[Critique série] BIG LITTLE LIES – Saison 1

SÉRIES | 6 avril 2017 | Aucun commentaire
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Titre original : Big Little Lies

Rating: ★★★★★
Origine : États-Unis
Créateur : David E. Kelley
Réalisateur : Jean-Marc Vallée
Distribution : Reese Witherspoon, Nicole Kidman, Shailene Woodley, Alexander Skarsgård, Laura Dern, Zoë Kravitz, Adam Scott, James Tupper, Jeffrey Nordling, Kathryn Newton, PJ Byrne, Iain Armitage, Sarah Baker, Darby Camp, Santiago Cabrera, Ivy George, Virginia Kull….
Genre : Drame/Adaptation
Diffusion en France : OCS City
Nombre d’épisodes : 7

Le Pitch :
Au cours d’un gala de bienfaisance, une personne décède brutalement. Qui est-ce ? Pourquoi ? Alors que les enquêteurs s’affairent, au gré des témoignages, les récits des événements des jours précédents défilent…

La Critique de la saison 1 de Big Little Lies :

Dans la course à l’armement entre les grands networks américains, HBO et Netflix se tirent la bourre avec de grands projets. Alors que le second multiplie les gros coups en allant jusqu’à financer des films de plus en plus importants, le mastodonte historique HBO appelle régulièrement des stars hollywoodiennes pour de nouvelles séries. Après l’échec commercial (mais succès critique) de Vinyl, la chaîne câblée a convoqué une nouvelle fois des gros noms des deux côtés de la caméra pour l’adaptation d’un roman de Liane Moriarty par le créateur David E. Kelley (Docteur Doogie, Ally McBeal, Boston Justice). Rien qu’à l’annonce des noms en question, Big Little Lies suscitait déjà l’attente. Au final, force est de reconnaître qu’il s’agit d’une très grande série.

Big-Little-Lies-Laura-Dern

Règlements de compte à Monterey

Les banlieues résidentielles américaines pour classes moyennes (voire aisées) sont des cadres qui rendent très bien à l’écran. Cela donne régulièrement des séries qui marquent comme Desperate Housewives, Weeds ou d’excellents films comme American Beauty et Little Children. On y retrouve souvent les mêmes thèmes comme l’ennui d’une vie oisive et monotone, les rumeurs, les mesquineries de quartier, les luttes de pouvoir pour être bien vu en société, dans les associations de parents d’élèves, à l’école, etc… Big Little Lies embrasse clairement ce contexte en nous plongeant au cœur d’affrontements entre des mères de familles fréquentant l’école de Monterey, voire une presque lutte des classes entre une mère célibataire vivant dans un pavillon simple et une importante dirigeante, généreuse donatrice et affichant une certaine réussite. Mais résumer Big Little Lies à un Desperate Housewives de luxe est non seulement très réducteur mais constitue aussi une grossière erreur.
Ici, point de maisons-clones et de gazon bien taillé, le show nous embarque dans une petite ville au bord d’un océan, pas si Pacifique que son nom le dit. Il est l’incarnation de passions tues, de colères sourdes, de non-dits et de colère qui gronde. Le très beau générique multiplie en ce sens les métaphores et les symboles, comme ces actrices filmées de dos au volant de leur voiture pour montrer le quotidien incroyablement routinier et ritualisé de ces mères de famille.

