[Critique] WHITE HOUSE DOWN

CRITIQUES | 4 septembre 2013 | Aucun commentaire
White-House-Down-Affiche-France

Titre original : White House Down

Rating: ★★★☆☆
Origine : États-Unis
Réalisateur : Roland Emmerich
Distribution : Channing Tatum, Jamie Foxx, Maggie Gyllenhaal, Jason Clarke, James Woods, Richard Jenkins, Joey King, Nicolas Wright, Jimmi Simpson, Rachelle LeFevre, Lance Reddick, Matt Craven, Jake Weber…
Genre : Action
Date de sortie : 4 septembre 2013

Le Pitch :
John Cale, un ancien soldat, espère devenir l’un des gardes du corps du Président des États-Unis d’Amérique. Malheureusement recalé à l’entretien d’embauche, John décide de néanmoins profiter de sa présence à la Maison Blanche pour réaliser le plus grand rêve de sa fille : visiter la demeure du Président. Alors qu’ils déambulent dans les couloirs du prestigieux bâtiment, le père et sa fille assistent à l’assaut de terroristes lourdement armés. Rapidement dépassés, les services secrets n’ont pas d’autre choix que de fonder leurs espoirs sur John Cale, ce père de famille bien décidé à réaliser le triplé de sa vie : sauver le Président, sa fille, et le pays tout entier dans la même journée…

La Critique :
Vous pensiez qu’avec Independence Day, Roland Emmerich avait tout donné ? Et bien non. Quand il s’agit de déclarer sa flamme à son pays d’adoption, le cinéaste allemand n’est jamais à court d’idées. Il s’agit de ne s’imposer aucune limite quand on doit faire vibrer la corde patriotique des américains. On parle quand même du plus grand pays du monde bordel ! Un pays qui, au travers des yeux d’Emmerich, devient le champs de bataille ultime, où défenseurs de la liberté affrontent d’immondes hordes de terroristes désireux de piétiner les idéaux de la Constitution. Un pays qu’il voit d’ailleurs tel qu’il n’est pas vraiment. À commencer par le Président, qui chez Emmerich, est en effet un soldat en puissance, toujours prêt à mourir au combat auprès de ses citoyens. Il sautait dans un avion pour botter le cul aux aliens dans Independence Day, et décidait de se sacrifier en restant à son poste dans 2012. Ici, il tire au bazooka et assiste de la plus courageuse des façons, l’action man en chef, à savoir Channing Tatum. Chez Emmerich, l’Amérique doit morfler pour se reconstruire.
Dans White House Down, il fait donc exploser pour la troisième fois la Maison Blanche, mais choisit néanmoins d’y situer l’essentiel de son action, quand auparavant, elle ne constituait qu’un élément du décors. Il faut reconstruire l’Amérique sur des fondations solides, car les vrais ennemis ne sont pas en Irak ou en Corée. Ils sont déjà dans la place et menacent le bon déroulement de la démocratie telle que l’ont rêvée les Pères Fondateurs (mais ils sont un peu russes quand même faut pas déconner non plus). Son Président, alter égo d’Obama, incarné par Jamie Foxx, cite à tour de bras Lincoln et ses autres prestigieux prédécesseurs. Il loue le courage et le sacrifice, à commencer par le sien. Il combat la corruption à coups de pompes et de mitrailleuse, et garde en permanence une coolitude absolue, baskets Air Jordan vissées aux panards. Chez Emmerich, le bon fonctionnement de l’Amérique n’est pas l’affaire des politiciens, mais des frimeurs et des gros bras à la volonté de fer. Encore et toujours, il met en avant un duo improbable mais bien assorti. D’un côté, Channing Tatum incarne un erzatz de John McClane, à savoir un espèce de gentil branleur aux compétences mortelles et au cœur d’artichaut. De l’autre, Jamie Foxx est le Président prêt à tout pour défendre ses idéaux, y compris à tirer au gros calibre entre deux vannes bien senties, tout droit sorties des buddy movies des années 80. On a déjà vu ça ailleurs. Parfois en mieux, parfois en pire, mais la recette n’est pas nouvelle. Steven Seagal et Bruce Willis donc, pour ne citer qu’eux, pourraient vous en parler…

