[Dossier] Steven Seagal : radiographie d’un phénomène

DOSSIERS | 29 mars 2014 | 4 commentaires
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Steven Seagal est un cas véritablement à part dans la grande histoire du cinéma. Un animal comme lui, la faune du septième-art n’en compte qu’un. Tant mieux diront certains et tant pis affirmeront d’autres, regrettant notamment que l’acteur ne tourne plus dans de grands films. Et par grands il faut comprendre ici, de ceux qui sortent au cinéma. Depuis ses débuts fracassants devant la caméra en 1988, avec Nico à aujourd’hui, où il ne tourne plus que des DTV complètement nazes en sabordant à peu près tous les projets un tant soit peu intéressants qu’on lui propose (Expendables est le meilleur exemple), Seagal s’est aussi distingué par d’autres faits d’armes. Il est entre autres choses devenu shérif et s’est aussi tourné vers la télévision.
Pourtant, derrière l’acteur se cache une personnalité complexe. Un homme dont le visage, impénétrable, cache un passé aussi dense que mystérieux. Un homme ténébreux, détenteur d’un savoir-faire mortel. Le genre de type à mettre les pieds où il veut et surtout capable de boire un bidon d’essence pour pouvoir pisser sur votre feu de camp.
Né le 9 avril 1952 à Lansing dans le Michigan, Steven Seagal est une énigme. Un être subtil et affable, avenant et curieux de tout. Ou pas. Retour en cinq points sur l’homme, sur l’acteur, sur l’athlète, sur le musicien…

La légende dit qu’à sa venue au monde, Steven Seagal, déjà détenteur d’un merveilleux catogan, aurait tranché de ses propres dents (il en avait déjà oui) le cordon ombilical, avant de faire une superbe clé de bras au médecin qui avait eu le culot de le tirer d’un sommeil profond.

Quelque-part, au Japon, les sages, en observant le ciel, croyaient au même moment, lire dans les étoiles la venue d’un enfant prodigue. D’un gamin venant du Nouveau Monde, qui à force d’efforts et de persévérance, finirait par surpasser les plus grands maîtres en arts-martiaux pour en devenir un lui-même…

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Plus sérieusement, Steven Seagal, à l’instar d’Arnold Schwarzenegger et de Jean-Claude Van Damme, a tout d’abord brillé dans le sport, avant de connaître la gloire hollywoodienne. Plutôt maigrelet mais très grand (1m93), l’américain ne s’est pas tourné dans un premier temps vers l’aïkido.
Contrairement à ce que ses rôles (et ses propos) peuvent laisser penser, Steven Seagal est d’origine irlandaise. Rien ne le disposait à s’intéresser naturellement à l’aïkido si ce n’est une fervente passion pour l’Asie. Rapidement donc, il se met au kung-fu, puis à l’aïkido. Discipline qu’il apprend sous la tutelle du maître Rod Kobayashi, à savoir le président de la fédération d’aïkido des états de l’est. Rien que ça ! Vraiment doué, Steven Seagal devient vite une référence et exécute des démonstrations. Il est notamment promu par Sensei Kobayashi au grade de shodan au sein de l’école Shin Shin Toitsu Aikido (Les spécialistes sauront qu’il s’agit d’un grade plutôt élevé.), mais Steven préfère rester dans son organisation. En parallèle et tout au long de ses premières années en tant qu’acteur, Steven Seagal expérimentera d’autres disciplines comme le kung-fu, le karaté ou encore le kenjutsu (escrime japonaise). Insatiable, Steven connait la consécration dans le milieu en obtenant le titre de Saumon Agile. Ce qui est très sérieux (malgré le côté ridicule de l’appellation) vu qu’il est le seul occidental détenteur de ce titre.
Alors âgé de 19 ans, Steven s’envole pour le Japon afin de parfaire son apprentissage. Nous sommes en 1971. Il ne reviendra aux États-Unis qu’en 1983. Et c’est à ce point précis de sa vie que les choses prennent un tournant pour le moins confus et abracadabrant.
Ce que l’on sait au sujet des années japonaises de Steven Seagal, c’est qu’il se maria avec une autochtone répondant au doux nom de Miyako Fujitani, qui lui donne deux enfants. Son beau-père lui lègue à cette période un dojo faisant de Seagal le premier occidental à en diriger un. Steven n’a alors aucun problème pour faire tenir son pantalon tant les ceintures (noires) s’accumulent dans son dressing. En aïkido bien sûr, où il excelle, mais aussi en karaté, kenjutsu, judo ou kendo. Steven Seagal est une arme de destruction massive à lui tout seul. C’est d’ailleurs le seul occidental à atteindre un tel niveau en aïkido, sa discipline de prédilection.
Au Pays du Soleil Levant, Steven Seagal, que l’on appelle aussi Take Senseï, se gave de savoirs et s’imprègne de tout les connaissances qui gravitent autour des arts-martiaux. Il maîtrise sur le bout des doigts tout ce qui touche à la macrobiotique, aux différents rituels shintoïstes, bouddhistes, ou encore à la calligraphie japonaise. Voilà pour l’histoire !

