[Critique] TO ROME WITH LOVE

CRITIQUES | 7 juillet 2012 | Aucun commentaire

Titre original : To Rome with Love

Rating: ★★★½☆
Origine : États-Unis/Espagne/Italie
Réalisateur : Woody Allen
Distribution : Alec Baldwin, Jesse Eisenberg, Penélope Cruz, Woody Allen, Roberto Benigni, Judy David, Ellen Page, Greta Gerwig, Antonio Albanese, Fabio Armiliata, Alessandra Mastronardi, Ornella Muti, Flavio Parenti, Alison Pill, Carol Alt, Alessandro Tiberi…
Genre : Comédie/Romance
Date de sortie : 4 juillet 2012

Le Pitch :
Jerry et Judy débarquent à Rome pour rencontrer le fiancé de leur fille, tandis que Jack s’apprête à faire la connaissance de la meilleure amie de sa copine. De leur côté, Antonio et Milly, en voyage de noce à Rome, vont connaître bien des péripéties en se perdant accidentellement de vue le temps d’une folle journée. Ah oui, il y a aussi, Leopoldo, cet homme ordinaire, confronté inexplicablement à une célébrité soudaine. Décidément, la vie n’est pas de tout repos en Italie…

La Critique :
Comme l’affirme l’adage : les voyages forment la jeunesse ! Pour Woody Allen néanmoins, c’est tout le contraire. Lui qui, après presque quarante ans, se décida à quitter ses quartiers New-Yorkais pour visiter la vieille Europe, à l’occasion de films comme Match Point ou Vicky Cristina Barcelona.
Londres dans un premier temps, puis Barcelone, Paris et enfin Rome.
C’est donc peut-être avant de retrouver le plus névrosé des cinéastes à Athènes, Berlin ou pourquoi pas Lisbonne, que nous le suivons dans les rues chatoyantes de Rome, la ville éternelle.

On lit trop souvent que Woody Allen ne livre, avec ses derniers films, que de jolies cartes postales plus ou moins creuses. Pour certains, il a perdu sa verve et se contente de poser sa caméra là où on veut bien de lui. Pendant quarante piges, Allen a exploré New-York, tout en lui déclarant sa flamme, via une séries de films, dont certains sont de grands chef-d’œuvres. Aujourd’hui, il sort, s’amuse, filme il est vrai les monuments touristiques, mais ne change pas non plus de manière fondamentale.

Avec To Rome With Love, le réalisateur se fait plaisir. Et son plaisir est communicatif. Il profite de cette étape romaine pour offrir une œuvre caractérisée par des situations hautement absurdes et pour la plupart très drôles. Alors oui, Allen a souvent été absurde. Dans ses livres et dans ses films. Pour autant, ici, il l’est vraiment. Comme si la ville italienne avait titillé cette fibre si particulière qui habite certaines de ses œuvres emblématiques. On pense alors à Scoop, à Harry dans tous ses états ou à La Rose pourpre du Caire. Sans crier gare, To Rome With Love, tourne le dos à la rationalité et verse dans une prose délirante, tout à fait délicieuse.

Pouvant très bien être entrevu comme une série de sketches, To Rome With Love est une sorte de film choral qui voit plusieurs histoires se dérouler dans le même espace temps (c’est du moins ce qui est suggéré). Des histoires qui explorent des thèmes chers au réalisateur comme l’adultère, l’amour, le mariage, la célébrité et ses effets, la mort, la psychanalyse (très peu mais quand même), l’Espagne (car pour réussir à caser Penélope Cruz et les Gipsy King dans un film sur l’Italie, il faut vraiment qu’il l’aime l’Espagne) et l’accomplissement de soi. Le résultat prend des airs de fourre-tout, certes bordélique et moins fluide qu’à l’accoutumé, mais séduisant. Woody Allen, de retour devant la caméra dans un rôle qu’on lui connait bien, se décline via trois autres personnages. Trois protagonistes qui illustrent, via les thématiques fétiches citées précédemment, la psyché d’Allen. Il y à Jesse Eisenberg, le Woody Allen amoureux, Roberto Begnigni, le Woody allergique (mais dépendant) à la célébrité, et Alessandro Tiberi, le Woody Allen coincé. Quatre Woody Allen au centre de quatre vignettes plutôt bien senties. On sera en droit de préférer l’une à l’autre suivant sa sensibilité et de remarquer une petite tendance au pilotage automatique dans l’écriture de certains passages, mais globalement, Allen touche au but. Sans trop se fatiguer ni se torturer on le sent, mais ça fonctionne quand même. Car Woody Allen est un génie. Même lorsqu’il ne force pas, il est meilleur que la majorité des dialoguistes actuels. C’est flagrant ici malgré le manque de relief de certains échanges.

To Rome With Love n’est pas aussi bon que Minuit à Paris. Moins exigeant et moins rythmé, il détient quand même l’essence de la plume de son auteur. Un auteur qui se la joue léger et détendu. Il filme Rome comme il a pu filmer Paris ou Barcelone. Avec amour et respect. Oui son film est une carte postale. Mais une carte postale à volet qui, lorsqu’on l’ouvre, cache son lot de surprises. On parle gastronomie, littérature, cinéma, opéra et vieilles pierres. L’ambiance est détendue. Les acteurs ont l’air d’apprécier le moment. Les italiens comme les autres. Jesse Eisenberg comme Roberto Benigni. Tous se mettent au service d’un réalisateur qui, une fois encore, livre un charmant long-métrage. Un concentré de poésie, de sensualité, de culture et d’humour. Penélope Cruz est sublime, Alec Baldwin retrouve le charisme de ses 30 ans, Benigni n’en fait pas des tonnes, Ellen Page pétille et tout ce joli monde rayonne.

To Rome With Love n’est pas un grand Woody Allen. C’est un bon film, parfait pour se détendre alors que les blockbusters règnent en maitre sur les programmations des multiplexes. To Rome With Love est un plaisir d’épicurien. Tout simplement. Tout en classe ubuesque.

@ Gilles Rolland

 

Crédits photos : Perdido Productions

Par Gilles Rolland le 7 juillet 2012

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