Magnificent five

Et pour camper ces mères de famille, le show réunit un casting splendide, comme rarement auparavant sur le petit écran. Des actrices ayant l’habitude, pour certaines, de travailler ensemble, comme Shailene Woodley et Zoë Kravitz qui ont joué ensemble dans la saga Divergente (la première a eu aussi Laura Dern comme partenaire dans Nos étoiles contraires), et Reese Witherspoon et Laura Dern qui ont partagé l’affiche de Wild (où elles étaient filmées, là aussi, par Jean-Marc Vallée). L’alchimie se voit tout de suite à l’écran. Nicole Kidman donne de sa personne, tour à tour sensuelle comme on ne l’a plus vu depuis Eyes Wide Shut, fragile, battante et torturée. Elle livre une palette très large d’émotions diverses. Reese Witherspoon offre une de ses meilleures performances. Shailene Woodley confirme qu’elle est à l’aise dans des projets d’auteur. Plus qu’un espoir, c’est déjà une grande et dans des rôles difficiles comme celui qu’elle campe ici, elle excelle. Laura Dern et Zoë Kravitz, si elles ont moins de temps de présence à l’écran, ont des rôles significatifs, véritables clés de voûte de l’histoire.
Face à elles, quelques acteurs impressionnent également, notamment Adam Scott, incarnation de l’époux idéal moderne et surtout Alexander Skarsgård, flippant dans le rôle inquiétant d’un phallocrate violent, incapable de retenir ses coups comme ses pulsions sexuelles. Tous campent des personnages loin d’être lisses ou uniformes, avec une psychologie autant travaillée en sept épisodes que si il s’agissait d’une série de cinq saisons.

Big-Little-Lies-Witherspoon-Scott

We’re a happy family

Comme il l’a souvent montré dans sa filmographie, Jean-Marc Vallée aime les personnages torturés, travaillés dans tous les sens du terme, au parcours de vie extrêmes, à l’instar de la démonstration de leurs sentiments. Il aime également dynamiter le mythe de la famille parfaite et bien sous tous rapports. C.R.A.Z.Y était la chronique d’une famille très religieuse qui se déchire autour d’un fils homosexuel et d’un autre qui déconne à plein tube. Dans Wild, à la suite d’un deuil familial mal géré, une femme menait son couple à la séparation et dans Demolition, le héros se lançait dans la destruction de choses pour exprimer son deuil, et tenter brièvement de se construire une pseudo-famille de substitution. Dans Big Little Lies, les familles sont dans l’illustration en public, le faux-semblant. Dans un contexte où le paraître est important, on les croit heureuses et idylliques. Mais en creusant un peu, on trouve la violence conjugale d’un couple qui se ment en disant trop s’aimer, l’infidélité ou encore un lourd secret difficile à porter. Même le couple joué Zoë Kravitz et James Tupper est loin d’être idéal. Et toute cette tension insidieuse savamment entretenue par le chef d’orchestre Vallée permet à Big Little Lies de ne connaître aucun ventre mou ou aucune séquence inutile, jusqu’au final absolument brillant. La partition est très bien jouée dans les moindres détails, avec une également une photo à tomber et une B.O sublime. C’est d’ailleurs l’une des marques de fabrique du cinéaste canadien. Les musiques de ses œuvres sont impeccables, et sont également des personnages à part entières. Dans C.R.A.Z.Y (illustré par des standards de Bowie ou des Stones), un vinyle (chéri par le patriarche) cassé était le détonateur de l’explosion du noyau familial, dans Wild, la chanson El Dorado de Simon & Garfunkel permettait à l’héroïne de tenir le coup dans son trek de l’extrême. Dans Big Little Lies, la musique lancée par la petite Chloe permet à chaque fois de désamorcer temporairement une mauvaise situation. Une B.O qui fait la part belle à des chanteurs de soul peu ou pas connus ; comme le très beau morceau River de Leon Bridges entendu à la fin de Demain, Tout Commence, ou la superbe chanson du générique Cold Little Heart de Michael Kiwanuka qui illustre parfaitement l’état d’esprit du show.

En Bref…
Oscillant entre dark comedy, drame mais aussi thriller, Big Little Lies est une réussite totale dans les moindres détails. Le casting est parfait et très bien dirigé. Les actrices sont toutes au zénith de leur talent. La tension, palpable tout au long des sept épisodes, est très bien dosée, insidieuse et les menaces sont multiples. Vallée dynamite avec maestria la famille américaine de banlieue. On passe par toutes les émotions et l’envie de faire une standing ovation dans son salon est très forte après le final. Bien plus qu’un temps fort de cette année série, une merveille tout simplement.

@ Nicolas Cambon

Big-Little-Lies-cast   Crédits photos : HBO

Par Nicolas Cambon le 6 avril 2017

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