La légende elle, est beaucoup plus généreuse et la plupart du temps alimentée par Saumon Agile lui-même. Si on le croit sur parole, le bougre n’aurait pas chômé au Japon, alors qu’il cumulait les titres et imposait sa vision des choses aux locaux respectueux devant tant de savoir et de sagesse.
Steven Seagal affirme par exemple qu’il fut vite recruté par la C.I.A. pour laquelle il bossait comme chasseur de primes. En parallèle, il aurait même tissé des liens étroits avec la mafia. Il sera d’ailleurs appelé à témoigner de nombreuses années plus tard dans le cadre d’un procès médiatisé. Nico, son premier film, est d’après Seagal, tout à fait autobiographique.
Cerise sur le gâteau, Saumon Agile aurait aussi farouchement participé à la lutte en faveur de la liberté du Tibet.
À ce sujet, il est intéressant de constater qu’en plus d’être l’acteur monolithique que l’on apprécie tant, et le musicien accompli qui ravit les mélomanes (on y reviendra plus tard), Steven est aussi la réincarnation d’un grand Lama tibétain. Au Tibet, on appelle ça un Tulku et ce titre lui aurait été donné par Penor Rinpoché, le maître de l’école bouddhiste tibétaine nyingmapa. Une info à prendre au conditionnel tant la vie et l’œuvre de Steven sont jalonnées de mystères et d’interrogations diverses et variées, voire parfois extrêmement farfelues et contradictoires.
Cependant, il est avéré que Steven Seagal est septième dan d’aïkido. Ce qui fait de lui une véritable sommité.

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Tout puissant au pays de ses maîtres, force de frappe mégalomaniaque, Steven Seagal décide de repartir chez l’Oncle Sam. Il divorce et prépare son passeport, des projets plein la tête.
Revenu au pays qui l’a vue naître, Steven fait étape au Mexique où il monte un dojo. Il fait pareil à Los Angeles, ce qui l’amène à coordonner les combats pour quelques films. Hollywood ouvre ses portes au Saumon le plus célèbre du monde, qui remonte le courant à vitesse grand V. La légende raconte qu’il casse carrément le poignet de Sean Connery, en lui montrant une prise sur le tournage de Jamais plus jamais. Pas démonté, Seagal ne se repose pas sur ses lauriers et passe à la vitesse supérieure et mettant à exécution l’étape suivante de sa palpitante carrière..

Que l’on aime ou pas Steven Seagal, il faut lui reconnaître son caractère unique. Oui, unique, c’est bien le mot ! Pourquoi ? C’est très simple : il s’agit du seul acteur de son calibre qui n’a jamais changé de registre. On peut même affirmer qu’il n’a jamais manifesté l’envie de le faire. Steven a toujours interprété le même personnage. Seul le nom a changé au fil des années… et le look, bien que si l’on fait abstraction des modes et des fluctuations capillaires et pondérales, pas tant que ça finalement. De Nico à Force of Execution, l’un de ses derniers DTV tournés à l’arrache, Seagal n’a jamais changé son fusil d’épaule.
Jean-Claude Van-Damme a tenté des incursions dans le drame (JCVD) pour se livrer à une introspection sincère. Le belge a aussi donné dans la comédie, tout comme Schwarzenegger et Stallone. Même Chuck Norris a dans une moindre mesure choisi de nuancer son image d’action man tout puissant, le temps de trips à la qualité relative (Top Dog, son apparition dans Dodgeball…).

