[Dossier] BIFFF 2019 : le compte-rendu !

DOSSIERS EVENTS | 8 mai 2019 | Aucun commentaire

Dans le monde, on ne compte plus les milliers de festivals de cinéma. Mais s’il y en a qu’un qu’il faut avoir fait une fois dans sa vie de cinéphage, c’est bien le BIFFF, aka Brussels International Fantasy, Fantastic, Thriller and Science Fiction Film Festival. Cela tombe bien puisqu’après plus de 15 ans d’hésitations et d’opportunités manquées, je me suis enfin décidé à aller voir ce que ces Belges avaient dans le ventre et tenter de comprendre l’engouement dithyrambique qui envahit tous les festivaliers revenant de plus de dix jours de projections en tous genres. Le verdict est sans appel : ce peuple d’irréductibles amoureux du cinéma est tout aussi fou que généreux et l’ambiance au cœur des projections est tout aussi précieuse que les films projetés. C’est effectivement la grosse particularité de ce festival hors normes : le public participe constamment durant la projection. À l’image d’un générique de festival fustigé de cris et de vannes, les films projetés au BIFFF doivent toujours passer par la case jeu de mots qui tue. Malheur aux mauvais tant le public redouble d’efforts pour railler ce qui se passe à l’écran (on a adoré le classique et terriblement efficace : « vivement le 2 » qui avec l’accent belge, est proprement irrésistible de drôlerie). On pourrait trouver ça injuste pour les films et leurs représentants, mais il s’agit en fait d’un formidable juge de paix. Car, quand le film s’avère bon, le silence s’impose très vite et les vannes sont mises presque au placard jusqu’à la prochaine projection. Un état des lieux qui permet aux organisateurs, fins connaisseurs de leur manifestation unique au monde, de nous côtoyer une programmation quasi inattaquable. Ce que l’on a pu constater durant 10 jours où l’on a pu enchaîner les bons films et les films pour le BIFFF (cette année, ce fut notamment Antrum et Bloodfest) pour citer un des fers de lance du festival dénommé Mr Y. (on protège ses sources comme tout bon journaliste). Un petit miracle d’équilibre puisque tous les affreux films que l’on a pu voir durant ce séjour, sont finalement passés presque comme une lettre à la poste grâce à cette ambiance surréaliste.

Une fois n’est pas coutume, dressons des louanges au jury international présidé par Steve « je drague tout ce qui bouge » Johnson qui avait à ses côtés notamment Na « je ne fais que des putains de films » Hong-jin. Ce jury a eu effectivement l’excellente idée de récompenser le meilleur film de la compétition, Little Monsters tout en donnant des prix annexes aux trois films dignes d’être récompensés (l’excellent Freaks que le public français avait pu découvrir au PIFFF, le drôle Extra ordinary et le film de crocodile thaï, The Pool).

Et pourtant ce n’était pas gagné en entrant dans la salle de Little Monsters tant le mode zombie survival a fini par nous épuiser. Sauf qu’ici, le réalisateur et scénariste, Abe Forsythe manie l’humour avec la même maestria qu’un Edgar Wright et n’hésite jamais à faire dans la saillie politiquement incorrecte. En résulte un festival de gags qui transforme cette virée scolaire dans un zoo très vite encerclé par des zombies, en défouloir hilarant. Dopé par un niveau de jeu des jeunes comédiens proprement stupéfiant (retenez bien le nom de Diesel La Torraca, le petit héros du film) et des rôles adultes tenus par l’actrice qui n’en finit plus de monter, Lupita Nyong’o (sa reprise au ukulélé du Shake it off de Taylor Swift, est instantanément culte) ou encore le trop rare Josh Gad, génial cabotin, Little Monsters est une des comédies horrifiques les plus drôles de ces dix-vingt dernières années.

Little Monsters

Un autre candidat à la gaudriole horrifique est venu d’Extra ordinary que beaucoup voyaient remporter le grand prix. Il faut dire que le mélange déjanté entre univers à la Ken Loach (on est chez les prolos au cœur de l’Irlande), paranormal, possession démoniaque et énorme numéro de cabotinage de Will Forte en star déchue de la chanson adepte de rites sataniques, offre son lot d’éclats de rires. Malheureusement, le film souffre d’un ventre mou qui lui fait perdre de sa superbe. Mais le gros dernier quart-d’heure est un petit chef-d’œuvre de combinaisons de gags réjouissants à l’image de la poursuite en voiture la plus lente de toute l’histoire du 7ème Art.

