[Critique] VICE

CRITIQUES | 13 février 2019 | Aucun commentaire
Vice-poster
Rating: ★★★★★

Titre original : Vice

Origine : États-Unis

Réalisateur : Adam McKay

Distribution : Christian Bale, Amy Adams, Steve Carell, Sam Rockwell, Tyler Perry, Eddie Marsan, Jesse Plemons, LisaGay Hamilton, Don McManus, Naomi Watts, Alfred Molina…

Genre : Biopic/Drame/Comédie

Date de sortie : 13 février 2019

Le Pitch :

Parti de rien, Dick Cheney a réussi à s’imposer dans les arcanes du pouvoir. Devenu vice-président de George W. Bush, il a tiré les ficelles dans l’ombre et imposé sa loi au monde entier au point de bouleverser l’ordre établi de manière durable…

La Critique de Vice :

De réalisateur de comédies (faussement) innocentes et franchement réussies comme Présentateur Vedette et Frangins malgré eux, Adam McKay est passé à réalisateur de comédies (véritablement) dramatiques. Son parcours, si il force le respect, brille aussi, même si c’est moins évident, grâce à sa grande cohérence. Et si avant McKay dénonçait les aberrations de notre monde sous couvert de légèreté, il se montre aujourd’hui plus frontal. Le tout en conservant et en nourrissant une tonalité devenue sa marque de fabrique. Et c’est donc après avoir décortiqué la crise des subprimes avec le brillant The Big Short qu’il nous revient en très grande forme, avec un biopic pas du tout académique de l’ex-vice-président Dick Cheney. Un homme au centre d’un film hallucinant à tous points de vue…

Vice-Amy-Adams

Politicien malgré lui

Dick Cheney, c’est le mec qui a changé les règles et donné du corps à un poste qui avant, n’en avait pas. À un moment donné, il affirme en substance que devenir vice-président ne veut rien dire. Un travail qui consistait, avant son arrivée, à regarder le chef de l’état faire ses discours et à approuver, attendant l’éventuel (mais peu probable) moment où celui-ci ne pourrait plus exercer pour enfin passer dans la lumière. Cheney lui, n’a pas attendu que Bush démissionne ou casse sa pipe pendant son mandat. Il a préféré observer et a vite pigé que Bush était un incompétent facile à manipuler. C’est en substance ce que raconte Vice : comment un mec au début de sa vie cruellement sous-estimé, a manœuvré dans l’ombre des grands pour au final tirer les ficelles et imposer sa volonté. Cheney, c’est le type qui a pour ainsi dire légitimé la torture. C’est lui qui a engagé son pays dans une guerre meurtrière en Irak et ainsi favorisé la naissance des groupuscules terroristes qui, moins de 10 ans plus tard, se feraient connaître au fil de multiples attentats meurtriers. Cheney, c’est le gars qui disait oui pour les exécutions et les enlèvements. Un homme au début banal, perdu dans la masse, qui s’est peu à peu transformé en politicien déterminé, malin et roublard. Dick Cheney a révolutionné pour le pire la politique américaine, ouvrant la voix à toutes les dérives. Mais chez Adam McKay, Cheney est aussi un formidable méchant de cinéma. Une figure d’autorité fascinante dans sa façon d’avancer, à couvert, déterminée et insensible au chaos, pour au final gagner ses galons et s’enrichir au passage. Contrairement à George W. Bush, la marionnette dans un premier temps de son paternel d’ex-président puis par la suite de Cheney, ce dernier n’a rien d’un novice. Et contrairement à W, le biopic de Bush par Oliver Stone, dont le personnage principal était donc ce poivrot repentit à côté de ses pompes, Vice se montre beaucoup plus mordant dans sa façon d’utiliser son personnage principal pour démonter la machine de guerre républicaine et exposer ses plus sauvages forfaits au grand jour. Le tout en se montrant terriblement divertissant…