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Alors qui est Steven Seagal au cinéma ? Dans ses films, Saumon Agile a tous les talents. Il sait se battre, peut réduire en miettes chacun des os qui composent le corps humain en un millième de seconde, mais aussi toucher le cul d’une mouche avec un simple pistolet à 500 mètres de distance.
Dans ses films, Steven est aussi quasi-invincible. Il se fait rarement frapper et quand cela arrive, sa peau n’accuse pas les coups. Les balles non plus n’ont pas vraiment d’effets, comme en atteste cette scène de Piège à Grande Vitesse qui voit Steven se faire toucher par un tir de sniper et continuer sa route comme si de rien n’était pour finir par exploser les dents au bad guy dans le wagon restaurant (ou un truc du genre).
Steven est un homme, un vrai. Il est grand, pas spécialement musclé, mais détenteur de compétences mortelles et d’une résistance à toute épreuve. Au cinéma, Steven Seagal est aussi doté d’un solide sens de l’humour qui lui permet de balancer des vannes à l’arraché, notamment après avoir porté le coup de grâce. À noter que le bougre manie aussi la provocation comme personne.
Autre détail super crucial : Steven aime camper des séducteurs ! Des bellâtres au cœur dur capables des plus grands exploits sexuels et qui finissent souvent par emballer la donzelle de service. Dans Échec et Mort, qui reste un cas d’école, Steven interprète un type qui passe tout le début du film dans le coma. Pas bien longtemps, car il reprendra vite du poil de la bête pour réclamer vengeance, mais suffisamment pour attirer l’attention d’une infirmière sexy sur ses attributs avantageux. Alors qu’il gît, barbu comme un ermite, sur son lit, l’infirmière en question regarde sous le drap et hallucine devant la taille de la matraque de Steven. Une scène importante car révélatrice de l’estime que se porte l’acteur. Des années après, cette observation sera toujours valable, et à le voir parader au milieu des nanas épatées par tant de charisme, on pourrait penser que le gus se prend carrément pour l’égal de George Clooney. What else ? Après tout, il a quand même emballé Sharon Stone dans Nico

Il est intéressant de constater un autre fait marquant concernant la filmographie de Steven : son immédiateté.
Quand tous les autres comédiens jouant dans la même catégorie (et même les autres) ont souvent cachetonné dans de petites productions ou à la télévision, Steven lui, est directement monté au filet avec Nico, son premier film, d’après lui largement autobiographique. Ce qui nous renvoie à l’épisode CIA et aux liens avec la mafia… (voir plus haut).
Schwarzie à fait Hercule à New-York, Stallone a carrément joué dans un pseudo porno et Van Damme dans une série Z érotique dans laquelle il campait un karateka gay. Chuck Norris lui, s’est fait casser la gueule par Bruce Lee, en restant au second plan.
Pas de ce genre de choses pour Steven. Sa première apparition à l’écran est là bonne. Nico est construit autour de son charisme et de son talent. Il tourne exclusivement autour de lui et n’est fait que pour le propulser parmi les étoiles hollywoodiennes. Nico, que Steven a co-écrit et co-produit, alors qu’il était dirigé par Andrew Davis qu’il retrouvera plus tard à l’occasion de Piège à Haute Mer.

