[Dossier] Avengers : Le rassemblement du futur

DOSSIERS | 12 mai 2012 | 5 commentaires

La continuité a longtemps été l’huile qui fait tourner la machine qu’est la culture des comics, et a aussi eu un impact dans les domaines de la littérature et de la télévision. Mais au cinéma, la chose s’est souvent avérée trop compliquée à maintenir. Il y a bien eu certaines sagas avec leur propre mythologie interne et le caméo occasionnel, mais rien de plus compact et unifié que les séries comics des super-héros. Eux existent dans un univers dont les limites ne s’arrêtent qu’avec les maisons d’édition, et se rencontrent dans leurs propres histoires, comme des passants dans une rue encombrée.

C’est d’ailleurs l’une des raisons principales qui font que tant de ces personnages iconiques débarquent à l’écran dans des versions diluées, étant obligés d’expliquer ou de laisser tomber quelques-uns de leurs aspects les plus excentriques. Attributs qui ont vu le jour dans de vastes mondes fictifs intégrant tous les genres.

Mais avec l’arrivée d’Avengers au cinéma, tout ceci pourrait bien changer. Ayant jusqu’ici officiellement unifié cinq long-métrages différents, le tour de force de Marvel pourrait marquer l’idée des univers partagés dans les esprits des spectateurs de façon permanente. Ainsi, le concept deviendrait peut-être une notion courante ou même attendue du genre, de la même manière que dans les comics.

D’un certain point de vue, peut-être que l’attente a été nécessaire. Après tout, nous vivons dans un monde moderne, dominé par un mélange massif de multimédia sur demande, où les dates de sorties et de mises en marché raccourcissent. Un monde où le cinéma, les films, la télé, les livres, la musique etc. sont capables de coexister simultanément dans les mêmes systèmes de distribution instantanée. Aujourd’hui, les formes de divertissement débordent l’une sur l’autre tellement facilement ! Autant en faire un fait officiel ! Si Captain America et Hulk appartiennent tous les deux au même genre basique et se trouvent l’un à côté de l’autre dans votre dossier ITunes, pourquoi ne pas les mettre dans le même film ?

Cela est en soi est une notion palpitante, puisqu’elle ouvre énormément de portes à toutes sortes de possibilités cinématographiques qu’on pensait autrefois impossibles à filmer.

Cependant, le concept ne va pas sans soulever quelques inquiétudes. En ce moment, la continuité dans les films de super-héros est un petit jeu marrant, une façon de récompenser le spectateur attentif.

C’était la même chose dans les comics. Mais à partir des années 90, c’est rapidement devenu un cliché interminable, une excuse répétitive et excessivement utilisée qui a fini par aspirer tout le fun des comics et carrément asphyxier le genre des super-héros.

L’idée d’avoir une adaptation cinéma de la série Secret Wars (guerre « gladiatoresque » entre les héros et méchants les plus populaires de Marvel sur une planète secrète dominée par une entité cosmique) ou Crisis on Infinite Earths (combat titanesque entre les super-héros de DC à travers des dimensions parallèles) est alléchante. L’idée de souffrir à travers une adaptation de Countdown (décimation des personnages DC dans une réalité alternée pour faire le ménage chez les maisons d’édition) ou One More Day (Spider-Man règle un compte avec le diable pour sauver ses proches) ? Non merci.

Est-ce qu’on veut savoir comment la vie de Tony Stark a changé dans Iron Man 3 après qu’il ait rencontré un dieu nordique et des extra-terrestres dans Avengers ? Oui, ça serait bien.

Est-ce qu’on veut que L’Incroyable Hulk 2 perde son temps à nous servir une explication compliquée pour ne pas qu’on se demande pourquoi le gus de Fight Club ressemble maintenant au bonhomme qui était dans Et si c’était vrai… ? Non, pas du tout.

Un autre côté intéressant serait de voir si l’influence du concept des univers partagés pourrait atteindre le grand public et les autres genres en général. Comme cité plus haut, ce type de cinéma narratif semble être idéal pour l’âge d’internet et des réseaux informatiques. Et puisque la continuité a débuté dans le monde des comics pour inciter les fans à lire d’autres publications, on pourrait supposer que Hollywood accueillerait avec plaisir l’opportunité de transformer un rapport tangentiel avec un premier long-métrage, en argument de vente pour le deuxième.

Disons, par exemple, qu’on est en train de faire une comédie romantique qui nécessite un flic dans un second rôle pour tel ou tel moment de l’intrigue. S’il y a également un film policier en plein tournage au même moment, pourquoi ne pas faire en sorte que le flic de la comédie soit aussi le flic du polar ? Bingo! Maintenant, les gens qui ont aimé ce personnage iront peut-être voir les deux films, alors qu’à la base ils n’en auraient vu qu’un seul.

