ne devrait pas réussir. Ce n’est pas une question de violence, qui est pourtant quasi-omniprésente, mais l’œuvre d’Evans est presque cynique dans son approche. Il semble savoir qu’il y a des spectateurs qui s’en foutent, s’il n’y a pas de scénario, pas de personnage, pas de dialogue. La violence et l’action, pour certains, suffiront amplement. Pourquoi The Raid : Redemption, d’ailleurs ? Est-ce que l’on se rachète en tabassant tout le monde ?

Et pourtant, malgré tout, The Raid fonctionne à merveille. Avec seulement trois films dans la poche, Gareth Evans vient de commencer sa carrière, et c’est surprenant qu’il signe un long-métrage aussi confiant dans son exécution. Il n’y a peut-être pas de grandes idées ou de thèmes importants en jeu pour le distinguer de ses semblables, mais c’est un film qui reste une excellente version de ce qu’il a l’ambition d’être. Rares sont les long-métrages qui s’accordent autant d’indulgence dans le carnage qu’ils envoient à l’écran (le dernier étant John Rambo). The Raid est un exercice triomphal de style cinématographique, fusionnant l’hystérie cartoonesque du cinéma asiatique avec une froide sensibilité occidentale. Avec une mise en scène impeccable et des combats qui brillent par leur audace et leur sauvagerie, le film ne laisse pas beaucoup de temps pour respirer et pourtant c’est jamais chiant. Intense, jubilatoire, indulgent, extrêmement violent et complètement cinglé, c’est du grand spectacle.

@ Daniel Rawnsley

La Critique (Gilles) Rating: ★★★½☆ :
L’affiche nous promettais 90 minutes d’action pure !
Il est rassurant de voir qu’en 2012, certains films ont encore le soucis de respecter les engagements de leur campagne promotionnelle. Conclusion : The Raid envoie bien du lourd pendant 90 minutes. Les 10 minutes restantes étant consacrées aux rares scènes d’expositions et autres pauses entre deux bastons acharnées. À la manière d’un jeu-vidéo, le long-métrage de Gareth Evans, gallois expatrié en Indonésie, présente le combat du bien contre le mal sur un mode très simpliste, niveau par niveau (un niveau = un étage du bâtiment). Il y a les gentils flics et les méchants trafiquants. Les premiers veulent choper les seconds qui se terrent dans un immeuble qui fait office de forteresse imprenable. Un peu à la manière d’Assaut de Carpenter auquel The Raid fait probablement référence. Une référence parmi d’autres, qui appuie le caractère immersif d’une œuvre tout à fait raccord avec ses objectifs premiers. Evans met en avant le silat, un art-martial assez confidentiel mais pour le moins cinégénique. Gareth Evans est l’homme de la situation. Ses combats sont toujours lisibles, quelque soit le nombre de mecs en train de se balancer des pains sur la tronche. Evans n’opte pas pour un découpage ultra nerveux mais la précision de ses plans et le judicieux positionnement de son objectif garantissent un rendu pour le moins époustouflant. The Raid est traversé de vrais moments de bravoures martiales, à l’image du combat final, hallucinant de brutalité, bien qu’un peu trop long.

En fait, c’est la où le bas blesse principalement quand à l’aspect purement spectaculaire de The Raid.

Si les amateurs purs et durs de film d’arts-martiaux auront bien du mal à tenir en place, le film risque de lasser sur la longueur les néophytes. On est en droit de préférer un bon vieux trip à l’ancienne où -par exemple- Sly fonce dans le tas sans technique particulière, à la débauche que The Raid propose, c’est certain. Pour autant, c’est quand même difficile de ne pas prendre son pied la majorité du temps. Gareth Evans met superbement à profit les capacités physiques de ses acteurs. Tout spécialement celles du charismatique Iko Uwais, vraie révélation du long-métrage. Les autres, ne sont finalement que de la chair à tatane. Les balles fussent dans des chorégraphies chiadées, le sang coule à foison, c’est sauvage, brutal, impitoyable, tragique et jubilatoire. Dans le genre, il y a belle lurette que le cinéma ne nous avait pas offert une si belle claque.

Dommage que dans cette orgie, les personnages aient du mal à exister. Mis à part ceux qui ne sont là que pour mourir au bout de 10 secondes au terme d’affrontements aussi brefs que virtuoses, les protagonistes principaux ont du mal à déclencher une quelconque empathie. Le méchant est méchant oui, mais aussi un peu neurasthénique. Le gentil est par contre assez bien croqué. C’est le seul. Son personnage ne fait que reprendre les caractéristiques basiques du chevalier blanc parti en croisade contre le mal, alors que sa bien aimée l’attend à la maison, un polichinelle dans le tiroir, mais il le fait bien. On vibre pour ce gars qui, au milieu d’un bordel pas possible, défait les pronostics un par un et repousse les assauts répétés des bad guys armés jusqu’aux dents. Evans, conscient tout de même qu’une histoire aide bien, brosse rapidement un semblant de scénario. C’est maladroit alors que pourtant bas de plafond et les rares tentatives d’épaissir un peu la sauce tombent à plat. Mais ce genre de travers est fréquent dans la discipline et ici, l’emballage pardonne presque tout.

On en prend plein les mirettes, les montées d’adrénaline sont fréquentes, c’est superbement filmé, anxiogène et sauvage comme il se doit. De quoi placer en Gareth Evans les plus grandes espérances. Et puis punaise de punaise, ça fait quand même plaisir de voir un film dépourvu d’effets en carton à la Matrix et en scène cablées. Dans The Raid, tout sonne vrai, c’est important.

@ Gilles Rolland

Crédits photos : Pt. Merantau Films

Par Daniel Rawnsley le 20 juin 2012

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