Les marches de la gloire

Nous sommes en 1988 et Nico fait de Seagal une star. Il rapporte à la Warner plus de 18 millions de dollars, alors qu’il n’en a couté que 7,5. De quoi laisser les coudées libres à Saumon Agile pour la suite des évènements. Les films d’action ont la côte à la Hollywood et dans le monde. À cette époque, Seagal n’est pas encore l’égal des Stallone et des Schwarzenegger au box-office, mais il sait que ce n’est qu’une question de temps. L’aïkido, sa marque de fabrique, lui permet de se démarquer de la concurrence qui joue principalement sur les muscles.
Échec et Mort sort à peine deux ans plus tard. Il faut battre le fer tant qu’il est encore chaud. Avec cette histoire de vengeance, Steven explose le box-office. Dans le monde, le film cumule plus de 90 millions, pour un budget de 10. Le style Seagal s’affirme et met en avant les arts-martiaux, l’humour vache et une violence faite de bras cassés et de head shots. L’Amérique s’est trouvée un nouveau justicier en Seagal qui incarne la parfaite synthèse entre Charles Bronson et Bruce Lee. De plus, et même si il affirme à qui veut l’entendre qu’il est italien, indien ou encore japonnais, il s’agit d’un américain élevé au grain. Un vrai de vrai jamais bien loin de son flingue !
La même année, en 1990, sort Désigné pour mourir. Là encore, BOUM !, c’est le carton. Le film atteint la barre des 100 millions (pour seulement 12 millions de budget). Steven casse du dealer jamaïcain au son de Jimmy Cliff. Bien installé sur son trône flambant neuf, Steven jubile et contemple ses fans, l’œil affuté et les cheveux merveilleusement huilés.
Vient le temps de Justice Sauvage, de John Flynn. Moins rentable que Désigné pour mourir, ce long-métrage brutal marche néanmoins suffisamment pour confirmer le statut de Steven au paradis des movie stars. Beaucoup (dont l’auteur de ces lignes) le considèrent comme son meilleur. À sa façon, c’est celui qui cristallise le mieux, et sans fioritures, le style de l’acteur, en ne souffrant d’aucune concession.
L’année suivante voit Steven embrasser son destin avec toute la grandiloquence nécessaire. Il devient Casey Ryback, ce cuistot badass et taquin, redoutablement mortel pour ceux qui ont le tort d’y chercher des noises. Piège en Haute Mer, vu que c’est de lui que l’on parle, est pour ainsi dire le premier blockbuster de la star au catogan. Le triomphe est total à sa sortie et le métrage d’Andrew Davis cumule au final plus de 150 millions de dollars (35 millions de budget).
Ryback devient le personnage le plus emblématique de Seagal et une suite est immédiatement envisagée, histoire de ne pas laisser le filon s’épuiser.
Cependant, avant, Seagal tient à réaliser un vieux rêve en passant derrière la caméra. Terrain Miné sera donc le premier film du cinéaste débutant et à ce jour, il s’agit du seul. Il faut dire que les choses n’ont pas vraiment pris la tournure espérée par Steven. Investi d’une mission, il envisage son film comme un gros blockbuster d’action, doté d’une conscience écologique. Également au générique, il se filme en train d’interpréter un employé d’une grande entreprise spécialisée dans l’extraction du pétrole en Alaska. Un type qui s’aperçoit que son boulot nuit gravement à l’environnement et aux populations locales. Un type qui change de bord pour protéger les faibles, sauver les petits animaux, la nature, et potentiellement exploser les dents à ceux qui se mettront sur son chemin. En dehors de son flop au box-office, le film contient l’une des plus mythiques répliques de la filmographie de Saumon Agile. Une réplique parfaitement représentative du personnage que Seagal s’évertue à décliner film après film.

Rétrospectivement, on peut raisonnablement considérer Terrain Miné comme le début de la fin pour Steven Seagal, car il s’agit de son premier échec. Un échec qui produit sur sa carrière un effet domino des plus dévastateurs…
Pour l’heure néanmoins, au beau milieu des années 90, Steven décide de rempiler et enfile à nouveau les bottes de Casey Ryback pour la suite de Piège à Haute Mer. Sorti de son porte-avion, il embarque ce coup-ci dans un train. Un train qui, comme le titre du film le suggère, est un véritable Piège à Grande Vitesse. Entre temps, Andrew Davis a quitté le projet, remplacé par un certain Geoff Murphy. Au box-office, les nouveaux exploits du cuistot font recette. Pas autant que jadis mais suffisamment pour coller la banane aux producteurs et au studio.
Objectivement, le film en lui-même, qui se résume à une énième variation de Die Hard dans un train, n’est pas aussi bon que le précédent, mais il reste efficace. Surtout si on ferme les yeux sur les bastons volontairement accélérées qui quoi qu’on en pense trahissent une première faille dans la forme physique de l’acteur, et surtout dans la motivation dont il fait preuve dans ses projets cinématographiques. Et non, cela ne va pas aller en s’arrangeant.

