[Critique série] BETTER CALL SAUL – Saison 2

SÉRIES | 24 avril 2016 | Aucun commentaire
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Titre original : Better Call Saul

Rating: ★★★★★
Origine : États-Unis
Créateurs : Vince Gilligan, Peter Gould
Réalisateurs : Terry McDonough, Jonathan Glatzer, Adam Bernstein, John Shiban, Michael Sovis, Colin Bucksey, Larysa Kondracki, Peter Gould, Vince Gilligan.
Distribution : Bob Odenkirk, Jonathan Banks, Rhea Seehorn, Michael McKean, Patrick Fabian, Michael Mando, Raymond Cruz, Mark Margolis…
Genre : Drame/Comédie/Spin-Off
Diffusion en France : Netflix
Nombre d’épisodes : 10

Le Pitch :
Jimmy McGill voit enfin ses efforts commencer à payer. Un grand cabinet d’avocats s’intéresse à lui, à la suite de l’affaire de la maison de retraite, dont il fut l’initiateur. Pourtant, celui qui se fera plus tard appeler Saul Goodman, a bien du mal à rester dans le droit chemin, lui qui a souvent pris des raccourcis pour arriver à ses fins. Une tendance que réprouve son amie avocate Kim Wexler et son frère Chuck, qui voit d’un très mauvais œil le succès de Jimmy.
Mike Ehrmantraut pour sa part, qui apporte de temps à autre son aide à Jimmy, continue de veiller sur sa petite-fille, et enchaîne les contrats auprès des truands locaux. Cependant, il ne va pas tarder à tomber sur un os…

La Critique :
Ce n’est pas toujours le cas quand on parle de spin-off, mais Better Call Saul, le show dérivé de Breaking Bad, s’est imposé de lui-même. Un projet centré sur l’un des personnages les plus stimulants, intéressants et puissants de la série, à savoir Saul Goodman, l’avocat véreux de Walter White et Jesse Pinkman, les deux personnages principaux du show à succès de Vince Gilligan. Un showrunner qui s’est donc associé à Peter Gould, qui était déjà en poste sur Breaking Bad, pour remonter le temps et nous conter l’histoire de Jimmy McGill, un escroc à la petite semaine en quête de rédemption, lancé dans une conquête du monde des avocats, sur lequel règne son grand frère.
La première saison de Better Call Saul a mis en exergue l’évidence du concept. Franchement remarquable, aussi bien au niveau du fond que de la forme, la série a vite trouvé ses marques, profitant du fait que l’action se déroulait principalement à Albuquerque, la même ville que dans Breaking Bad et que bien sûr, le personnage principal était déjà connu et apprécié de tous. À l’image d’ailleurs de Mike, une autre figure incontournable de cet univers, ici presque tout aussi important que celui qui donne son nom à la série.

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La saison 2 débute exactement là où la saison 1 se terminait. Elle s’autorise même un petit retour en arrière, qui nous éclaire quant à la signification de l’ultime séquence du premier acte, qui voyait Jimmy McGill sortir du tribunal, l’air satisfait, en fredonnant le Smoke On The Water de Deep Purple. Rapidement, la saison raccroche donc les wagons, avec un naturel toujours aussi appréciable, profitant toujours de l’acuité spectaculaire d’une écriture parfaitement rythmée et ô combien inspirée. Vince Gilligan et Peter Gould savent exactement où ils vont. La cohérence est parfaite et jamais l’histoire ne cède à une quelconque forme d’opportunisme en restant fidèle à son identité et à ses objectifs.
Ce nouvel acte continue ainsi de s’articuler autour de Jimmy McGill, dont le parcours constitue toujours l’arc narratif principal, et de Mike, qui prend néanmoins de plus en plus d’importance. Il est d’ailleurs intéressant de noter que c’est par lui que se fait davantage le lien avec Breaking Bad. C’est par lui qu’arrive par exemple l’un des grands personnages de Breaking Bad, et c’est également par son entremise que se dessinent les bases d’une large partie de l’intrigue attenante à Heisenberg. Son importance est donc capitale. Et de la même façon que la progression de sa « partie » assombrissait la tonalité de la série dans la saison 1, ses actes et la façon dont son historique est étoffé, contribuent très largement à donner le La des épisodes qui lui font la part belle.
Avec une intelligence remarquable, Gilligan et Gould offrent petit à petit à Mike la place qu’il mérite, porté par la présence magnétique de Jonathan Banks. Un acteur incroyable. Une authentique gueule, capable, avec une impressionnante justesse, de communiquer l’ambiguïté de son personnage, de le rendre attachant et ainsi de faire de lui l’autre (anti)héros de cette tragédie moderne nourrie de thématiques diverses, aussi bien illustrées que pertinentes.

