[Interview] Yann Danh nous présente À Tout Prix !

DOSSIERS INTERVIEWS | 26 février 2013 | 2 commentaires

Depuis la création du site, nous nous efforçons de rencontrer de jeunes réalisateurs/acteurs qui évoluent en marge des gros circuits et qui proposent parfois de véritables petites pépites. Après l’équipe de Delirium Tremens ou encore Nicolas Cliet-Marrel et son 2079 : Fortune Teller, c’est Yann Danh qui a attiré notre attention, justement par le biais de Maximilien Poullein, le premier rôle de Delirium Tremens et comédien de premier plan en devenir.
Yann Danh et son cour-métrage À Tout Prix, déjà auréolé d’une sacrée réputation, tout à fait méritée.

Un film qui suit donc trois hommes qui, pour éviter de sombrer dans la précarité, décident de séquestrer leur ancien patron dans une maison isolée et de demander une rançon pour sa libération. Rapidement, leur requête est rejetée… Ce qui incite les kidnappeurs à avoir recours à la torture pour se faire entendre…

Capture d’écran 2012-05-15 à 19.37.38

Pur thriller matinée d’une réflexion sociale dans l’air du temps, À Tout Prix se démarque par la qualité d’une réalisation au cordeau, extrêmement soignée. Doté d’une grande maîtrise technique, d’un goût certain et d’une passion pour le cinéma à toute épreuve, Yann Danh s’est aussi entouré d’une escouade de comédiens investis dans un projet qui ne pouvait qu’affoler la toile. Résultat, le court-métrage est à la fois ultra chiadé, d’une précision redoutable dans le découpage et l’écriture, mais aussi terriblement nerveux dans sa progression scénaristique. Un scénario à tiroirs qui arrive, en quelques minutes, à faire passer beaucoup d’idées à l’écran, sans y sacrifier leur force évocatrice. En soi, autant de raisons évidentes de poser quelques questions au réalisateur derrière ce projet.

Yann-photo2

Bonjour Yann ! Tout d’abord, un grand merci de m’avoir permis de découvrir ton film, À Tout Prix, et merci d’avoir accepté de répondre à mes questions.
À Tout Prix qui m’a d’ailleurs impressionné. Sur la forme tout d’abord, ultra aboutie pour un projet au budget à priori modeste.
Comment appréhende-t-on la production d’un tel film, aux ambitions et à l’allure professionnelles ?
Grosse préparation : repérages, découpage, storyboard, plans au sol…
De plus avec Vincent Vieillard Baron (le Chef op) on a bien fait attention aux décors, aux couleurs, aux matières… Nous avons pris soin d’effectuer une vraie direction artistique pour le film. Nous avons eu de nombreuses réunions avec Vincent pour bien tout penser… Envisager… Avant le tournage.
Idem avec le cast.
Avec le trio, Franck Sarrabas – Pascal Hénault – Simon Frenay, nous avons beaucoup répété. Ça a permis de tester des choses, revoir des choses… et surtout d’être paré pour le tournage. On savait qu’on aurait peu de temps pour essayer par la suite. Donc on a tenté de tout passer en revue en amont et d’éviter les mauvaises surprises… Même si elles arrivent toujours ! Hahaha !

Ta réalisation est pour le moins dynamique, pensée jusqu’au moindre détail, sans pour autant s’inscrire dans une démarche purement tape à l’œil. Une caractéristique que l’on retrouve notamment dans les clips que tu as réalisé pour les rappeurs Alss et Chaad. Peux-tu nous en dire plus…
Merci beaucoup. J’essaie juste de faire le cinéma qui m’a fait le plus vibrer et ça passe par une exigence formelle.

Pour revenir au rap, te sens-tu proche de cette scène musicale en particulier ou est-ce le fruit du hasard si tu as surtout illustré des morceaux d’artistes rap/hip-hop ?
J’ai grandi dans les 80’s… Et j’ai adoré le hip-hop. Maintenant je n’ai pas fait de choix. Les clips que j’ai réalisés, sont ceux que l’on m’a proposé … et j’avais surtout une relative grande liberté. J’ai envisagé ces clips comme des petits films et de véritables terrains d’expérimentations pour mes films à venir.
On avait souvent très peu d’argent. Mais idem que sur mes films : on a tenté de pousser l’enveloppe le plus loin possible et de se faire plaisir !