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Le début de la fin

Ultime Décision, son film suivant, est à marquer d’une pierre blanche. En effet, dans sa filmographie, ce long-métrage fait office d’exception pour la simple raison que Steven n’y joue non seulement pas le rôle principal (tenu par Kurt Russell), mais qu’en plus, il y périt d’une façon on ne peut plus surprenante. Viennent ensuite L’Ombre Blanche, où Steven fait équipe avec Keenan Ivory Wayans, et qui s’apparente à une variation coup de boule de Se7en, puis l’écolo Menace Toxique qui voit Steven écouter Hendrix tout en poursuivant une mission à nouveau tournée vers la protection de l’environnement. On passe ensuite directement au jubilatoire Hors Limites, à savoir le dernier « vrai bon film d’action » de Steven. Dirigé par le réalisateur de Roméo doit mourir, Andrzej Bartkowiak, Steven est encore en canne et peut se permettre de prendre part à l’aventure avec un minimum de crédibilité. Opposé notamment à DMX et à l’imposant Michael Jai White, le Saumon Agile habite ce thriller bourrin, totalement bas du front mais mené tambour battant. Un uppercut à prendre au second degré, qui marque la fin des haricots pour Steven.

Le Roi de l’action discount

Dès lors, et si on fait exception du bidon Mission Alcatraz qui a connu les honneurs d’une sortie en salle, Steven se réfugie dans des productions poussives. Des films aux titres très explicites, comme Un aller pour l’enfer, Piège au soleil levant, Piège en eaux profondes, Double Riposte, Attack Force, Urban Justice, Jeu Fatal, Shadow Man, Vol d’enfer ou Rendez-vous en enfer, pour des œuvres dans lesquelles Steven n’apparaît quelque fois que lors d’une poignée de scènes (alors que sa tronche figure plein fer sur l’affiche) et se voit doublé lors des bastons, histoire de ne pas avouer publiquement son incompétence manifeste à faire les mêmes trucs que jadis. À l’instar du Chuck Norris de Walker Texas Ranger, le Steven 2.0 nous ressort toujours les mêmes coups, casse quelques bras au passage pour faire bonne mesure, et radine sa fraise, sa moumoute, et son désormais célèbre costume noir, lors d’échanges pas musclés du tout, indignes de sa légende et de son talent.
Il semblerait qu’actuellement (mars 2014), Steven campe à nouveau dans un de ses pays d’adoption favoris, la Roumanie, pour tourner un long-métrage nommé Absolution. Un tournage qui devrait durer 3 semaines. Une durée qui en dit long sur le peu d’espérances qu’il est bon de fonder au sujet de tout ce que tourne l’acteur.
Il ne faut bien évidemment pas oublier Machete, de Robert Rodriguez, où Steven campe un vrai rôle de méchant. Un film complètement borderline, construit sur les codes du grindhouse, qui a donné à Steven l’occasion de végéter en proférant de vagues menaces à l’encontre de Danny Trejo, entouré de nanas en bikini, avant d’enfin lever son cul de sa chaise pour se livrer à un duel au sabre très décevant compte tenu de ses capacités.

Si tous ses films récents se voient dirigés automatiquement dans les bacs DVD des supermarchés et donc superbement ignorés par la plupart des médias, il reste étonnant de constater que l’ex champion des tatamis conserve un contingent de fans très actifs. Comment peut-on lui pardonner de se gâcher depuis tant d’années dans des produits totalement indignes de son curriculum ? On parle quand même d’un véritable athlète. Un champion incontesté. Un mec qui ne prend même plus la peine de se battre correctement dans des films qu’il torche à la va-vite, en compagnie de techniciens je-m’en-foutistes dans des pays proposant des tournages discount. Comment peut-on louer ses mérites dans ces conditions ? Car il suffit de regarder Nico, Justice Sauvage ou même Hors Limites, puis, l’instant d’après, de se passer un épisode de True Justice ou une scène prise au hasard de n’importe lequel de ses navets, pour voir la différence ! Une différence énorme qui illustre la fainéantise révoltante de Steve Seagal. Ok, il n’a jamais particulièrement brillé par son jeu d’acteur, mais au moins, avant, il donnait à son public de quoi jubiler. Il montrait ce qu’il avait dans le bide. Maintenant, Seagal a enclenché le pilotage automatique et dort sur ses lauriers. Et je vous dis pas la gueule des lauriers en question…