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Pour autant, Jimmy McGill n’est pas en reste. Bob Odenkirk continue à faire « grandir » son personnage en se rapprochant de plus en plus de ce que sera Saul Goodman. Sa composition permettant à McGill d’à la fois exprimer un côté roublard plutôt jubilatoire, visible à travers les différentes arnaques qu’il monte et sa capacité à embobiner n’importe qui avec une gouaille unique, et la part la plus sensible et touchante de sa personnalité. Odenkirk qui parvient dans cette deuxième saison à emmener toujours plus loin son personnage, encourageant à penser qu’à l’instar de Bryan Cranston avec Walter White, le comédien tient le rôle de sa vie. Celui qui servira de mètre-étalon à tous ceux qui suivront. Odenkirk rend le futur Saul attachant. Plus que ce qu’il n’était déjà, ne serait-ce que parce qu’ici, il est bien entendu plus développé. Son jeu est galvanisant, plein de nuances. Il est capable de faire rire puis, dans l’instant d’après de coller la chair de poule. À lui tout seul, le comédien porte vers les sommets cette fresque tragi-comique sur un homme qui cherche sa place dans ce monde, devant composer avec ses propres contradictions et un bagage plus lourd à porter qu’il n’y paraît.

La saison 2 de Better Call Saul joue sur plusieurs tableaux. Tout en conservant, comme nous l’avons vu plus haut, l’aspect « criminel » de Breaking Bad par le biais de l’arc narratif de Mike, elle affirme aussi sa singularité. En fait, Better Call Saul et Breaking Bad, plus que jamais, sont les deux faces d’une même pièce. Globalement, les deux shows portent sur des personnages contraints de nager à contre-courant. Ce sont des trajectoires d’outsider. Dans Better Call Saul, c’est valable pour Jimmy McGill et Mike, mais aussi pour Kim Wexler, l’amie de Jimmy, qui prend une importance significative, donnant ainsi l’occasion à sa superbe interprète Rhea Seehorn de faire montre d’un talent déjà visible dans la saison 1, mais ce coup-ci beaucoup plus flagrant car réellement mis en valeur, indépendamment de ce qui peut la rattacher aux enjeux appartenant à Jimmy McGill. Son histoire personnelle offre à cette nouvelle salve d’épisodes quelques-uns de ses meilleurs moments, tout comme l’émotion qui en ressort vient épaissir l’intensité d’une histoire globale solide et toujours plus fascinante.

Exploitant les codes de mise en scène établis dans Breaking Bad en les adaptant à la dynamique et à ses différentes tonalités, à l’instar de la première, la saison 2 de Better Call Saul s’avère encore plus immersive. Elle colle de près à ses personnages et n’en exclut aucun, comme peut en témoigner Michael McKean, qui voit son rôle, Chuck, le frère de Jimmy, continuer à exercer son influence sur un scénario qui sait profiter de son immense présence et de sa capacité à jouer en permanence sur un équilibre maîtrisé, entre fragilité extrême et intimidation sourde.

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Parvenant à capturer une foule de petits détails appuyant non seulement sa légitimé mais aussi l’infinie délicatesse de sa démarche, Better Call Saul brille par sa spectaculaire ambition. Une ambition jamais crasse, visible dans la propension du scénario à proposer aux spectateurs une sorte de jeu de piste en forme de puzzle, dont chaque petit élément a son importance. Le tout en prenant bien soin de ne pas parler dans le vide ou de ne pas faire dans le sensationnalisme facile. Ce qui était plutôt osé compte tenu de la nature à priori plus « light » de Better Call Saul par rapport à Breaking Bad et à ses histoires « prenantes » de dealers violents.
Au final, ce qui était déjà visible dans la saison 1, saute désormais au yeux : Better Call Saul n’est pas plus « légère » que sa grand sœur et ses fabricants de crystal meth. Et si d’ailleurs c’était même le contraire ? C’est en tout cas ce qu’encourage à penser ses 10 épisodes toujours plus tortueux, mais toujours plus limpides aussi. 10 épisodes d’une beauté visuelle à couper le souffle, pleins d’inventivité, d’originalité et d’audace, nourris de références finalement intégrées et parfaitement digérés.
Better Call Saul n’est pas une série arrogante et tape-à-l’œil. Elle prend d’ailleurs le parfait contre-pied de ces shows « m’as-tu vu » trop clinquants et vulgaires. Ses galons, elle les gagne grâce à son courage et à son refus des conventions. Par sa capacité à surprendre et à construire un univers peuplé de personnages puissants, en y mettant les formes, sous couvert d’une frivolité parfois trompeuse. En premier lieu à mi-chemin entre la pure comédie et la tragédie, Better Call Saul se rapproche petit à petit de l’abîme et assoit sa volonté d’explorer les psychés de ses héros, sans détourner le regard. Elle les accepte comme ils sont, ce qui bien sûr, ne fait que les rendre plus stimulants. Ainsi, il n’est pas du tout exagéré d’affirmer qu’à ce rythme-là, la série se posera sans aucun doute parmi les plus incroyables et incontestables réussites de la télévision. Mais d’ailleurs, et si c’était déjà le cas ? Et si, en seulement deux saisons, le show était déjà devenu plus qu’une simple série tv, mais une œuvre d’art, au même titre que Les Sopranos, The Wire ou… Breaking Bad, qui interroge son époque avec une acuité qui fait défaut à tant d’autres ? Il n’est pas interdit de le penser, en attendant avec impatience une saison 3 qui ne sera jamais là assez vite.

@ Gilles Rolland

Better-Call-Saul-sasion2-Bob-Odenkrik  Crédits photos : Netflix

Par Gilles Rolland le 24 avril 2016

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