Le discours de À Tout Prix est très concerné. Totalement en phase avec un contexte social difficile. Est-ce que le fait de dénoncer les travers de la société est indissociable de ta démarche artistique ?
Je suis très fan d’un certain cinéma « politique » – le cinéma de Costa Gavras par exemple ou d’Oliver Stone. Mais j’avais l’envie de faire un thriller avec un fond social en réaction à mes 10 dernières années passées dans notre beau pays.

A TOUT PRIX – TEASER from Yann Danh on Vimeo.

N’as-tu pas peur avec À Tout Prix d’être taxé de démagogie, notamment par rapport à l’attaque en règle contre les grands patrons, plusieurs fois traitée dans le cinéma, mais aussi la musique ou la littérature ? En quoi, selon toi, le discours de ton film se démarque ?
Non ça ne m’inquiète pas. Surtout que je ne pense pas que le film soit une attaque à l’égard des patrons d’ailleurs. Il est lui-même (le patron du film ndr) une « victime »… Maintenant si les gens veulent en discuter tant mieux… J’espère surtout faire réagir le public de façon individuelle. Pour moi le problème aujourd’hui dépasse la question : patrons vs. employés… on est arrivé à un point où le chacun pour soi l’emporte… Et c’est plus ça qui me terrifie, m’angoisse, voire me met en colère… et si le film aborde un sujet, c’est plus celui là. C’est un peu comme durant une guerre… Chacun essaie de survivre comme il peut… Sortir son épingle du jeu… et au passage, certains s’enrichissent… Depuis un moment, j’ai le sentiment d’une guerre invisible qui ne dit pas son nom. Et on assiste à un grand n’importe quoi… Après oui j’en veux à certains hommes de pouvoir qui savent très bien quoi faire pour user de cette situation… Mais ça aussi ce n’est pas nouveau. Il suffit d’ouvrir un livre d’Histoire…

J’ai vraiment été impressionné par le charisme de Pascal Henault, l’un des rôles principaux d’une distribution très soignée. Un acteur aperçu dans plusieurs films, mais ici tout à fait à sa place au premier plan. Comment s’est déroulé le casting ?
Merci beaucoup ! Le casting s’est fait en plusieurs étapes. On m’avait vivement conseillé d’avoir des acteurs « bankable » pour que mon court soit plus vendeur par la suite… Je n’étais pas fan de l’idée… J’ai fini par me dire ok : on va mettre un peu de tout : du connu et du pas connu…
Puis les « bankable », qui étaient super chauds pour faire le film, ont commencé à me faire perdre du temps… Et je n’avais pas envie d’être à la merci d’un acteur. La star c’est le FILM et personne d’autre.
Aussi, j’ai décidé de faire le Ccsting comme je l’entendais. J’avais déjà travaillé avec certains – Franck Sarrabas & Pascal Hénault – et ce fut un plaisir de retravailler avec eux. Je savais qu’ils donneraient leur max pour le film et seraient toujours à mes côtés (comme une partie de l’équipe technique, certains sont des fidèles depuis de nombreuses années).

Simon Frenay nous a rejoint un peu sur le tard (il a remplacé au pied levé un acteur qui avait planté le film) et il a été remarquable ! Ce changement de dernière minute a failli coûter au film de ne jamais voir le jour.

Bruno Henry et Fatima Adoum, je connaissais leur travail respectif via le net et on avait pas mal échangé. C’était l’occasion de travailler ensemble et je suis très content de leur performance.

