[Critique] MOEBIUS

L'ÉTRANGE FESTIVAL 2014 | 29 novembre 2014 | Aucun commentaire

Titre original : 뫼비우스

Rating: ★★★½☆
Origine : Corée du Sud
Réalisateur : Kim Ki-duk
Distribution : Jo Jae-hyeon, Seo Yeong-joo, Lee Eun-woo…
Genre : Drame
Date de sortie : indéterminée

Le Pitch :
Un couple en crise se déchire tandis que le mari volage trompe sa femme avec une jolie magasinière. Folle de rage, la mère décide de prendre le problème à la racine en tentant d’émasculer l’infidèle compagnon. N’arrivant néanmoins pas à son but, elle se rabat sur son fils et le mutile atrocement…

La Critique :
L’Étrange Festival est coutumier des films sensoriels et sensitifs. Avec cette année des tueries comme Il est difficile d’être un dieu, Tribes, ou encore A girl walks alone at night, nous avons été copieusement servi niveau sensations fortes ! Pourtant, j’avoue sans problème que de tous les films que j’ai vu au festival, Moebius est certainement celui qui propose les scènes qui m’auront mis le plus mal à l’aise. Non pas que celles-ci soient particulièrement gores ou vraiment malsaines, mais il y a quelque chose de terriblement irritant qui se dégage de l’ambiance générale. Un peu comme un produit chimique qui atterrit sur ta peau et qui ne cesse de te gratter, Moebius est particulièrement habile et passionnant puisqu’il arrive à t’embarquer dans son monde tout simplement fou, en te faisant accepter peu à peu des situations véritablement incroyables.
Avant tout, il faut savoir que ce film ne comporte aucun dialogue. Tous les bruits que l’on entend sont des sons de la vie quotidienne, une respiration, une voiture qui passe, etc… En coupant toutes l’expression vocale des acteurs, le réalisateur Kim Ki-duk focalise son propos sur les émotions et les expressions de ses protagonistes, la violence et les âpres relations qui lient les personnages en devenant encore plus palpable. « Face à des problématiques singulières, on en arrive à des situations inhabituelles », semble nous dire Moebius. Le seul problème, c’est que beaucoup de films s’aventurent sur des terrains narratifs excentriques… mais n’arrivent pas à finaliser l’histoire en créant un univers cohérent avec l’idée de départ. Ici, plus le film nous entraine dans sa folie, plus on plonge avec lui et plus on déguste.
À un moment, on se demande comment le film va continuer à monter en tension et à trouver un dénouement sans tomber dans le glauque le plus total. Et c’est aussi là que Moebius se différencie de beaucoup d’autres films du même acabit, car il mêle une sorte d’amour familial aux psychoses les plus tordues. À chaque tentative de recoller les morceaux, une étrangeté lugubre vient se coller au liant et à chaque descente aux enfers subsiste un espoir ténu qui fait entrevoir un peu de lumière.

moebius 02

Comme souvent dans les films coréen, la symbolique et les métaphores sont particulièrement importantes. De l’emprise de la figure Patriarcale Coréenne (déjà présente dans le film Hwayi : Monster Boy) à la vengeance sourde et aveugle qui frappe l’innocente jeunesse, le mal semble prendre sa source dans la violence de ceux qui la subisse jour après jour. En projetant à leur tour leur haine sur des sujets plus fragiles, les victimes se muent en bourreaux qui redeviendront ensuite les totems de leur propre souffrance. La théorie irrémédiable du boomerang qui revient avec plus de force une fois qu’il est lancé…
Un mot enfin sur la performance impeccable du quatuor d’acteurs qui habitent vraiment ces rôles complexes où jouer sur les nuances semble être le dénominateur commun.

Techniquement assez osé (autant dans l’absence de dialogues que dans les plans des visages qui semblent plonger dans la psyché des personnages), Moebius est un film qui hérisse le poil, dresse les cheveux sur la tête et titille la curiosité.  À voir absolument.

@ Pamalach

Moebius

Par Pamalach le 29 novembre 2014

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