[Critique] THE SESSIONS

CRITIQUES | 11 mars 2013 | Aucun commentaire

Titre original : The Sessions

Rating: ★★★☆☆
Origine : États-Unis
Réalisateur : Ben Lewin
Distribution : John Hawkes, Helen Hunt, William H. Macy, Moon Bloodgood, Annika Marks, W. Earl Brown, Blake Lindsley, Adam Arkin, Robin Weigert, Rusty Schwimmer, Rhea Perlman…
Genre : Drame/Comédie/Adaptation/Histoire Vraie
Date de sortie : 6 mars 2013

Le Pitch :
Poète et journaliste californien, Mark O’Brien a passé presque toute sa vie condamné à un poumon d’acier, tétraplégique après des complications inhérentes à une polio pendant son enfance. Puis, à l’âge de 38 ans, alors qu’il sent que ses jours sont comptés, il fait appel aux services d’une sexologue appelé Cheryl Cohen-Greene, dans l’espérance d’enfin faire le grand saut avec une femme avant de mourir. Cheryl insiste sur la légitimité de sa profession et pose les règles : six séances, pas plus. Ils travaillent ensemble non pas pour tomber amoureux, mais pour ayyeindre un objectif. Mais il y a des moments où docteur et patient pourraient se heurter à des difficultés. Difficultés qu’ils devront surmonter. Les assistantes de Mark sympathisent. Son prêtre l’écoute, le conseille, en dépit des pêchés que lui confie son ami. Mark, lui, se prépare à écrire un article quand tout sera terminé…

La Critique :
Relisez le synopsis de The Sessions. On dirait presque qu’il s’agit d’une parodie d’un de ces films indépendants qu’on applaudit à un festival, ou un de ces films qui font la pêche aux Oscars. On imagine le planning de Mr and Mme Spectateur: « Et si on allait voir le film sur le mec avec le poumon d’acier qui veut perdre sa virginité? ».

Inspiré de l’histoire vraie du poète Mark O’Brien, The Sessions est l’une de ces affaires agréables classiques : on regarde le film, on passe un très bon moment, et on l’oublie dès le lendemain. C’est un feel-good movie tellement honnête et rempli d’une bonté tellement inspirante, qu’on passerait pour un connard si on avouait qu’il laisse indifférent. Acteur inestimable, John Hawkes recompose son air de menace habituel qu’il porte pour jouer les méchants (un terroriste dans 24 Heures Chrono, un toxicomane dans Winter’s Bone, un chef d’une secte dans Martha Marcy May Marlene, etc.) pour ici se glisser dans la peau d’un saint alité, abritant un désir impuissant pour ses belles assistantes, avant de finalement embaucher une sexologue, interprétée par Helen Hunt. En effet, c’est un homme qui a presque 40 ans, toujours puceau. Un titre qui aurait été poignant, d’ailleurs, si Judd Apatow et Steve Carrell ne l’avait pas piqué quelques années auparavant.

Hunt donne une prestation que la critique appellerait « courageuse » ou « d’une grande humanité », parce qu’elle passe presque tout le film à poil. Et il y a certainement quelquechose d’admirable en ce qui concerne la représentation crue de la sexualité humaine dans The Sessions. Hunt se déshabille et se promène nue sans problème, sérieuse et pragmatique, alors qu’elle aide notre héros à accomplir des rapports sexuels. Mais ce n’est pas sa nudité frontale qui est déconcertante, mais son accent. La thérapeute se dit originaire de Boston, mais on dirait plutôt Julianne Moore dans 30 Rock.

Le film est simple, limité largement à la dualité des décors d’une chambre à coucher et d’une église. L’un capture les séances entre O’Brien et sa sexologue, l’autre se concentre sur les conversations candides et souvent très drôles entre O’Brien et son prêtre. William H. Macy est une force insouciante à l’écran : les cheveux longs, la mine décontractée, la foi catholique, il offre les meilleurs moments du film. Si les échanges détendus entre lui et Hawkes ne sont pas crédibles une seconde, ils trouvent une hilarité maladroite en montrant un homme handicapé discutant sans aucune retenue de sa « pénétration complète » avec un homme de Dieu, qui décide que Jésus laissera passer le message. Ses réactions sont tellement tordantes qu’elles mériteraient tout un film, et sont des divertissements suffisants quand on les prend avec l’atmosphère apathique du film et les enjeux nonchalants qui l’accompagnent. On parie que des sentiments romantiques commencent à perturber toutes ces séances de thérapie sexuelle ? Je crois que vous savez déjà comment tout ça va finir.

The Sessions raconte son histoire incroyable, d’une façon malheureusement terne. Le film tire assez souvent sur les bonnes cordes, et se montre entièrement audacieux dans ce qu’il veut montrer, mais plutôt timide dans ce qu’il veut exprimer. Avec la présence magistrale de John Hawkes à son centre, le reste du long-métrage est criblé d’un manque d’élan et curieusement, d’une réticence à montrer la nudité masculine aussi ouvertement que la nudité féminine. Certains moments brillent par leur douceur et leur tendresse, réprimandant et corrigeant cette quantité incalculable de scènes de sexe qui paraissent faciles et stupides dans d’autres films. Ils nous rappellent qu’il faut de la gentillesse et de l’amabilité. Certes, mais où est l’émotion ? L’histoire d’O’Brien a trouvé le rapport, a montré le sexe, mais elle serait peut-être plus remarquable si il y avait une empreinte émotionnelle au cœur de tout cela. Tel qu’il est, le film repose largement sur les épaules de John Hawkes.

Le réalisateur-scénariste Ben Lewin est un vétéran de la télé qui a fait ses premières armes avec Les Anges du Bonheur, ce qui devient une évidence criante après les cinq premières minutes du film. Esthétiquement atroce, The Sessions ressemble à un téléfilm ; laborieux et beige. Mais bon, c’est une bagatelle. Ses intentions sont tellement admirables. Hawkes et son personnage en particulier sont tellement attachants et imprégnés de bonté, que l’on voudrait juste qu’il fasse le grand saut. Sinon, on passe pour un connard.

@ Daniel Rawnsley

The-Sessions-photoCrédits photos : 20th Century Fox

Par Daniel Rawnsley le 11 mars 2013

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