[Carnet noir] Val Kilmer est mort : hommage

NEWS | 2 avril 2025 | Aucun commentaire
ValKilmer

La nouvelle m’a percutée ce matin. Val Kilmer est mort. Sa fille Mercedes l’a annoncé hier, mardi 1er avril 2025. Des souvenirs affluent. Une émotion prégnante. Pour autant, je n’ai pas attendu que Val Kilmer tire sa révérence pour saisir l’importance qu’il a toujours eue sur ma vie de cinéphile…

Le héros Madmartigan

Nous sommes en décembre 1988. Peut-être début janvier 1989. « Et si nous allions au cinéma ? ». J’ai 9 ans, presque 10. Les films, mes parents à moi, nous en regardons notre lot. Chaque samedi, c’est notre petite tradition, nous allons au vidéo-club et nous louons un film. Nous sommes équipés d’un magnétoscope depuis longtemps déjà. Une grosse machine qui doit peser dans les 5 kilos, qui m’a ouvert les portes d’un monde dans lequel je n’ai pas tardé à trouver mes marques. Mais le cinéma, c’est encore autre chose. Une expérience grandiose que je n’ai que très peu vécue. Alors pensez-vous… Aller au cinéma ? Un peu que je suis partant ! Direction Albi où est projeté Willow, le nouveau film de Ron Howard. Il est question d’un peuple pacifique qui se retrouve mêlé à une sombre histoire de reine maléfique qui voit son trône menacé par la naissance d’une enfant, conformément à une prophétie porteuse d’espoir. Les lumières s’éteignent…

La musique de James Horner retentit. Le jeune Willow, incarné par Warwick Davis, ne cesse de démontrer son courage. J’en ai la chair de poule. Puis apparaît Madmartigan, le courageux quoi qu’impertinent et roublard chevalier joué par Val Kilmer. « Au secours, il y a un pec qui me menace… Il a un gland dans la main ! ». Je n’ai jamais vu cet acteur mais impossible de ne pas succomber face à son charisme. Les cheveux longs, l’œil malicieux, Kilmer explose littéralement à l’écran. Héritier des grands héros romantiques du cinéma d’antan, il insuffle à son personnage une modernité indéniable et contribue au puissant souffle du long métrage dans son ensemble.

Quand il signa pour jouer dans Willow, Val Kilmer avait déjà brillé dans Top Secret !, de Jim Abrahams, David Zucker et Jerry Zucker. Une sacrée comédie qui prouve au passage que l’acteur possédait un incroyable talent quand il s’agissait de faire rire. Kiss Kiss Bang Bang et d’autres le confirmeront des années plus tard. Il avait aussi joué dans Top Gun. Iceman. Le rival de Maverick. Val Kilmer. Le rival de Tom Cruise. Le plus jeune étudiant admis à la prestigieuse école d’art dramatique de Juliard.

Un surdoué à Hollywood

Suite à ma découverte de Val Kilmer dans Willow, j’ai bien évidemment gardé un œil sur sa carrière. Je l’ai adoré dans Cœur de tonnerre, sur lequel je suis tombé à la télévision quand ma boulimie de cinéma m’encourageait à enregistrer tous les films qui étaient diffusés sur les quatre chaînes auxquelles nous avions accès. En 1995, Kilmer est devenu Bruce Wayne/Batman dans le mal-aimé Batman Forever. Un film que j’ai toujours apprécié et qui, je le pense toujours, est bien supérieur à sa suite, le cataclysmique (mais amusant) Batman & Robin.

L’Ombre et la Proie, où Kilmer fait équipe avec Michael Douglas, Le Saint, Premier Regard et bien sûr True Romance, où Val Kilmer est Elvis Presley. Le King tel que le voit Clarence, le personnage de Christian Slater. Dans ce film, Kilmer, n’apparaît jamais au premier plan. On ne voit jamais clairement son visage. On entend par contre sa voix. Parfaite. Une voix qui avait alors déjà fait des merveilles dans The Doors, qui, n’ayons pas peur de le dire, a littéralement changé ma vie. Mais parlons tout d’abord de Tombstone et de Heat.

I’m your Huckleberry

J’allais beaucoup au cinéma en 1995. J’avais 16 ans. J’ai ainsi découvert Casino et Heat coup sur coup. Combo magique. Deux chefs-d’œuvre dans les dents. Martin Scorsese et Michael Mann. Dans Heat où Val Kilmer, les cheveux longs et blonds comme les blés, campe un jeune chien fou, aux côtés de Robert De Niro, Ashley Judd et Al Pacino. La mitraillette vissée à l’épaule, il habite l’une des plus mémorables scènes de fusillade du cinéma. Il est là, au centre de l’écran, brillant de mille feux, le regard d’acier. Beau comme un dieu. Je le revois fixant dans l’ombre le balcon où pourrait apparaître Ashley Judd, à la fin du film… Puis j’ai vu Tombstone. Dans ce dernier où Val Kilmer a trouvé, à mon sens, l’un de ses plus beaux rôles. L’un des plus beaux rôles des années 1990 d’ailleurs…

Doc Holliday fait partie de la légende de l’Ouest américain. Un dentiste devenu mythique grâce à son tempérament et à son talent à la gâchette, impliqué dans l’histoire du grand règlement de comte à OK Corall des frères Earp. Dans Tombstone où Kilmer livre une performance qui ne s’oublie pas. Dévoré par la tuberculose, son Doc Holliday reste alerte et enchaîne les punchlines avec une décontraction qui ne cesse de forcer le respect. C’est la star du film, bien que Kurt Russell, qui ne démérite pas, campe bel et bien le personnage principal, à savoir Wyatt Earp. Je n’ai jamais oublié le Doc Holliday de Val Kilmer.

