[Carnet noir] Ozzy Osbourne : hommage d’un fan
Ozzy… C’est au son de ta musique que j’écris ce modeste texte. No More Tears… Plus de larmes… On va tout de même s’en accorder quelques-unes et après, promis, on tentera d’aller de l’avant dans un monde dans lequel, de toute façon, ta voix résonnera toujours.
Alors… Comment parler de toi ? Oui je te parle directement. Je n’ai jamais eu l’occasion de le faire dans la “réalité” mais je me le permets maintenant. Qui sait ce qui se passe quand on franchit l’ultime frontière ? Si ça se trouve, tu as aujourd’hui la capacité de capter toute la peine mais surtout tout l’amour qu’expriment tes fans. Les vrais. Ceux dont tu as bouleversé l’existence. Que tu as guidé, que tu as fait marrer, que tu as diverti… Et Dieu sait que pour toi c’était important. Je me souviens que lorsque le grunge a émergé, tu te désolais de voir des mecs comme Eddie Vedder se lamenter. Toi, tu as toujours pris les choses avec le sourire. Le second degré… On te surnommait Le Prince des Ténèbres mais tu étais drôle. Vraiment drôle. Même si, pendant la diffusion de ta télé-réalité, beaucoup ont ri de toi. Se moquaient. Rien à foutre. Tu as toujours aimé faire sourire ton public. Tu leur balançais des seaux d’eau, tu riais aux éclats. Tu as embrassé la vie de rock star avec un enthousiasme incroyable. Comme personne avant toi. Tu étais unique. Tu étais Ozzy, toi, ce fils de prolo des quartiers populaires de Birmingham.
Des gosses comme celui que tu étais, personne n’a jamais fait attention à eux. Décrochage scolaire, petite délinquance et voie de garage. Toi pourtant, tu t’es élevé, en compagnie de tes amis Tony Iommi, Geezer Butler et Bill Ward. Ensemble, influencés par les Beatles (et d’autres), vous avez inventé un style à part entière. Oui Blue Cheer et d’autres avaient certes montré le chemin mais personne n’avait sonné comme Black Sabbath. Le choc que dût produire le premier album à l’époque… Je ne peux que l’imaginer et me fier aux récits de ceux qui l’ont vécu. Quand les Carpenters et leurs chansons sirupeuses dominaient les charts, vous, les quatre gamins sans le sous, sortis du caniveau ou pas loin, avez initié une révolution qui a enfanté des millions de disciples. Bref…
Quand j’ai appris que tu avais tiré ta révérence, quelques jours après avoir fait tes adieux lors d’un concert événement absolument admirable, j’ai bien sûr été sous le choc. Mama I’m Coming Home résonne désormais. Un morceau composé par Lemmy Kilmister, un autre géant parti trop tôt. Mais les géants partent toujours trop tôt. On savait que tu souffrais, que tu luttais… Mais on n’est jamais prêt à voir partir ceux qu’on admire et qui, de bien des façons, ont changé notre vie.
Rapidement, j’ai pensé à un moment en particulier… Nous sommes le vendredi 15 juin 2025. J’ai laissé femme et enfant et à la maison pour venir te voir sur scène pour la première fois. Je suis avec ma mère, aussi est fan de toi. Car oui, c’est grâce à ma mère que j’ai fait ta connaissance. Remontons un peu le temps… Je me revois en train de fouiller dans la collection de vinyles de mes parents. Johnny Hallyday, la bande-originale de La Fièvre du Samedi Soir et un le 45 tours de Paranoid. La pochette est verte. Je vois ces quatre types à l’allure particulière. Ce disque dégage une aura particulière. Juste après, je tombe sur le single d’Instant Karma de John Lennon. Lennon que tu aimais tant, toi le fan inconditionnel des Beatles. La première fois que j’ai entendu ta voix. Paranoid. Autant dire que je me suis vite approprié ce disque. Des années plus tard, ma mère et et moi avons dévoré tous les épisodes de The Osbournes. On a même acheté les coffrets DVD. Quand j’ai su que tu passais à Paris en 2018, une évidence s’est imposé à moi. Il fallait que je te vois et il fallait que je vive cette expérience avec ma mère.
Nous sommes donc à Paris. Il y a du monde devant ta scène, le décor est planté, j’ai acheté un t-shirt de la tournée (No More Tour II), tout est parfait. Ce soir là, tu es en grande forme. Certains en doutaient. Je n’oublie pas que même si aujourd’hui tout le monde te rend hommage, de ton vivant, on en trouvait toujours pour te sous-estimer…
Tu commences par Bark at the Moon, avant d’enchaîner sur Mr. Crowley, I Don’t Know, Fairies Wear Boots, etc… J’ai le privilège de t’entendre chanter War Pigs, qui demeure pour moi le plus grand morceau de heavy metal jamais composé. L’un des plus grands morceaux de musique tout court d’ailleurs. En rappel, tu nous gratifies d’un Mama, I’m Coming Home absolument incroyable. À ce moment précis, alors que je suis avec ma mère, ce morceau résonne avec une intensité particulière. On se prend par l’épaule, conscients du caractère spécial de cet instant suspendu. Toute les planètes s’alignent. Tout est parfait. Il y a des moments comme ceux-là… Où tu sens que tu es à ta place, avec la ou les bonnes personnes. L’autre jour par exemple, j’étais avec mes enfants. Fin de journée. Je les regarde jouer dans leur piscine gonflable. Je suis assis près d’eux et George Harrison chante son Give Me Love (Give Me Peace on Earth). Moment parfait. Bref je m’égare. Même si avec toi, parler des Beatles, c’était aussi un peu parler d’Ozzy…

Demain auront lieu tes funérailles… Toujours difficile à croire que tu es parti. Toi Ozzy Osbourne, l’un des plus grands frontmen de l’histoire du rock. Un farceur plutôt hardcore. Un homme extrêmement attachant. Certains t’ont prêté de sombres intentions mais au fond, malgré ton surnom, tu prônais l’amour et la tolérance. Tu as multiplié les collaborations et toujours su t’entourer. Je salue au passage ton épouse Sharon, qui, comme tu l’as souvent dit, t’as sauvé la vie à bien des reprises. Les ténèbres ont bien failli t’engloutir mais tu es revenu, plusieurs fois et à chaque fois plus fort que jamais. Jusqu’à ce fameux soir de juillet 2025 où tu as joué un ultime tour à la faucheuse pour nous offrir, et t’offrir, en compagnie de tes compagnons d’armes d’hier et d’aujourd’hui, un ultime tour de piste. Tu as été grand jusqu’au bout. L’un des meilleurs. Merci pour tout cher Ozzy.
Le train fou à bord duquel tu es monté il y a des décennies, est entré en gare. Repose en paix…