Extra Ordinary

On a beaucoup moins rigolé durant The Pool, autre lauréat de la compétition. Et pour cause, ce film thaïlandais met aux prises un jeune couple coincé au fond d’une piscine vide avec un énorme crocodile. On ne vous spoile presque rien puisque le film a la mauvaise idée de commencer par une séquence placée plus tard dans l’histoire mettant notre valeureux héros face au dangereux reptile. Une façon de nous mettre dans le bain tout de suite mais qui gâche considérablement l’impact du récit qui contrairement à bon nombre de films concept se tient paradoxalement plutôt très bien jusqu’à l’arrivée de la bête. Pour apprécier le spectacle, il faudra faire fi d’un croco en images de synthèse particulièrement indigestes et de rebondissements tirés par les cheveux. En parlant de tirer par les cheveux, gloire est à rendre à ces thaïlandais sans limite qui osent ce que tout détracteur de Roland Emmerich rêve de voir sur un écran de cinéma.

The Pool

S’il y a un film qui aura mis tout le monde d’accord et qui aurait pu figurer au palmarès (il était malheureusement présenté en hors compétition), c’est bien One cut of the dead (Ne coupez pas ! en France). Sorti depuis peu en France dans quelques rares cinémas, cet drôlissime ovni japonais à la base là encore notamment de zombies est une déclaration d’amour au cinéma et la manière dont les films sont faits. En dire plus serait criminel tant est jubilatoire le plaisir d’être dupé par un film bien plus malin que ce qu’il paraît au premier abord (patience est mère de vertu ici). L’un des rares longs-métrages qui mérite assurément une deuxième vision pour en décortiquer l’ingénieux mécanisme.

One cut of the dead

Si le film de Shin’ichirô Ueda fut le fer de lance du cinéma asiatique pour cette cuvée BIFFF 2019, d’autres productions ont su séduire. A commencer par le remake coréen de Malveillance de Jaume Balagueró, Door lock. Un remake qui s’éloigne finalement considérablement du film espagnol qui faisait de son gardien stoker le « héros » du film, rendant l’œuvre particulièrement malaisante pour s’orienter vers un thriller au suspense efficace sur l’identité du mystérieux homme qui s’introduit chez ses victimes.

S’il est malheureusement un peu trop long et compliqué à suivre, le japonais, The Blood of wolves, permet de se rendre compte que le film de yakuzas n’est pas mort avec l’essoufflement de Takashi Kitano. Un attachant duo de flics aux antipodes l’un de l’autre, un premier degré salvateur et quelques moments de violence très secs, font de cette virée au pays des mafieux japonais un bon moment de cinéma.

Autre occasion de se réjouir avec les retrouvailles avec ce bon vieux Renny Harlin. Mais pourquoi il nous parle du réalisateur d’Au revoir à jamais en pleine compilations asiatique ? Ben parce que notre géant finlandais préféré est parti depuis quelques temps s’exiler à Hong Kong pour trouver une liberté de filmer qu’il n’avait plus depuis longtemps à Hollywood ou tout simplement se la couler douce. Son Bodies at rest est loin d’être un grand film mais c’est ce que le monsieur a fait de mieux depuis quasi 20 ans et Peur bleue (aka le quasi meilleur film de requins au monde qui n’est pas réalisé par Spielberg). Et c’est surtout l’occasion de revoir le cinéaste s’amuser à remaker Piège de cristal et 58 minutes pour vivre au sein d’une morgue. Généreux dans l’effort, multipliant les rebondissements, n’hésitant pas à sacrifier salement certains de ses personnages en cours de route, Renny Harlin retrouve un peu de son lustre d’antan et ça fait bigrement plaisir.

La générosité dans l’effort, ça ne paye pas toujours comme l’attestent les deux films coréens, Take point et The Witch : Part 1 The subversion. Dans deux registres différents (le thriller d’action, le film d’horreur sous influence X-men), les œuvres échouent dans leur désir d’en mettre plein la vue. Si l’action s’emballe bien trop tardivement dans The Witch (il faut attendre presque 90 minutes pour que cette lointaine cousine de Charlie de Stephen King lâche enfin la toute-puissance de ses pouvoirs sur ses ennemis), elle commence plutôt rapidement dans Take point mais le fait dans un bordel narratif des plus horripilants malgré quelques tentatives d’idées visuelles originales (adeptes de la GoPro, vous allez avoir des idées de filmage).

