[Critique série] HOMELAND – Saison 1

SÉRIES | 13 octobre 2012 | Aucun commentaire

Titre original : Homeland

Rating: ★★★★☆
Origine : États-Unis
Créateurs : Howard Gordon, Alex Gansa, Gideon Raff
Réalisateurs : Michael Cuesta, Dan Attias, Jeffrey Nachmanoff, Clark Johnson, Henry Bromell, Tucker Gates, Jeffrey Nachmanoff, Guy Ferland.
Distribution : Claire Danes, Damian Lewis, Morena Baccarin, David Harewood, Diego Klattenhoff, Jackson Pace, Mandy Patinkin, Morgan Saylor, Jamey Sheridan, Navid Negahban, Chris Chalk, David Marciano, Sarita Choudhury, James Rebhorn, Michael McKean, Linda Purl…
Genre : Thriller/Drame/Adaptation
Année de production : 2011
Diffusion en France : Canal Plus
Nombre d’épisodes : 13

Le Pitch :
Après huit ans de captivité en Afghanistan, le lieutenant de l’armée américaine, Nicholas Brody, est libéré et ramené au pays, où l’attendent sa femme et ses deux enfants. Accueilli en héros par la population, Brody laisse pourtant perplexe Carrie Mathison, un agent de la CIA, pugnace et méticuleuse. Selon elle, et d’après des infos recueillies sur le terrain dix mois auparavant, Nicholas Brody a été « retourné » et travaille désormais pour Al-Qaïda à la préparation d’un attentat sur le sol américain. Seule à éprouver de sérieuses réserves à l’encontre du héros, Carrie va alors mener son investigation afin de prouver ses dires et ainsi tenter d’empêcher le pire…


La Critique :
La série du moment. La série que tout le monde regarde et qui récolte des caisses de récompenses (4 Emmys, 2 Golden Globes…). La série qui est sur toutes les lèvres. Homeland a débarqué en France en cette rentrée 2012, sur Canal Plus, et n’en finit pas de rendre accros les téléphages et les autres. Un tel engouement est-il justifié ? Ce n’est qu’une opinion personnelle bien sûr, mais oui, l’engouement est mille fois justifié. Homeland est bel et bien un truc qui vous chope aux tripes dès le premier épisode et qui joue avec vos nerfs. En somme, Homeland, c’est globalement du lourd !

On parle beaucoup de la nouvelle sensation de la chaîne américaine Showtime (celle de Dexter) dans les émissions télé. Des émissions où il est souvent dit que si 24 Heures Chrono était une série estampillée Bush, Homeland est sans conteste la série de l’ère Obama. Ce dernier a même déclaré sa flamme publiquement au show, affirmant qu’il ne ratait aucun épisode.
Une telle affirmation traduit bien le besoin de certains médias de classifier absolument les films, livres et autres séries télé par rapport à un contexte donné. Et ceux qui affirment que 24 est une série Bush n’ont probablement vu que des morceaux d’épisodes par-ci par-là. Ouais Jack Bauer, le héros de 24 est un peu bourrin, à 100% dans l’action, alors que Carrie Matheson, l’héroïne de Homeland est plus dans la réflexion. Ok, Jack Bauer ne recule devant rien, pas même lorsque il doit s’adonner à la torture physique pour arriver à ses fins. Ce qui fait nécessairement de lui l’instrument de la politique agressive et réactionnaire de George W. Bush. Foutaises. Carrie Matheson et Jack Bauer ne sont pas si éloignés qu’on veut bien le prétendre. Ce sont des francs-tireurs. Si Jack ne semble pas avoir beaucoup de limites quand il exerce ses compétences particulières, Carrie ne recule pas non plus devant grand-chose pour mener à leurs termes ses investigations. Plus l’intrigue de la première saison de Homeland progresse et plus on ressent l’étouffante claustrophobie d’un personnage pris au piège des carcans imposés par son statut d’agent de la CIA. À l’instar de 24, Homeland souligne la nécessité d’outre-passer certaines règles pré-établies, dans l’urgence, pour arriver à progresser dans le bon sens. Par cela, les deux fictions mettent en exergue la lenteur et -surtout- le caractère encombrant de l’administration américaine, qui dans les deux cas, a du sang sur les mains et fait preuve d’un manque de discernement plus qu’à son tour affligeant.

