[Carnet noir] Michael Madsen est mort
“You ever listen to K-Billys’s Super Sounds of the Seventies weekend ?“… Le flic tente vainement de se débattre alors que Mr. Blonde entame une danse amenée à entrer dans la légende du septième art. Puis soudainement, il se jette sur le mec et lui découpe l’oreille avec un rasoir à l’ancienne. Le tout avant de lui balancer un truc du genre “tu as pris autant de plaisir que moi ?“, et de s’adresser directement à l’oreille coupée, qu’il tient négligemment dans le main, alors que le policier pisse le sang, ligoté sur sa chaise…
Cette scène a fait de Michael Madsen une star. Pas le genre de star sur lesquelles ont peut faire reposer le poids de tout un film mais une star quand même. Pas un Tom Cruise mais une sorte de mélange entre Marlon Brando, pour le charme à l’ancienne et cette nonchalance chaloupée unique, et John Wayne, ou James Dean. Un Américain, un vrai. Le genre qui plisse les yeux et qui parle sans trop articuler, presque en murmurant. Michael Madsen a trimballé sa carcasse légèrement voutée et son regard d’acier sur cinq décennies de cinéma. Et quelque part, il ne passait jamais inaperçu. Il était comme ça Michael Madsen. Un second couteau qui avait la classe.
John Wayne, encore lui, a dit un jour quelque chose du style : “j’ai joué John Wayne dans tous mes films et on peut dire que ça ne m’a pas trop mal réussi.” Michael Madsen était un peu comme ça. Dans La Mutante, il est ce good guy qui ne se laisse pas démonter, toujours un peu en décalage. Le type est en face d’une nana super canon et pas spécialement pudique qui, en réalité, est une immonde et cruel alien et il garde son sang froid.
Madsen n’a jamais vraiment joué les héros, souvent les salauds mais encore plus souvent les “entre-deux”. Prenez Kill Bill par exemple. Enfin… Kill Bill 2 pour être précis car dans le premier, son personnage n’a pas une grande importance. Quand Bill vient le prévenir que la Mariée est en route pour le tuer, lui est assis sur les marches de son mobil home tout pourri, un chapeau de cow-boy vissé sur le crane, en train de boire une bière, les yeux toujours plissés. Il sait qu’elle va venir et quelque part, il sait qu’elle va arriver à le buter, et qu’il mérite ce qui va lui arriver. Dans Kill Bill 2, que j’ai toujours préféré au premier, Madsen apporte véritablement une profondeur inattendue. Bien plus que les antagonistes que massacre Uma Thurman dans le premier volet. Son personnage à lui n’est pas comme ceux de Vivica A. Fox ou Lucy Liu. Lui sait. Et au fond, oui, Michael Madsen a toujours plus ou moins joué les mecs qui avaient l’air de savoir un truc. Celui qui a pigé quelque chose que personne n’a pigé. Vous voyez ce que je veux dire ?
J’ai aussi adoré Michael Madsen dans Donnie Brasco. Là où il domine Pacino. Le boss, c’est lui. Pas Al. Dans Donnie Brasco où bien sûr, Pacino fait l’étallage de son extraordinaire talent. Il est tellement bon le bougre, qu’en le voyant se faire humilier par Madsen, on en oublierait presque que c’est le même acteur qui jouait dans Scarface ou dans L’Impasse, où il avait l’ascendant sur tout le monde. Madsen était aussi dans The Doors. Pas le groupe, mais le film d’Oliver Stone. Habitué des direct-to-DVD et des téléfilms alimentaires, il revenait toujours chez Quentin Tarantino et livrait toujours des performances dignes de sa (discrète) légende. Il était impossible à manquer. Au fond, il est regrettable que Tarantino ait été le seul à avoir vraiment exploité son talent. Les autres, bien souvent, ont surtout exploité son physique. Madsen était une gueule. Une vraie. Burinée à souhait. Un acteur unique en son genre en somme, qui aujourd’hui, n’est plus parmi nous. Décédée à 67 ans d’une crise cardiaque, il nous laisse une filmographie extrêmement riche avec, comme on dit chez moi “à boire et à manger”. Des films cultes et des scènes inoubliables. Michael Madsen n’avait pas son pareil pour jouer… Michael Madsen.
