[Critique] QUAND VIENT LA NUIT

CRITIQUES | 14 novembre 2014 | Aucun commentaire
Quand-vient-la-nuit-affiche-France

Titre original : The Drop

Rating: ★★★★☆
Origine : États-Unis
Réalisateur : Michaël R. Roskam
Distribution : Tom Hardy, James Gandolfini, Noomi Rapace, Matthias Schoenaerts, John Ortiz, Michael Aronov, Morgan Spector…
Genre : Thriller/Drame/Adaptation
Date de sortie : 12 novembre 2014

Le Pitch :
Une nuit, Bob, un homme plutôt posé et discret, trouve un chiot dans une poubelle et décide de le recueillir avec l’aide de Nadia, une serveuse qu’il rencontre dans la foulée. Un événement qui coïncide étrangement avec le braquage du bar que Bob tient avec son cousin Marv. Un établissement servant, à l’instar de beaucoup d’autres à Brooklyn, de dépôt de blanchiment d’argent pour la solde de la mafia tchétchène. Un engrenage se met alors en route, mettant à jour des drames enfouis et menaçant directement toutes les personnes impliquées de près ou de loin…

La Critique :
C’est Dennis Lehane, auteur à succès ayant déjà été adapté au cinéma par les plus grands (Mystic River, Shutter Island…), qui a lui même rédigé le script de Quand vient la nuit, d’après sa nouvelle Sauve qui peut (Animal Rescue en version originale). Le réalisateur belge Michaël R. Roskam a quant à lui pris la relève de Neil Burger (parti sur Divergente), livrant ici son premier film en langue anglaise, après avoir secoué son monde avec Bullhead. L’association des deux hommes annonçait un polar tendu. Quelque chose de marquant. Surtout compte tenu des comédiens embauchés pour donner corps à cette histoire. Il s’agit en outre de l’ultime long-métrage du regretté James Gandolfini. Sur la papier donc, il semblait impossible que Quand vient la nuit se plante. Et en effet, à l’arrivée, il ne se plante pas…

Il est évident, dès les premières images, que ce qui va se dérouler à l’écran n’aura rien de vraiment conventionnel. Et cela même si au fond, Quand vient la nuit adopte une trame en somme toute classique. L’originalité ici, vient des détails. De ces dialogues finement ciselés et de ce climat anxiogène remarquablement alimenté par de petits rebondissements se nourrissant les uns les autres pour au final aboutir à un climax durant lequel la tension explose.
La force du projet, au fond, repose avant tout sur l’apparente passivité de ses personnages. Des protagonistes ordinaires qui ont été, mais qui ne sont plus. Bob (Tom Hardy) cache un lourd passé c’est évident, et même si il se laisse marcher dessus, on imagine sans mal que le loup qui sommeille en lui, ne dort que d’une oreille. Marv (James Gandolfini), vient aussi de loin et n’est pas né de la dernière pluie. Son passé le ronge, car il ne fait plus partie du wagon de tête. Il suit, sauve les apparences mais ne se leurre plus quant à sa fonction et à sa réputation. Nadia (Noomi Rapace) enfin, se pose, à l’instar du petit chien que Bob trouve au début du film dans une poubelle, comme la victime des hommes de la rue. Ce même genre de types qu’ont peut-être été un jour Marv et Bob. Ou peut-être pas d’ailleurs, tant le long-métrage brouille les pistes et retarde l’échéance pour mieux construire une tension croissante superbement agencée.
Quand vient la nuit est le genre de film typique où tout peut arriver. D’où cet aspect anxiogène. Le danger plane, tantôt incarné par ces mafieux tchétchènes, tantôt par le personnage de Matthias Schoenaerts, lui qui retrouve le réalisateur après Bullhead et qui livre une performance effrayante, sans tomber dans les pièges faciles inhérents à cet exercice d’équilibriste.

Quand-vient-la-nuit-Noomi-Rapace-Tom-Hardy

Suivant sa propre route, en s’appropriant les codes du polar à l’ancienne et en jouant avec pertinence sur un environnement urbain glaçant, le film de Roskam prouve l’incroyable acuité de ce dernier, parfaitement à l’aise, alors même qu’il dirige une distribution quatre étoiles et qu’il adapte l’un des écrivains les plus courtisés par le septième-art. Roskam sait qu’il tient quelque chose de solide et ce qu’il en fait force le respect. Pas évident d’appréhender un tel film car jamais il ne cède aux facilités du thriller. Le drame tient d’ailleurs une place plus importante dans la dynamique du récit et en permanence, le réalisateur et le scénariste prennent le risque de perdre le spectateur dans les méandres d’une tragédie complexe car animée de sentiments refoulés et de non-dits.

Si Quand vient le nuit fonctionne si bien, c’est aussi grâce aux acteurs, eux qui ont parfaitement assimilé la teneur du projet, embrassant avec beaucoup de conviction leurs rôles respectifs. Tom Hardy n’en finit plus d’étonner. À l’aise, parfaitement à sa place, il campe un personnage torturé en pleine rédemption, cachant des secrets que l’on imagine sombres au possible. Noomi Rapace, si elle reste finalement dans sa zone de confort, en ressortant son numéro -certes super bien rodé- de victime, fait montre elle aussi d’une authenticité flagrante. James Gandolfini enfin, incarne ici un géant aux pieds d’argile. Débordant de charisme dans une composition qui n’est pas sans évoquer le Tony Soprano de la série culte qui fit de lui une star, il offre une dernière performance forcément touchante, compte tenu des circonstances. Mais au-delà de ça, ce phénoménal chant du cygne nous rappelle -même si on le sait depuis longtemps- quel monstre de cinéma cet acteur fut. Rarement au premier plan, il bouffe ici littéralement l’écran, sans écraser ses partenaires et dans l’ombre, exprime une dernière fois son art avec un talent hors-norme qui nous fait le regretter encore un peu plus.
Sa présence confère à Quand vient la nuit un statut bien particulier, comme celle de Philip Seymour Hoffman a pu éclairer Un Homme très recherché d’un jour nouveau. Pour autant, le film n’a pas besoin de cela pour se démarquer. Polar tragique puissant, il parvient à gagner sa légitimité grâce à son intégrité et à la somme des talents qui s’évertuent à lui donner corps. Il marque, distille une mélancolie prégnante, passionne et effraie. Sombre tableau sans concession illustrant les travers de l’âme humaine, le film met en exergue les contradictions de notre condition, à travers une tranche de vie amenée à changer à tout jamais des personnages qui finalement, n’aspirent qu’à la tranquillité et au bonheur.

@ Gilles Rolland

Quand-vient-la-nuit-James-Gandolfini-Tom-HardyCrédits photos : 20th Century Fox 

 

Par Gilles Rolland le 14 novembre 2014

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