Alors, c’est vrai, on pourrait facilement abuser du système. Ça serait peut être un peu poussé de faire en sorte que chaque personnage des Expendables ou de L’Agence Tous Risques, bénéficie chacun de sa propre série de films par exemple. Mais les possibilités sont intrigantes.

Autre idée : si un studio décide de produire un paquet de films de guerre, au lieu de s’embêter à trouver une autre version banale d’une cellule terroriste à adapter à l’écran, pourquoi pas n’inventer qu’un seul groupe à réutiliser régulièrement ? Et voilà, maintenant, on a une saga! On pourrait même faire des cross-overs. Et pas seulement pour une blague, comme avec Freddy contre Jason, mais des cross-overs logiques, sans ironie. Et si, par exemple, le flic joué par Mark Wahlberg dans Les Infiltrés pourchassait le criminel interprété par Ben Affleck dans The Town ? Après tout, on se demande quand ils vont jouer ensemble dans un film, n’est-ce-pas ? Autant que ce soit celui-ci…

Une autre : Steven Spielberg compte faire sa propre version des Dix Commandements. Réfléchissez-y. Et si, à la fin, lorsque les israélites construisent l’Arche d’alliance, il s’agissait la même arche que celle des Aventuriers de l’Arche Perdue ? Et là, subitement, ce n’est pas seulement un film sur Moïse, c’est un prologue pour Indiana Jones. On pourrait même avoir le thème musical de John Williams pour aller avec. C’est pas la classe, ça ?

N’est-ce-pas…?

Non, personne…?

Pas grave. Juste une hypothèse. Bref, ce qu’il faut retenir est : que Avengers ait l’impact culturel et les louanges qu’il mérite ou pas, c’est un long-métrage qui pourrait être bien plus important que prévu. C’est peut être pas seulement un film, c’est peut être une fenêtre sur le futur. Pour le meilleur, ou pour le pire…

@ Daniel Rawnsley

Par Daniel Rawnsley le 12 mai 2012

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josy
9 années il y a

Très belle analyse!!!!!

Anthony
Anthony
9 années il y a

Excellent dossier Daniel ! Ta passion pour les Comics se fait ressentir ^^

ElGarrote
ElGarrote
9 années il y a

Euh, la série de comics The Avengers a été créée par Stan Lee en 1963. Elle rassemblait déjà Hulk, Captain America, Tony Stark… et a été imaginée pour contrer la Ligue des justiciers de DC Comics. Et vous nous parlez de futur ? Oo
Non désolé, The Avengers c’est bien l’adaptation d’un truc qui a déjà 50 ans. Merci, aurevoir.

hippocampestudio
Administrateur
9 années il y a
Reply to  ElGarrote

Je me permets de répondre (Daniel, l’auteur le fera si il le désire) :
Je pense que tu n’as pas bien lu l’article car ce n’est pas du tout ce que dis Daniel. Il affirme juste que l’adaptation d’Avengers (et non le comics) risque d’ouvrir de nouvelles portes au niveau de la narration des films. Car si le cinéma regorge de crossovers, le film de Whedon regroupe plusieurs fils narratifs (ceux deHulk, Iron Man, Captain America…)au sein d’un seul film. Le procédé est nouveau dans le sens où chaque personnage à son propre univers. Des univers qui ont été exploité dans des films où ils étaient les héros principaux. À aucun moment il ne parle de futur par rapport au comics. Oui Avengers est l’adaptation d’un truc qui 50 ans, mais au cinéma le concept n’est pas si vieux.

Daniel Rawnsley
Daniel Rawnsley
9 années il y a
Reply to  ElGarrote

Au risque de répéter ce qu’a dit Gilles, je précise que mon article concernait le concept de la continuité et les univers partagés en tant qu’outil narratif du cinéma àprès la sortie d’Avengers en salle. La chose est bien vieille dans les comics, tout comme les Avengers eux-mêmes. Tu as bien raison que les Avengers (dont l’équipe rassemblait Hulk, Thor, Iron Man, Ant Man et La Guêpe – Captain America ne rejoignant l’équipe qu’à partir du 4ème numéro) ont vu le jour en 1963, grâce à Stan Lee et Jack Kirby. Et en quelques sortes, oui, ils sont une version Marvel de la Ligue des Justiciers de DC.
Mais là n’est pas le sujet de l’article. J’ai mentionné ces infos sur les Avengers dans la critique du film du même nom. Va jeter un coup d’oeil dessus si tu veux 😉