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Val Kilmer dans Tombstone, de George Pan Cosmatos. Tous droits réservés : Hollywood Pictures/Cinergi Pictures.

Break on Throught

J’ai vu le film The Doors à la télévision et j’ai tout de suite été fasciné par la figure de Jim Morrison. Par la musique aussi et par la performance de Val Kilmer bien sûr. Oliver Stone n’a pas réalisé un biopic très fidèle. Il a pris des libertés, s’est écarté de la vraie histoire et a davantage livré son interprétation des Doors, qu’il écoutait alors qu’il servait au Vietnam, imaginant Jim Morrison tel un général de guerre charismatique qui pouvait évoquer le Kurtz de Marlon Brando dans Apocalypse Now. Malgré tout, si par la suite j’ai en effet découvert les libertés prises par Stone par rapport à la véritable histoire des Doors et de Jim Morrison, je n’ai jamais pu renier le film.

Un film dans lequel Val Kilmer est incroyable. Un film dans lequel Kilmer ne joue pas Jim Morrison mais est devenu Jim Morrison. À l’écran, la ressemblance est impressionnante. Kilmer, torse nu, reproduit la photo iconique du Roi Lézard, le regard porté vers l’horizon, tantôt torve tantôt chaleureux, toujours perçant. Il chante comme Jim Morrison. Mêmes intonations, même énergie, même charisme. J’ai depuis vu des tonnes de biopics mais je continue de considérer que rarement un acteur n’a embrassé le rôle d’une personnalité qui a existé avec autant de justesse, de respect et d’amour que Val Kilmer avec Jim Morrison. Et donc… d’une certaine façon, Val Kilmer m’a ouvert les portes… Il m’a ouvert les Doors. Ce groupe qui, pour bien des raisons, a une importance capitale pour moi.

Rock star

Je suis toujours resté fidèle à Val Kilmer. Épatant dans Pollock, il est excellent dans le méconnu Salton Sea, où il joue un musicien maudit. Dans Wonderland, dans lequel il devient John C. Holmes, la star maudite du porno, dont Paul Thomas Anderson s’est inspiré pour créer le personnage joué par Mark Wahlberg dans Boogie Nights, Kilmer est revenu à un registre finalement proche de celui de son Morrison. Comme avec Masked and Anonymous d’ailleurs, où il côtoie Bob Dylan. Le fantôme de Morrison étant également revenu dans Song to Song de Terrence Malick, le dernier film que Kilmer a tourné avant de tomber malade.

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Val Kilmer, incroyable en Jim Morrison dans The Doors, d’Oliver Stone. Tous droits réservés : Carolco Pictures/Imagine Entertainment.

L’émotion qui est la mienne ce matin m’empêche de me montrer concis mais il le faut… Dans les années 2000, comme tant d’autres de ses contemporains, Val Kilmer a dû se contenter de petits rôles dans des films souvent oubliables. Il a néanmoins réussi à retrouver la lumière, la vraie. Comme dans le génial Kiss Kiss Bang Bang. Un sommet dans sa filmographie qui, contrairement à ce qu’a écrit Le Monde, ne se résume pas à des blockbusters. Comment ne pas citer également son rôle dans le sous-estimé et complètement frappadingue Bad Lieutenant de Werner Herzog, où Kilmer parvient à exister face à un Nicolas Cage qui prend pourtant beaucoup de place ? Et je ne parle même pas de MacGruber, de Twixt et de Palo Alto

To be the best

L’annonce de la maladie de Val Kilmer en 2014 m’a beaucoup ému. En 2021 est sorti Val, le documentaire dans lequel il revient justement sur le cancer qui a stoppé net sa carrière, le privant de sa légendaire voix et le diminuant considérablement. J’ai presque hésité à voir ce film car je savais, après avoir découvert la bande-annonce, qu’il allait me bouleverser. Et ce fut en effet le cas… Le magnifique testament d’un acteur pas comme les autres. Réputé difficile sur les tournages, parfois colérique, passionné, surdoué, Val Kilmer a été l’un des visages les plus inoubliables d’Hollywood pendant les années 1990. Comme d’autres, son caractère l’a certainement privé de rôles qu’il aurait pu sublimer comme il savait si bien le faire.

Son authenticité et la sincérité de sa démarche, son amour du cinéma, de la musique et son côté résolument rock and roll ont paradoxalement aussi contribué à façonner sa légende. Grand acteur comique (il l’a prouvé une ultime fois dans le génial clip de Tenacious D, To Be The Best, en 2012, où il joue son propre rôle), dramaturge incandescent (il a brillé sur scène dans le rôle de Mark Twain, en autres faits de gloire), enfant terrible…

Val Kilmer était une rock star du septième art. Il a déclaré un jour « je pense qu’une partie de ma réputation est due aux rôles difficiles que j’ai joués. Les acteurs ont tendance à s’identifier à leurs personnages. ». Val Kilmer était un artiste. Il peignait, chantait, dessinait, jouait… Même son nom sortait de l’ordinaire. Le pur produit d’une Amérique métissée. L’héritier de James Dean et Marlon Brando. Un authentique rebelle.

Par Gilles Rolland le 2 avril 2025

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