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Impossible pour finir ce chapitre, de ne pas enfoncer le clou en abordant l’épineuse question d’Expendables. Depuis le début de la saga, Sylvester Stallone a essayé d’engager Steven. Sans succès. Pour le troisième volet, on y croyait presque. Les choses semblaient avancer. Désormais, tous les acteurs ayant officié de manière conséquente dans l’action, pendant les années 80 et 90, ont fait un passage dans Expendables. Même Wesley Snipes, qui sort pourtant fraichement de taule pour fraude fiscale. Schwarzenegger a opéré son retour dans Expendables. Même Harrison Ford et Mel Gibson ont accepté l’invitation de Sly. Mais pas Steven Seagal, qui quoi qu’il arrive, subit toujours les dommages collatéraux de son égo sur-dimensionné. Alors oui, on parle de lui pour le quatrième épisode. Une nouvelle arlésiene commence avant qu’on apprenne probablement qu’il n’en sera rien. Que Seagal a préféré aller tourner un truc du genre Ultime Menace en Eaux Tièdes, en Roumanie, en compagnie d’apprentis comédiens. Histoire de régner sur un casting, quelque soit le casting. Histoire de ne pas à rester dans l’ombre d’autres vétérans qui ont bien mieux géré leur carrière que lui. Histoire de ne pas avoir à subir les conséquences de mauvaises décisions et histoire d’éviter le retour de bâton. Dans sa zone de confort, Steven est le roi et ses réactions prouvent que quoi qu’il en soit, lui, dans sa tête, pense toujours qu’il est le meilleur et que le monde du cinéma tourne comme si on était toujours en 1990. En français, Expendables signifie remplaçable. Steven n’est pas remplaçable…

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Steven Seagal n’est pas un grand acteur. Pas un comédien de composition en tout cas. Quand on parle de jeu monolithique, il s’impose comme l’exemple parfait. Les affiches de ses films le prouvent bien : l’acteur y affiche toujours la même expression. Les yeux vaguement plissés, la bouche fermée sur un air déterminé, et les cheveux attachés en catogan. Steven Seagal ne sait pas jouer le doute ni la surprise. Résultat, ses personnages ne doutent jamais et ne sont jamais surpris. Il sourit ou il fait la gueule, point barre. Et ce schéma, trouvé sur internet d’illustrer à merveille les techniques de ce comédien figé pour l’éternité. Tel un Playmobil ou un Lego, Steven traverse les âges en affichant une expression constante. Une sorte d’illustration d’une zenitude à l’épreuve de tout, y compris des émotions humaines les plus basiques.

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Steven Seagal incarne souvent dans ses films cet ultime rempart qui protège les honnêtes citoyens des immondes raclures. Ce type qui peut mettre en échec 30 gars lourdement armés, et qui veille au grain pour protéger nos libertés individuelles.
Le truc, c’est que dans la vraie vie, Steven œuvre aussi pour le maintien de la paix et l’application de la loi. C’est du moins ce qu’il veut nous faire croire quand il tourne la série-réalité The Lawman en 2009…
Une série qui nous apprend que Steven est depuis 25 ans shérif adjoint réserviste de la ville de Jefferson Parish en Louisiane. Dès qu’il a 5 minutes, le Saumon Agile enfile son uniforme et part patrouiller dans les rues infestées par la racaille, avec ses potes policiers.
Trésor de la télévision américaine, diffusé en France et publié depuis en coffret DVD, The Lawman nous permet de découvrir une nouvelle facette de l’égo sur-dimensionné de Steven Seagal. Non content de tourner des films, de voyager à travers le monde pour dispenser sa morale, de faire des arts-martiaux et des concerts (voir le chapitre suivant), Steven est flic. Réserviste certes, mais flic quand même. A-t-il vraiment le temps de faire correctement son boulot ou a-t-il orchestré volontairement ce petit manège pour s’auto-brosser dans le sens du poil ? Mystère, bien que dans les faits, on aurait nettement tendance à opter pour seconde option.

Quoi qu’il en soit, dans The Lawman, Steven arrête des méchants. Il passe la majorité de son temps en bagnole à se la raconter auprès de ses collègues, et fait des leçons de morale à de petites frappes. On le voit tirer au flingue sur des cibles, manger des sushis et jouer de la gratte devant une assemblée acquise à sa cause. Rien de très palpitant, mais beaucoup de trucs marrants quand même. Tout particulièrement lors de petits passages clés, comme celui qui voit un type fraichement interpellé dire à notre policier superstar qu’il ressemble à Steven Seagal. Ce à quoi Steven répond : « on me le dit tout le temps ».

