[Critique] TRUST

CRITIQUES | 23 janvier 2012 | 2 commentaires

Titre original : Trust

Rating: ★★★★☆
Origine : États-Unis
Réalisateur : David Schwimmer
Distribution : Clive Owen, Liana Liberato, Catherine Keener, Jason Clarke, Viola Davis, Chris Henry Coffey, Spencer Curnutt, Aislinn DeButch, Noah Emmerich, Olivia Wickline, Zoe Levin…
Genre : Drame
Date de sortie : 18 janvier 2012

Le Pitch :
Annie, 14 ans, est une férue d’internet comme tous les autres enfants de son âge. Depuis quelques temps, elle discute avec Charlie, un autre ado, vivant en Californie. Peu à peu, Charlie se dévoile et avoue à Annie qu’il est en fait adulte. Néanmoins attachée à cette relation, Annie décide de passer outre ses craintes et accepte l’invitation de Charlie, qui souhaite la rencontrer. Les parents d’Annie, de leur côté, ne se doutent de rien…

 

 

La Critique :
David Schwimmer continue de mener sa barque, derrière la caméra, et change radicalement de ton en s’attaquant de front à un sujet ultra délicat : la pédophilie sur internet.
Sur le papier, le manque d’expérience et le caractère comique de Schwimmer (acquis via Friends bien sûr, mais aussi grâce à son dernier film Cours toujours Dennis) pouvaient laisser perplexe. Dans les faits, Schwimmer suscite l’admiration. Le jeune réalisateur surprend en effet par son approche ô combien sensible et par son refus d’un sensationnalisme facile. Là où certains auraient cédé aux sirènes du vigilante en centrant l’intrigue sur la vengeance du père (par exemple), Schwimmer s’intéresse d’avantage aux dégâts causés par le bourreau. L’enquête qui suit l’agression de la jeune fille est pourtant bien présente, mais elle n’empiète jamais sur l’analyse que le réalisateur entreprend. Il décortique avec pudeur l’explosion d’un cocon familial classique, marqué en début de film par sa solidité et par son osmose. Les membres du groupe adoptent tous un comportement différent. Comportements qui s’entrechoquent les uns les autres dans un chaos grandissant.

Réfléchi et prudent, David Schwimmer embrasse avec beaucoup de conviction son sujet. Trust est ainsi choquant, frontal dans sa capacité à susciter le malaise et immersif. La mise en scène pénètre les ressentis et analyse les réactions. Sans sombrer dans la leçon de morale, le film prend des allures modestes pour toucher au vif. La tension est croissante et palpable. On peut lire dans les yeux perdus de la jeune Liana Liberato (aperçue dans Sons of Anarchy) une incompréhension totale. Son personnage complexe explore des thématiques lourdes. En face, les parents, complètement démunis, peinent à trouver la bonne attitude, entre soif de vengeance pour le père (admirable Clive Owen) et désir de reconstruction pour la mère (Catherine Keener, toujours impeccable). Le fossé se creuse entre la victime et sa famille, qui ne comprend pas la situation en se focalisant sur les faits.
Trust orchestre une descente aux enfers tragiquement courante, à une époque où le mal peut élire domicile dans la maison d’à côté. Schwimmer dresse un portrait crû et pertinent d’une société déphasée. En décalage complet avec les moyens techniques mis à sa disposition pour soit-disant rapprocher les gens. Ici, c’est l’éloignement qui s’installe.
Froid et profondément marquant, Trust joue sur plusieurs tableaux avec beaucoup de sobriété. Une sobriété qui lui donne parfois des airs de téléfilm d’ailleurs. Mais peu importe, car le tout est cohérent. Jamais facile, le long-métrage remplit sa mission. Il ravive les braises d’un débat plus que jamais brulant en proposant une illustration subtile. A la fois dans son développement et dans sa conclusion à double battant, qui laisse percer un mince filet de lumière d’un côté, mais qui assène de l’autre un coup glacial.

@ Gilles Rolland

Crédits photos : Metropolitan Film

Par Gilles Rolland le 23 janvier 2012

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hoblingre
hoblingre
12 années il y a

Vu ce film aujourd’hui avec beaucoup de plaisir (façon de parler !). Sobre et complexe, le film donne la part belle aux acteurs. La mise en scène est classique mais non téléfilmesque (la piètre qualité de l’image vient sans doute plus de la projection numérique que du chef opérateur). Sur un sujet scabreux, David Schwimmer sent sort au la main.

hippocampestudio
Administrateur
12 années il y a

Tout à fait d’accord avec toi ! Quand j’évoque l’aspect téléfilm, je fais référence à la sobriété. J’avais vu un téléfilm qui traitait d’un sujet similaire. Mais la sobriété était le choix à faire. Indéniablement ! Mais après, c’est vrai que ça venait peut-être de la projection numérique 🙂