[Critique] UN ÉTÉ À OSAGE COUNTY

CRITIQUES | 25 février 2014 | Aucun commentaire
UN-ÉTÉ-À-OSAGE-COUNTY-Affiche-France

Titre original : August : Osage County

Rating: ★★½☆☆
Origine : États-Unis
Réalisateur : John Wells
Distribution : Meryl Streep, Julia Roberts, Juliette Lewis, Julianne Nicholson, Abigail Breslin, Ewan McGregor, Chris Cooper, Benedict Cumberbatch, Sam Shepard…
Genre : Drame/Comédie
Date de sortie : 26 février 2014

Le Pitch :
Oklahoma, en août. La famille Weston se réunit dans la demeure paumée de Violet Weston, la matrone intoxiquée (et toxique tout court) du clan, quand Beverly, le poète alcoolique qui lui sert de mari, disparaît soudainement et mystérieusement. Seulement voilà : le clan Weston est brisé depuis longtemps. Après quelques jours de disputes familiales et de violentes trahisons, il est facile de comprendre pourquoi quelqu’un pris au piège dans cet enfer domestique préférerait le suicide au dîner de famille…

La Critique :
Tracy Letts, ce poète tord-boyaux des Plaines, a fait décoller sa carrière théâtrale avec Killer Joe, une travestie redneck effroyablement drôle qui fut adaptée il y a deux ans par William Friedkin en petite merveille monstrueuse à micro-budget. Texte clé dans la renaissance récente de Matthew McConaughey, Killer Joe s’assura que son public ne regarderait plus jamais le poulet frit de la même façon.
Effectivement, Letts et le bonhomme derrière L’Exorciste partagent des sensibilités sympathiques, et leur collaboration précédente de 2006, le Bug trop injustement ignoré, exhiba une discipline formelle stupéfiante au service des spectateurs avides de chocs violents. Il s’agit aussi du film qui déchaîna Michael Shannon sur un monde qui ne s’y attendait pas.

Soupir. Que ne donnerait-t-on pas pour voir une adaptation sommaire d’Un Été à Osage County à la sauce Friedkin ? Le magnum opus tant honoré de Letts est un superbe manuscrit de désespoir, dopé aux médocs et aspergé de whisky. Il coince, simultanément, une dizaine de membres de la famille sauvagement dysfonctionnelle des Weston dans un espace minuscule et étouffant pour laisser libre cours à toutes sortes de révélations outrées et de récriminations profanatoires. Serre chaude au sens propre du terme, la pièce dure près de trois heures et dans son temps, enflamma chaudement Broadway.

Mais les prix et les palmarès ont une manière de tout gâcher, et ainsi on nous présente maintenant au cinéma une version sévèrement tronquée, aplatie et édentée d’Un Été à Osage County (August : Osage County en anglais), avec un casting quatre étoiles et un vernis de « prestige », sous la forme d’une collection de crises de nerfs et de pétages de câble pour la considération de Mr. et Mme Oscar. Chaque choix de montage mal-pensé ici porte les empreintes poisseuses de cet amoureux des statuettes dorées, que reste le producteur Harvey Weinstein, tentant de dompter cet ouvrage dur et brutal pour une consommation de masse par les votants de l’Académie.

Nous débutons avec Beverly Weston (le génial Sam Shepard), un poète, un has-been et surtout un alcoolique, livrant un monologue formidablement discursif sur T.S. Eliot qui devient progressivement une description de sa femme bourrée aux pilules. Beverly va ensuite se noyer sans prévenir juste pour échapper à cette vieille folle, un choix qui devient assez enviable quand on finit par la rencontrer.

Violet Weston est une gorgone tyrannique avec une perruque radine et des lunettes de soleil démesurées, bredouillant ses mots et cherchant la dispute avec tous les infortunés qui se trouvent sur son chemin. Elle est interprétée par Meryl Streep qui livre une des prestations drag-queen les plus grotesquement cabotinées qu’on ait vu depuis un bout de temps (la Faye Dunaway de Maman Très Chère est sans doute en train de soupirer de soulagement à cette heure même). Streep joue tellement gros et tellement mal, qu’on se demande pourquoi ils n’ont pas embauché Melissa Leo à la place.

Les filles Weston (Julia Roberts, Juliette Lewis et Julianne Nicholson – ça fait beaucoup de Julie !) descendent toutes à la campagne avec leur progéniture respective pour des funérailles du père qui sont déjà condamnées, ponctuées par des torrents foudroyants d’abus verbaux. Ce qui se jouait comme une pagaille générale de cacophonie claustrophobe sur scène est aplatie par la réalisation banale de John Wells. Il essaye en effet d’ouvrir un peu la pièce et de laisser aux acteurs l’espace nécessaire pour respirer : très mauvais choix.

Wells a vécu une grande époque à la télé, guidant des séries comme Urgences et À La Maison Blanche à travers bien des années de transitions difficiles. Mais son premier métrage, The Company Men, sacralisa les richos au chômage à un tel point que de malheureux financiers comme Ben Affleck étaient obligés de vendre leur Porsche.
Wells n’a vraiment aucune idée de ce qu’il fait avec Un Eté à Osage County, filmant en écran large mais se collant obstinément aux gros plans et ignorant l’interaction cruciale entre les membres du casting. En bref, sa caméra est toujours au mauvais endroit.

Ceci dit, presque tout le monde qui ne s’appelle pas Meryl Streep est plutôt génial dans ce film (la seule autre exception étant Benedict Cumberbatch, une erreur de casting hilarante dans le rôle malavisé d’un plouc malchanceux). Mais le traitement infligé au texte de Letts laisse la plupart de ces pauvres acteurs se précipiter tous à la fois pour essayer de définir leurs personnages sans le soutien de l’écrivain lui-même. La majorité du film donne ainsi l’impression qu’il a été oublié dans la salle de montage.

Et pourtant, Julia Roberts est fantastique. Dans la peau de Barbara, l’aînée des sœurs Weston, c’est une dure-à-cuire qui est sur le point de craquer. Roberts n’a pas l’air de s’intéresser beaucoup au cinéma ces derniers temps, et ses meilleurs rôles récents, comme dans Duplicity et Closer, entre adultes consentants, l’ont vu mettre en jeu une partie cassante et clairement antipathique de sa personnalité qui est bien loin de ses décennies à jouer la chérie de l’Amérique. Il se trouve que Pretty Woman sait manier les gros mots comme des poignards, et on apprécie beaucoup.

Un Été à Osage County est, au cœur des choses, une histoire d’horreur qui voit une fille (Julia Roberts) en train de se rendre compte qu’elle est déjà devenue aussi monstrueuse que sa mère. Mais contrairement à la pièce de théâtre, le film rajoute une scène épouvantable de rédemption muette qui ressemble à une pub pour un 4×4. Affublé d’une chanson affreuse des Kings of Leon en rab’, c’est une misérable trahison du reste de l’histoire, nous rassurant qu’à la fin, d’une manière ou d’une autre, tout va finir par s’arranger (Beurk). Pas sûr de savoir pourquoi quelqu’un s’attaquerait à ce genre d’ouvrage sans aller jusqu’au bout. Mais bon, comme le dit Barbara: « Si on connaissait l’avenir, on resterait couché. »

@ Daniel Rawnsley

un-ete-a-osage-county-photoCrédits photos : Wild Bunch Distribution

Par Daniel Rawnsley le 25 février 2014

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