[Carnet noir] Gene Hackman est mort : hommage

NEWS | 28 février 2025 | Aucun commentaire

J’ai découvert Gene Hackman pour la première fois dans Superman de Richard Donner. Un méchant d’envergure que j’étais bien trop jeune pour pleinement apprécier. Un méchant trop subtil pour une jeune âme. Un méchant élégant et complexe, extravagant et insaisissable de bien des façons. Pas grand chose à voir avec ce que Marvel produit la plupart du temps aujourd’hui. Gene Hackman que je n’ai donc pas réellement découvert avec Superman, trop occupé que j’étais à assister bouche bée aux exploits du super-héros de la plus emblématique de l’écurie DC. Oui, à l’époque, Christopher Reeve a, pour moi en tout cas, qui devait alors avoir 7 ou 8 ans, plus ou moins éclipsé tout le reste.

Je me souviens très bien de la première fois où Gene Hackman m’a impressionné. Assez tardivement…

Mes parents viennent d’acheter une nouvelle télévision. Le vendeur a sorti son baratin et nous a encouragé à opter pour un poste 16/9. « Le choix des cinéphiles ! ». Il avait raison. « Vous allez voir, ça va vous virer illico les bandes noires ». C’était faux mais ce n’est pas grave car en effet, regarder un film à domicile a pris, dès ce jour, une nouvelle dimension pour mes parents et moi.

La télévision est enfin installée, à la place de l’ancienne, au salon. Je sais qu’il faut que je choisisse consciencieusement le premier film que je vais regarder sur cette merveille de technologie dont j’ai la chance de pouvoir profiter. Je jette mon dévolu sur Impitoyable, qui vient de sortir en VHS. Le film commence. La petite baraque un peu délabrée de William Munny, le personnage de Clint Eastwood, s’affiche à l’écran. Une lumière à tomber, une musique qui met directement dans l’ambiance et qui colle parfaitement avec la gueule buriné de ce bon vieux Clint qui alors, au fond, n’était pas si vieux. Quand Gene Hackman fait son entrée, son visage m’est bien sûr familier. À la fin, l’arrivée de Clint dans le saloon, fusil à l’épaule, face à Gene Hackman, me tétanise.

Little Bill, c’est justement Hackman. Un mec pourri jusqu’à l’os qui pourtant, ne ressemble pas vraiment au méchant classique du western américain typique. Remarquablement écrit, le personnage est clairement sublimé par la performance de l’acteur qui lui donne une dimension presque inédite. Le mec est mauvais mais c’est aussi, au fond, un homme ordinaire. Le mal ordinaire. Voilà. Le plus effrayant. Celui qui habite le monde. Pas juste dans les films.

J’ai bien sûr depuis admiré les performances de Gene Hackman. Je suis loin d’avoir tout vu et dans le lot, j’ai même loupé quelques classiques de sa filmographie. Peu importe car j’en ai en tout cas assez vu pour savoir que cet acteur était grand.

Quand j’ai appris sa disparition, j’ai tout de suite pensé à Little Bill puis bien sûr à Jimmy Doyle, alias Popeye, dans French Connection. J’ai pensé à Superman, à sa suite, à Sens unique, à Mississippi Burning et à La Firme. J’ai pensé à Conversations Secrètes de Coppola et même à Beautés empoisonnées, une comédie somme toute inoffensive dans laquelle son sens comique fait encore une fois toute la différence. Mort ou vif, USS Alabama, Get Shorty, Les Pleins pouvoirs, La Famille Tenenbaum bien sûr… Gene Hackman s’est retiré des affaires en 2004 alors que son ami Clint Eastwood continuait sa route, devant et derrière la caméra. Hackman lui, a préféré prendre sa retraite, à 74 ans, après avoir tourné Bienvenue à Mooseport, que je n’ai pas vu.

Il jouait merveilleusement bien les salopards. Ceux qui semblent capables de tout, y compris de vous séduire par leur malveillance, d’une manière ô combien paradoxale et donc troublante. L’apanage des grands. Hackman pouvait donc aussi se montrer drôle. C’était un acteur qui savait exprimer la pugnacité, la force et la vulnérabilité. Parfois en jouant un seul et même personnage. Vous avez déjà vu Conversations Secrètes ? C’est loin d’être mon Coppola favoris mais son jeu est… terrifiant de justesse.

Le cinéma n’est jamais aussi spectaculaire que lorsqu’il parvient à brouiller la frontière entre la fiction et la réalité. Pas avec de fastueux effets numériques mais grâce au talent des réalisateurs, scénaristes… et des acteurs. Des types comme Gene Hackman qui 43 ans durant a largement rempli sa part du contrat, inspirant et galvanisant dans un seul et même élan héroïque.

J’ai tendance à penser qu’il n’y a plus trop d’acteurs de ce calibre. Mais c’est probablement faux. Je l’espère en tout cas.

Par Gilles Rolland le 28 février 2025

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