Par contre, il est clair que si 24 n’est pas une série sympathisante Bush, Homeland est de son côté un show profondément ancré dans une certaine logique démocrate.
Adapté de la série Hatufim (Kidnapped), de Gideon Raff, Homeland aborde un sujet sensible. La série évoque Al-Qaïda, la guerre en Afghanistan, les terroristes et plus globalement l’après 11-septembre, mais prend garde à ne jamais tomber dans la stigmatisation bête et méchante. Pas manichéenne pour deux sous, l’intrigue de la première saison s’attache plutôt à décrire le cheminement intérieur de personnages complexes qui, lorsqu’ils œuvrent pour la destruction, n’agissent jamais gratuitement. Brody est-il un terroriste ? Et si oui, peut-on vraiment détester un homme qui a tant souffert, mais qui aime profondément ses enfants et sa femme ? Là encore, sans vouloir déflorer les nombreux rebondissements, ce sont surtout les hautes sphères du gouvernement américain qui en prennent pour leur grade.

Thriller de haut-vol, à la narration aussi fluide que précise, Homeland est une authentique réussite scénaristique. La mise en scène répond parfaitement aux exigences du scénario et se fait immersive quitte à manquer un poil d’originalité.
Sans avoir recours à une action décomplexée ou à une violence frontale, Homeland est un pur trip psychologique, près de l’actualité et conscient de l’importance de ses thématiques. La prouesse étant de réussir en permanence à équilibrer le divertissement pur et la réflexion plus sérieuse sur des enjeux géopolitiques souvent illustrés de manière obscure dans les fictions.

On pense aussi à Brothers, le film de Susanne Bier (et à son remake, signé Jim Sheridan) et à Démineurs de Kathryn Bigelow car Homeland suit le retour au pays de ces hommes brisés, contraints de se reconstruire parfois totalement pour avancer. Il est question de décalage. C’est valable pour Brody qui, lorsqu’il rentre chez lui, doit faire face aux conséquences d’une longue absence, et de Carrie qui, à cause de son troubles bipolaire, doit batailler sévère pour imposer ses idées et ses stratégies.
Plusieurs niveaux de lecture sont au programme de cette série ô combien prenante.

Les acteurs y sont tous incroyables de pertinence. À commencer par Claire Danes. L’actrice révélée aux côtés de DiCaprio dans Romeo + Juliette (et dans la série Angela, 15 ans) tient ici son meilleur rôle. D’une complexité et d’une profondeur désarmantes, son personnage impressionne constamment. Damian Lewis, grand habitué des rôles de marines (il a débuté dans la mini-série Frères d’Armes) habite lui aussi le show. Fragile et ambiguë, il est parfait. C’est aussi le cas de Mandy Patinkin, très émouvant ou encore de Morena Baccarin. Pas la peine de tous les citer, ils sont tous bons.

On appelle ça un carton plein. Homeland ne cesse de faire monter la tension au fil de 13 épisodes (11 + 1 épisode double) qui ne souffrent d’aucune baisse de régime. Jusqu’au coup de fouet final, prévisible dans un sens, mais complètement inattendu dans son traitement. Voyez et vous comprendrez. Homeland ne fait dans la sensationnalisme facile. Il joue sur l’endurance. Il gagne sur la longueur, sans s’essouffler. Avec brio, force et intelligence.

@ Gilles Rolland

Crédits photos : Showtime

Par Gilles Rolland le 13 octobre 2012

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