[Critique série] ESCAPE AT DANNEMORA

SÉRIES | 5 février 2019 | Aucun commentaire
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Rating: ★★★★½

Titre original : Escape At Dannemora

Origine : États-Unis

Créateurs : Brett Johnson, Michael Tolkin

Réalisateur : Ben Stiller

Distribution : Benicio del Toro, Patricia Arquette, Paul Dano, Bonnie Hunt, David Morse, Eric Lange, Jeremy Bobb, Calvin Dutton, Michael Imperioli…

Genre : Thriller, Drame

Diffusion en France : Canal + Séries

Nombre d’épisodes : 8

Le Pitch :

Été 2015 : Richard Matt et David Sweat, deux détenus de la prison de Dannemora, échafaudent un plan pour s’évader. Pour cela, les deux hommes comptent sur l’aide de Tilly Mitchell, une employée de la prison, avec laquelle ils entretiennent une relation. Histoire vraie…

La Critique de Escape At Dannemora :

C’est à Michael Tolkin que revient l’idée d’Escape At Dannemora. Romancier connu pour son The Player, qu’il a lui-même adapté pour Robert Altman, Tolkin essuya un sévère revers dans les années 2000 quand sa série de motards à la Sons Of Anarchy (avant Sons Of Anarchy) tombe finalement à l’eau. Renvoyé dans les cordes, il continua à écrire et tomba un jour sur l’incroyable histoire de l’évasion de deux prisonniers. Le projet est lancé, Ben Stiller s’empare de la mise en scène et Tolkin s’associe à Brett Johnson alors que la chaîne Showtime achète le tout. Au final, Escape At Dannemora s’impose comme un remarquable film de taule en 8 épisodes. Une fresque tragique dont l’un des nombreux mérites est de parvenir à se faire entendre dans un paysage un peu sclérosé sans tomber dans l’excès… Retour sur une réussite indéniable.

Des deux côtés du mur

Retrouver Ben Stiller à la tête d’un projet pareil est peut-être surprenant de prime abord mais finalement plutôt logique. Non seulement car Stiller, l’acteur, a fait de nombreuses incursions dans des registres plus sérieux, mais aussi car Stiller le réalisateur a aussi régulièrement agrémenté la comédie de réflexion plus sérieuses (ou tout du moins de ruptures de ton douces-amères), comme par exemple avec Disjoncté et La Vie rêvée de Walter Mitty. Ici par contre, point de comédie, ou alors par toutes petites touches, plutôt ironiques. Point de sensationnalisme non plus. Escape At Dannemora est autant un drame carcéral qu’une tragédie sociale sur l’Amérique pré-Trump, avec en toile de fond cette évasion symbolisant la quête de liberté mais aussi l’impossible envie d’ailleurs au sein d’une société caractérisée ici par les chaînes qu’elle impose à la majorité des siens. Et Ben Stiller s’en sort avec les honneurs, multipliant même les morceaux de bravoure formels, comme cette incroyable progression dans les entrailles du pénitencier en plan-séquence, quand Paul Dano parvient à trouver un chemin vers la sortie. Ici, d’ailleurs, l’évasion n’est pas au cœur du récit. Elle n’intervient d’ailleurs qu’au 2/3 de l’histoire, tel un climax finalement au moins aussi important que tout ce qui a précédé.

Il était une fois la liberté

Devant la caméra de Ben Stiller, chacun donne le meilleur. Il y a David Morse, à nouveau dans les pompes d’un gardien de prison bienveillant quoi qu’un peu trop laxiste, 20 ans après La Ligne Verte, impeccable comme toujours. Il y a aussi ce formidable duo composé d’un Benicio del Toro tétanisant, à la fois facétieux et effrayant, et d’un Paul Dano décidément excellent. Deux comédiens au summum de leur talent, chacun magnifiquement exploité, dans la peau de deux personnages complexes. Cela dit, si on ne devait retenir qu’une performance, ce serait celle de Patricia Arquette. Plutôt rare ces dernières années au cinéma et à la télévision, elle revient ici en pleine forme. Tilly, son personnage d’employée pas du tout modèle, engagée dans une double relation avec les détenus, complice et victime à la fois, lui permet de s’élever et de littéralement crever l’écran. Méconnaissable, la sœur de Rosanna s’est métamorphosée pour au final devenir ce personnage très ambigu. Jamais elle ne tire la couverture à elle mais naturellement, elle s’impose tel le pivot d’une histoire où la place de la femme dans la société d’aujourd’hui est au centre des préoccupations.

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Crimes et châtiments

Brillante au niveau du fond et de la forme, Escape At Dannemora en dit bien plus que son simple postulat ne pourrait le laisser présager. Elle possède en effet plusieurs niveaux de lecture et peut s’interpréter de différentes façons. Elle exploite parfaitement le temps qui lui est imparti pour couvrir tous les aspects de son histoire. Autre chose particulièrement appréciable : jamais Ben Stiller et les scénaristes ne cherchent à esquiver les codes du film de prison. Codes dont il s’emparent. Du coup, la mini-série est aussi un excellent thriller, avec rebondissements à l’appui. L’évasion en elle-même, suivie d’une cavale tout aussi maîtrisée, tient ainsi toutes ses promesses. Le choix d’avoir brutalement « cassé » la dynamique vers la fin (nous n’en dirons pas plus) donnant encore plus d’épaisseur , ainsi qu’une nouvelle perspective à l’ensemble. Le fruit du travail de forces évoluant en parfaite harmonie, au service d’une histoire authentique, comprise et puissante. Jusque dans ses sous-entendus et son sous-propos politique.

En Bref…

En plus d’être une excellente mini-série carcérale, avec tout ce que cela sous-entend pour les amateurs du genre, Escape At Dannemora est aussi une fresque sociale puissante, qui en dit long sur une certaine Amérique (mais pas seulement). Une série portée par un casting ultra solide dominé par la performance de Patricia Arquette. Le rôle d’une vie.

@ Gilles Rolland

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Crédits photos : Showtime
Par Gilles Rolland le 5 février 2019

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