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Surfant à fond sur la mode de la télé-réalité, The Lawman tend à prouver que les mots constituent des armes bien plus puissantes que les armes. C’est du moins ce qu’on se dit quand on voit Steven bien pépère, le cul vissé sur son fauteuil. Jamais ou presque il ne passe à l’action et il ne faut surtout pas s’attendre à le voir faire des clés de bras assassines aux dealers qui infestent les rues sombres de Louisiane. Rien de mémorable en somme, mais plutôt une sorte de bouffonnerie parfois jubilatoire pour tous les fans hardcore et/ou déviants (ce qui est le cas de l’auteur de ces lignes) de la star de cinéma déchue.

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Même quand il joue avec BB King, Steven ne peut pas s’empêcher de tirer la couverture à lui.

Aucune ironie dans ce titre. Steven Seagal est véritablement un excellent guitariste ! Bien sûr, il le reconnaît lui-même volontiers, mais d’autres se chargent aussi de souligner ce talent pour le moins inattendu. Billy Gibbons, de ZZ Top par exemple, qui déclare, alors que Steven sort son premier album, qu’il n’a jamais vu de guitariste aussi talentueux depuis Jimi Hendrix.
Tranquillement, assis sur une chaise ou un tabouret, Steven gratte son instrument, sans médiator, et dispense un blues old school du plus bel effet.


Son premier album, intitulé Songs From The Crystal Cave, sort en 2004 et se voit récompensé en France par un Disque d’Argent. En 2006, Steven récidive avec Mojo Priest.
Moqué, Seagal reste un excellent musicien. Il ne révolutionne pas le blues mais propose une musique pure, très sensitive, pouvant en outre compter sur un backing band très respectable, à savoir le Thunderbox. Et en plus, il chante relativement bien. Il sera en tournée cet été, et passera par la France (le 2 juillet au festival Cognac Blues Passion).

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À force de brouiller les pistes concernant son passé, Steven Seagal s’est construit un personnage public plein d’ambiguïté. Régulièrement, il revient dans l’actualité, à l’occasion d’associations malheureuses ou d’accusations franchement limites. Qu’en est-il en réalité ? Lui seul le sait.

Il y a par exemple cette affaire d’esclave sexuelle. Steven aime les femmes et apparemment, si on en croit cette jeune fille de 23 ans, il ne serait pas spécialement à cheval sur l’équité et sur le respect qu’il convient de porter à la gent féminine.
L’affaire se déroule pendant le tournage de la série réalité The Lawman. Une certaine Kayden est embauchée pour assister la star. Ce qu’elle pense être une succession de tâches banales se transforme selon ses dires, en cauchemar, quand Steven tente d’abuser d’elle. Elle prétend que ce dernier garderait sous le coude, et ce en permanence, deux jeunes femmes, pour le satisfaire sexuellement et répondre à tous ses besoins. Kayden cite plusieurs exemples et finit par porter plainte pour harcellement sexuel et trafic d’êtres humains. Cette dernière mention faisant référence à l’autre fille, que Kayden a rencontré chez Seagal, dont le rôle était aussi de subvenir aux demandes graveleuses de son boss.
Le but n’est pas ici d’accabler Steven Seagal. Ce n’est pas la première fois qu’une star est accusée de ce genre de choses et parfois, il s’avère que la personne qui profère ces accusations, ne désire qu’attirer les projecteurs.
Cet exemple, pour le coup pas du tout isolé, illustre par contre relativement bien le halo de mystère qui entoure Steven Seagal.

Il y a aussi cette interdiction de fouler le sol français dûe au fait que Steven ne se sépare de son arme à feu. Aujourd’hui ce n’est plus le cas, mais pourquoi pensait-il avoir besoin d’un flingue ? Apparemment, cela aurait un lien avec l’implication de Seagal dans les affaires de la mafia. Et il est en effet reconnu qu’en 2003, le parrain Peter Gotti fut condamné pour tentative d’extorsion de fond sur la star.

Vrai ou faux, il est par contre certain que parfois, Steven est complètement à la ramasse. Son dernier coup d’éclat ne date que de quelques semaines et est en relation directe avec les évènements qui agitent la vie politique russe et qui ont de multiples répercutions sur la géopolitique mondiale.
Car oui, Steven est passé à l’Est. Un peu comme Dennis Rodman, qui est dans les petites papiers du dictateur nord-coréen Kim Jon Un, Steve est copain comme cochon avec Vladimir Poutine. À l’instar de Depardieu, Seagal aime tailler le bout de gras avec Poutine, qui ne se prive pas d’utiliser à bon escient ses relations « prestigieuses » dans le cadre de sa stratégie de communication. À noter que manifestement, Poutine n’a pas vu les derniers films de Seagal…