À la Maison Blanche

Adam McKay avait réussi l’exploit de rendre limpide un truc aussi complexe que la crise des subprimes. Sujet qu’il avait par ailleurs déjà un peu abordé, sous un autre angle, avec Very Bad Cop. Parler de la vie de Dick Cheney était a priori plus simple. A priori seulement car ici, McKay semblait bien déterminé à ne pas se plier aux codes rabattus du biopic, mais plutôt à adapter ses propres codes. Et c’est précisément ce qu’il a fait, rejetant en bloc toute forme d’académisme pour dynamiter les clichés. Au point qu’à l’arrivée, son film est non seulement clair mais aussi terriblement ludique. Vous vous souvenez des scènes comme celle de Margot Robbie dans The Big Short ? Et bien Vice en réserve aussi quelques-unes, même si Adam McKay ne se répète pas non plus, renouvelant suffisamment sa dynamique narrative pour à nouveau frapper fort et décupler la pertinence de son discours. Sur tous les fronts, il anticipe les critiques inhérentes aux idées que le scénario développe et démonte en parallèle complètement le schéma académique du biopic. De toute façon, c’est bien simple : Vice est unique en son genre. Il secoue et prend régulièrement à revers, au niveau du fond bien sûr, mais aussi de la forme, jouant sans cesse avec son sujet et les spectateurs pour au final taper encore plus fort là où ça fait mal.

Very Bad (Vice) President

Pour incarner Cheney, Christian Bale n’a pas lésiné. Connu pour ne jamais hésiter quand un rôle exige de perdre du poids, d’en gagner, de se raser la tête ou encore de prendre du muscle, Bale s’est cette fois-ci empiffré comme jamais pour prendre 20 kilos et faire ainsi honneur à la silhouette de Cheney. À l’écran, le résultat est saisissant. Qu’il s’agisse du Cheney jeune ou du Cheney vieux, Bale est parfait. Parfait physiquement et parfait quand il s’agit d’incarner le mal qui habite son personnage mais aussi, et c’est plus surprenant, son étonnante tolérance (Cheney a par exemple soutenu sa fille quand celle-ci a fait son coming-out, envers et contre son parti) et son caractère globalement impitoyable et calculateur. Steve Carell quant à lui, déjà dans The Big Short aux côtés de Bale, nous régale dans le rôle de Donald Rumsfeld tandis qu’Amy Adams campe une Lynne Cheney à la fois glaçante et impressionnante. De quoi rappeler à ceux qui l’avaient oublié à quel point Adam McKay est un excellent directeur d’acteurs. Tous ses comédiens sont au diapason. Qu’ils soient longtemps à l’écran où l’espace de quelques scènes clés, à l’image du solide Sam Rockwell, quant à lui génial dans les pompes de George W. Bush. Ce sont eux qui contribuent également à faire de Vice une grande comédie. Encore plus que pour The Big Short, l’absurdité de certaines situations provoque ici les rires. Pas des rires francs, mais des rires jaunes. Le genre qui exprime un malaise profond. Parce que c’est finalement de cela dont il s’agit : Vice raconte l’histoire d’une success story hallucinante. Il éclaire le côté obscur du fameux rêve américain. Il se focalise sur une existence au service d’un pouvoir corrompu et adepte de la violence et de la domination à tout prix. La stupidité des uns servant les objectifs des autres. Avec son aspect parfois proche du documentaire, Vice fait donc très mal. Il laisse pantois. Il interloque et interroge. Il dérange et rue dans les brancards. Avec intelligence et sans jouer au donneur de leçon. Chef-d’œuvre.

En Bref…

Adam McKay frappe à nouveau un grand coup en se servant de son personnage principal pour démonter la politique républicaine américaine de ses 50 dernières années. Il raconte les manipulations et tourne en dérision sans tomber dans l’excès, avec une grande finesse et une subtilité qui fait souvent défaut à ce genre de film. Unique, Vice est aussi un grand film d’acteurs. Christian Bale bien sûr mais aussi tous les autres. Une charge massive et brillamment illustrée tellement riche et intelligente qu’il semble inconcevable ne pas en ressortir complètement sonné.

@ Gilles Rolland

Vice-Christian-Bale
Crédits photos : Mars Films
Par Gilles Rolland le 13 février 2019

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