Marc Duret m’avait également contacté par le biais de Facebook. Il avait vu mon travail et voulait me rencontrer. On s’est donc rencontré à Paris autour d’un café. Au moment de se dire « au revoir » il m’a dit : « quand tu veux… un premier, un second rôle… peu importe… je veux travailler avec toi ! »
L’idée a fait un tour dans ma tête… Je n’avais pas encore casté Cortal. Et Marc était tellement « humain » lors de notre rencontre… Je me suis dit que ça pourrait donner quelque chose de formidable.
Aussitôt rentré chez moi je lui ai envoyé le scénario.
Le soir même il le lit et m’envoie un message : « Je serai ton Cortal ! »

Onna Clairin nous a rejoint plus tard (la partie JT fut tourné 6 mois après le tournage principal). Je fus invité à la voir jouer dans une très belle pièce avec sa sœur Élodie. Elles y étaient remarquables toutes les deux ! Après la représentation, nous sommes allés prendre un verre… et rapidement je me suis dit : « Elle serait top face à Cortal ». Aussitôt rentré j’ai envoyé le scénario… Et dès le lendemain matin j’avais son accord ! BIM !

Pascal Henault

Pascal Henault

En terme de mise en scène pure, quels sont les réalisateurs qui t’ont influencé ?
Ils sont légion… De Kubrick en passant par Scott, par Nolan, Leone, Stone, Boisset, Fincher, Scorsese, De Palma… Bref y’a du monde !

Quel regard portes-tu sur le cinéma français aujourd’hui ?
Il est plus diversifié que dans les années 80, mais j’aimerais voir encore plus de genres, de talents différents apparaître sur les écrans… Et qu’on leur laisse une belle et juste exposition. Autrement dit pas 3 salles paumées sur Paris ou en région…

Où en est la production d’Implacable, ton premier long-métrage ?
Ça avance. Je suis en discussion avec une société de production… J’espère vraiment qu’on va faire ce film ensemble ! En parallèle, je travaille sur d’autres projets également !

Est-ce que le fait d’avoir créé ta propre boîte de prod relativement tôt, t’as permis de t’affranchir d’un certain système et d’avoir les coudées plus franches ?
Attention :Wallpaper prod ce n’est pas ma production.
Je suis co-producteur du film car j’ai lancé la production en mon nom propre… Donc sans société. Puis en cours de route, j’ai rencontré Wallpaper prod qui est entré en « industrie » dans le film… Wallpaper est donc devenu co-prod d’À Tout Prix. Une très très belle rencontre ! Une équipe d’enfer ! Des gens de talents et aux goûts éclectiques!

De quoi est fait le quotidien d’un jeune réalisateur français aujourd’hui ?
Écrire, lire, chercher des projets, démarcher, rencontrer des producteurs, présenter son travail. Être son propre VRP (même si depuis peu j’ai intégré l’agence Angel Art, où me représente Solène Edouard).

Et maintenant, place au petit questionnaire maison…

Ta dernière claque au cinéma : 

Dark Knight Rises
Ta devise :

 Shoot shoot don’t talk (merci Tuco ! )
Ton modèle : 

Mon grand-père, Marco Sebaoun
Le pire des navets : 

Terminus (De Pierre William-Glenn avec Johnny Hallyday)
Ton musicien/groupe préféré : 
Prince
Le film que tu affirmes détester mais que tu aimes en secret : L’union Sacré

Le film que tu revois encore et encore : Il était une fois en Amérique

Ton/ta héros/héroïne de cinéma : Le Cheyenne ( Jason Robards dans Il était une fois dans l’Ouest)

À noter que le court-métrage de Yann Danh, À Tout Prix, sera disponible sur l’édition DVD de La Guerre des gangs, de Lucio Fulci, aux éditions The Ecstasy of Films.

@ Propos recueillis par Gilles Rolland

Capture d’écran 2012-05-15 à 19.38.56

Par Gilles Rolland le 26 février 2013

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paulus
paulus
8 années il y a

bravo pour ton interview gilles dirigé d une mains de maître comme toujour

hippocampestudio
Administrateur
8 années il y a
Répondre à  paulus

Merci beaucoup Christiane, c’est très gentil : Il faut dire qu’il s’agit d’un interlocuteur passionnant et talentueux :).