Seagal-Poutine

C’est ainsi que les médias russes interrogent Seagal concernant diverses questions liées à la Russie. La chaîne pro-Poutine a encouragé Steven a partager son expertise sur la question de possibles attentats pendant les Jeux Olympique de Sotchi. Ce dernier a vite rassuré son monde en assurant que le danger était quasiment nul. Steven a même demandé publiquement (toujours par le biais des médias) à Obama d’opérer fissa un rapprochement avec son homologue russe et son « merveilleux » leadership. Comme si Obama en avait quelque chose à faire d’un acteur has been qui s’improvise expert politique du jour au lendemain.
La stratégie de Poutine consiste notamment à s’entourer des célébrités qui veulent bien lui prêter crédit. Steven a mordu à l’hameçon. À défaut de briller dans des films que personne ne voit, il parle à la télé et défend ses potes russes dans leurs actions coup de poing, en forme de bras d’honneur à la face du reste du monde. Poutine aurait même souhaité que le peuple russe s’inspire de la « dureté » de Steven…

Un parti-pris d’autant plus regrettable que parallèlement, Steven mène aussi une belle carrière de philanthrope en aidant notamment les enfants malades.

Encore une fois, le but n’est pas ici de faire le procès des actions de Steven Seagal dans le cadre de sa vie privée. Pour le moment, la justice n’a pas tranché concernant les faits qui lui sont reprochés et ce n’est pas notre rôle de le faire.
Que les choses soient claires. Steven Seagal a marqué l’histoire du cinéma d’action. Si il a rapidement sombré dans les tréfonds d’une nullité qui peut s’avérer néanmoins très divertissante, il a suffisamment tourné de bons films d’action pour voir son nom figurer au Panthéon des héros du genre. Véritable expert incontesté des arts-martiaux, il jouit d’un statut réellement particulier. À ses débuts, Steven ne faisait pas semblant. Tout ce qu’on le voyait faire dans ses films, il savait vraiment le faire. Et plus encore.
En musique aussi, Steven gère grave. Grand guitariste pas vraiment reconnu du grand public, il ne fait pas semblant et en connait un rayon.

Pour le reste, c’est une autre histoire. Le brouillard qui entoure l’homme se lèvera-t-il un jour ? Pas sûr que ce soit préférable au fond…

Toute l’actu de Steven Seagal sur Facebook : https://www.facebook.com/StevenSeagalFrance?fref=ts

@ Gilles Rolland

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Par Gilles Rolland le 29 mars 2014

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Arnaud
Arnaud
6 années il y a

Bonjour,

Merci d’avoir mis un lien vers ma page facebook (steven seagal france).

malican
malican
6 années il y a

Salut,
Pour ta gouverne, shodan équivaut à un 1er Dan! Et c’est loin d’être un niveau élevé. Que dire alors d’un 4ème voire d’un 5ème Dan ce dont je suis, je suis alors un maître accompli! L’Aîkido se dit invincible! Surtout l’Aïkido français! Je me fend la pipe! C’est juste bon à essayer d’esquiver des coups mais si tu t’en prends un tu pleures ta mère!

Ben
Ben
4 années il y a

Bonjour je voudrais savoir quelle sont vos secret de pratique spirituel qui vous permet d’être actif attentionnée motiver très fort puissant qui mettrise sa peur et quesque vous aviez appris en ar martiaux au Japon ver quelle ville exactement et quesque vous aviez appris au Tibet avec quelle moine bouddhiste et même parmi des invocations incantations très puissant et très riche en spiritualité du corps à l’esprit et qui vous permet de bien mettriser vos sixième sens car il faut que je le sache pour pouvoir arriver dans mon côté à metriser complètement car je reste en quête de la spiritualité très fort puissant riche intérieurement merci à vous cas je vie en France et je regarde vos différents films qui m’inspire beaucoup et je suis très touchée de l’histoire vrai quand ont n’a voulu vous tuer pendant que vous étiez à l’hôpital et dans ses moments là vous étiez très jeune sur tout merci de m’écrire et me répondre rapidement .

jim
jim
1 année il y a
Répondre à  Ben

L’article ne fyt pas écrit par Steven SEAGAL. Il ne te répondra pas Ben.
Artcle bien écrit.