Take Point
The Witch

Nettement moins excitante fut la sélection venue de l’est avec deux films russes atroces en la personne de Quiet comes the dawn (vainqueur du prix officieux du plus grand nombre de blagues cinglantes durant la projection), slasher pseudo intello doté d’un twist à la bêtise absolue et d’un univers qui lorgne sans aucune retenue sur Freddy Krueger et The soul conductor et son ridicule univers de fantômes sous influence Sixième sens (on peut spoiler les films après 20 ans) malgré l’abattage constamment premier degré de la jeune et jolie comédienne, Aleksandra Bortich. Autre film de l’est mais cette fois hongrois, X-the exploited et ses déjà cultes plans inversés dont on cherche encore la signification, prend comme point de pompage un autre Sixième sens mais celui de Michael Mann cette fois (Manhunter en VO) avec son inspectrice qui est capable de ressentir une scène de crime comme personne d’autre au point de voir des meurtres là où ses collègues pensent à des suicides. Ce qui aurait pu donner lieu à un efficace thriller devient très vite une abominable enquête où tous les spectateurs ont environ cent coups d’avance sur l’héroïne. Sans les vannes de nos amis belges dans la salle, on aurait roupillé sans en connaître le dénouement. On ne sait pas si pour le coup, il faut leur dire merci !

Parmi les grosses déceptions, il y a eu Cut off. Cela fait 14 ans et la découverte de son épatant thriller Antibodies que l’on espère que Christian Alvart puisse confirmer son potentiel. Après une carrière ratée à Hollywood (les mauvais Pandorium et Le Cas 39), le bonhomme est retourné dans son Allemagne natale et enchaîne les commandes oubliables au mieux (Mission Istanbul qui ferait presque passer Taken 2 pour un bon film). Avec ce nouveau thriller mou du genou et doté d’un scénario qui atteint des niveaux de crétinerie nucléaire, notamment quand l’identité du tueur et ses motivations sont révélées, il est temps de se faire une raison : Christian Alvart va rester l’homme d’un seul film. Et dire qu’il prépare un reboot de Django. On ne peut toutefois pas dire plus de mal d’un père qui a nommé ses enfants, Rocky, Django et Ferris.

On finira ce tour d’horizon du BIFFF 2019 avec la bonne surprise d’un thriller espagnol en huis-clos particulièrement tordu et violent, Feedback, l’action sous forme de vengeance en mode #Meetoo se déroulant dans l’original décor d’un studio d’enregistrement de radio, le plaisir de voir la beauté fulgurante d’Olga Kurylenko dans l’ambitieux mais bancal The Room de l’auteur de Renaissance, et la réconciliation avec Harmony Korine (oui je déteste Spring Breakers) avec le délirant et déjanté The Beach bum où Matthew McConaughey est littéralement on fire bien accompagné par des partenaires de jeu à l’unisson (Isla Fisher, Snoop Dogg, Martin Lawrence, Jonah Hill, Zac Efron).

The Room

Dire que l’on reviendra l’an prochain est un doux euphémisme tant tout concorde à faire du BIFFF un événement cinématographique incontournable dans la vie d’un cinéphile. L’essayer, c’est vraiment l’adopter. Et si les mots ne vous ont pas convaincu, on vous laisse avec ces images qui résument parfaitement la passion et la folie que l’on a pu vivre durant ces 10 jours mémorables.

PS : on n’oubliera pas de signaler que le BIFFF possède le meilleur catalogue de festival au monde. Un régal à lire avant de découvrir les films tellement il vend du rêve et un régal à lire après pour se rendre compte à quel point les auteurs doivent carburer à une Troll magique pour parvenir à avoir autant d’imagination.

PALMARES

Compétition internationale
Corbeau d’or : Little monsters d’Abe Forsythe
Corbeau d’argent: Freaks de Adam B. SteinetZach Lipovsky
Corbeau d’argent : Extraordinary de Mike Ahern etEnda Loughman
Mention spéciale de Steve Johnson: The Pool de Ping Lumprapleng

Prix du public
One cut of the dead de Shin’ichirô Ueda

Méliès (compétition européenne)
I’m back de Luca Miniero

Compétition 7ème Orbite
Werewolf d’Adrian Panek
Mention spéciale à Cities of the last things de Wi Ding Ho

Prix de la critique
The Pool de Ping Lumprapleng

Compétition Thriller
Door locke de Kwon Lee
Mention spéciale à Brother’s nest de Clayton Jacobson

@ Laurent Pécha

Par Laurent Pécha le 8 mai 2019

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