Malheureusement pour Emmerich, son White House Down arrive à la bourre, devancé par La Chute de la Maison Blanche d’Antoine Fuqua. Les deux films partagent la même histoire, à quelques nuances près, mais pas le même état d’esprit. Là où Fuqua jouait plus la carte de la nostalgie badass en saupoudrant son film d’une large dose de second degré, à base de punchlines directes, de bastons décomplexées et de scènes de destruction frontales, Emmerich se la joue bas du front. Comme d’habitude. White House Down se prend trop au sérieux et si La Chute de la Maison Blanche glorifiait aussi la Bannière Étoilée, il le faisait au moins en brandissant également le joker de la nostalgie déviante. Emmerich campe sur ses positions. Comme si le cinéma n’avait pas bougé d’un poil depuis la fin des années 90. Fatalement dépassé, car dénué de recul, son dernier délire de destruction massive sent méchamment le réchauffé.

C’est après une longue et fastidieuse intro où on fait connaissance avec le papa courage, sa fifille trop maligne pour son âge, et le Président prêt à tourner le dos au lobby des armes pour obtenir une paix universelle (sans compter tous les personnages accessoires qui gravitent autour du tandem vedette), que le film démarre vraiment et fait parler la poudre. Là, Emmerich est à l’aise et sait toujours provoquer un minimum d’intérêt. Après la pause lyrique Anonymous, il détruit peu à peu la Maison Blanche à grands coups d’explosions gargantuesques et à l’écran, le résultat a quand même de la gueule. Surtout si on ferme les yeux sur le montage un peu bordélique et sur les quelques approximations qui émaillent une réalisation rentre-dedans. Mais même avec sa violence et ses bastons, White House Down apparaît comme un truc à la ramasse. Comme une photocopie fanée de Piège de Cristal qui raconte toujours la sempiternelle même histoire en étant en plus, persuadé qu’il apporte quelque chose de neuf.

Heureusement, on rigole. En fait, White House Down est une grande comédie. Une pantalonnade où les répliques débiles côtoient les affrontements brutaux de types qui n’arrêtent pas de se jeter leur virilité au visage. Qui a la plus grosse paire de couilles ? Qui pisse le plus loin ? Qui aime le plus son pays ? Là sont les véritables enjeux du dernier Emmerich ! Pas dans l’histoire, car on sait très bien comment elle va se terminer.
Les personnages aussi sont très cons. De vrais clichés sur pattes. Les méchants sont vraiment méchants et ont de sales gueules qu’on repère dès le début, les gentils sont vraiment gentils et à un moment, un gars parle d’Independence Day. Emmerich cite Emmerich.
C’est beau, c’est grand, mais c’est surtout très crétin. Et c’est cet aspect très con qui confère au film son côté sympathique et jubilatoire. Ce n’était peut-être pas volontaire au départ, mais au final, ça fait la différence !

En 2013, Roland Emmerich nous livre ici un best of de ses travers les plus flagrants. Une sorte de compilation de clichés d’un autre âge, traités avec un sérieux qui frôle l’absurde. Alors qu’Emmerich persiste et signe, rien ne nous interdit d’apprécier la tendance déviante d’un réalisateur aux œillères pour le moins énormes. Au second degré.
Mais vu que le public américain, premier visé par le film, n’a pas répondu à l’appel, on ne peut que souhaiter au réalisateur d’avoir une révélation qui l’obligerait à changer son fusil d’épaule et à faire preuve à l’avenir d’un peu plus d’audace et d’originalité.

Il y a une cinquantaine d’années à Stuttgart, le petit Roland rêvait de faire des blockbusters où le bien et mal s’affronteraient. Des films sans aucune nuance de gris. À presque 60 ans, Emmerich est toujours ce gamin à qui l’on a donné les pleins pouvoirs et donc plein de fric pour exploser de gros trucs dans tous les sens. Finalement, c’est cette naïveté qui demeure dans son cinéma qui sauve son dernier film. Un film qu’on a donc déjà vu ailleurs en mieux, mais qui au fond, fait aussi son petit effet.

@ Gilles Rolland

White-house-town-Foxx-Tatum-EmmerichCrédits photos : Sony Pictures Releasing France

Par Gilles Rolland le 4 septembre 2013

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