[Critique série] HOUSE OF CARDS – Saison 4

SÉRIES | 8 mars 2016 | Aucun commentaire

Titre original : House Of Cards

Rating: ★★★★☆
Origine : États-Unis
Créateur : Beau Willimon
Réalisateurs : Tucker Gates, Robin Wright, Tom Shankland, Alex Graves, Kari Skogland, Jakob Verbruggen.
Distribution : Kevin Spacey, Robin Wright, Michael Kelly, Neve Campbell, Mahershala Ali, Jayne Atkinson, Derek Cecil, Nathan Darrow, Kim Dickens, Ellen Burstyn, Joel Kinnaman…
Genre : Thriller/Drame/Politique/Adaptation
Diffusion en France : Netflix
Nombre d’épisodes : 13

Le Pitch :
Rien ne va plus à la Maison Blanche alors que le couple présidentiel n’en finit pas de se déchirer. Une tension qui affecte la campagne électorale qui s’annonce. Une campagne au terme de laquelle Frank Underwood espère bien renouveler son mandat de Président. Mais il faudra pour cela stopper net la progression de Will Conway, le candidat républicain, un jeune loup aux dents longues, prêt à tout pour chasser Underwood de son siège à Washington DC. Sans compter les problèmes qui s’accumulent sur le bureau de celui qui n’a désormais plus assez de doigts pour compter ses opposants, y compris au sein même de son gouvernement…

La Critique :
Alors que les fans se demandaient si Canal +, qui détenait les droits français de diffusion jusqu’à maintenant, allait proposer la quatrième saison de House of Cards, cette dernière a déboulé sans crier gare sur Netflix. Un retour à la maison pour le show de Beau Willimon (il s’agit en effet, à la base, d’une série Netflix) qui se pose également comme une sorte de baroud d’honneur pour le showrunner, étant donné que cette saison sera sa dernière. Willimon qui, avant de céder sa place pour le cinquième acte, se devait de frapper un grand coup, en orchestrant cette nouvelle salve d’épisodes très justement centrée sur les élections présidentielles, alors que dans réalité, démocrates et républicains ont commencé les hostilités pour savoir qui succédera à Barack Obama à la Maison Blanche.
Plus que jamais, House of Cards se positionne donc dans une dynamique très actuelle, jouant avec brio sur un contexte bien particulier, offrant à ses spectateurs une sorte de miroir « à peine » déformant de ce qui se déroule en ce moment aux États-Unis. Un constat renforcé par la volonté de la série d’aborder également une thématique ô combien sensible, à l’instar de Homeland, à savoir la montée en puissance de l’extrémisme. Quitte, contrairement à Homeland cette fois-ci, à changer le nom de l’organisation en question et de n’inclure aucune des récentes tragédies dans son déroulement. Cela dit, l’évocation de la question de la radicalisation, permet à House of Cards de résonner avec une puissance renouvelée et de s’ancrer avec conviction dans son époque.
Pour autant, cette faculté de se servir de l’actualité à ses propres fins scénaristiques, dessert aussi parfois -et paradoxalement- le show. Quand Homeland, encore elle, reste très ancrée dans les préoccupations géo-politiques qu’elle utilise pour faire progresser son intrigue, House of Cards s’en éloigne à divers moments pour mieux se focaliser sur ses personnages et leurs interactions et mettre en exergue son côté plus sensationnel. Jeu de massacre toujours aussi facétieux, la série manque alors un peu de substance quand elle démontre de certaines difficultés à jongler entre la pure fiction, en prenant des airs de thriller, de drame et pourquoi pas parfois de comédie, et la politique-fiction qui nous évoque en gros ce que nous voyons tous les jours aux infos à la télévision. La distance entre le tangible et l’extrapolation se réduit, par rapport aux saisons précédentes qui puisaient peut-être un peu moins dans le présent et un plus dans le passé, pour trouver leur inspiration. Le pari était balèze et à l’arrivée, le constat, si il reste en grande majorité positif, ne manque pas de souligner quelque peu les limites de la série concernant certaines de ses ambitions premières.
Une chose est sûre : nous ne savons pas encore combien de temps Netflix compte prolonger les aventures de Frank et de Claire Underwood mais la direction prise par cette nouvelle saison ne supportera pas de faux-pas majeur. Une conclusion encouragée par le dernier épisode, palpitant à plus d’un titre, mais garant de promesses qui ne pourront qu’être tenues pour assurer la sérénité de la série.

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Quoi qu’il en soit, House of Cards reste une œuvre majeure. Difficile de ne pas remarquer que certaines ficelles commencent à s’user mais tout aussi difficile de ne pas rester admiratif devant la façon dont le récit se poursuit sans perdre de son formidable pouvoir d’attraction. Rares sont les séries aussi addictives que celle-ci, dont chaque épisode fournit une dose d’adrénaline suffisante pour donner envie de ne pas éteindre sa télévision et de rester toujours un peu plus aux côtés des personnages. Rythmée à la perfection, soutenue par des dialogues toujours plus impitoyables, House of Cards renouvelle son contrat d’exigence avec le public et, sans trop vulgariser son sujet pourtant complexe, se trouve toujours être d’une clarté absolue. Peu importe que la politique soit un thème qui vous interpelle ou non, le show trouve toujours le moyen de rendre ses thématiques stimulantes à la manière des plus grands thrillers de cinéma. Et ce n’est pas l’incroyable coup de théâtre de la première moitié de saison qui nous incitera à penser le contraire.
Laissant de prime abord un peu de côté l’une de ses principales caractéristiques, à savoir la capacité du protagoniste incarné par Kevin Spacey de casser le quatrième mur pour s’adresser au public et l’inclure dans ses manigances comme une sorte de témoin consentant malgré lui, House of Cards cherche à remodeler les contours qui l’ont défini jusqu’à maintenant. À l’image du couple Underwood, qui avance un peu à l’aveuglette dans un chaos qu’il ne contrôle pas totalement, le spectateur ne sait pas ce qui l’attend au tournant. Le suspense, décuplé, permet à ce quatrième acte de débuter sur les chapeaux de roues, avant que la saison ne vienne quelque peu retrouver ses habitudes. Illustrant une lutte intestine aussi sauvage que viscérale, mettant en exergue la brutalité d’un monde où les certitudes comme la confiance volent régulièrement en éclats, les 13 épisodes resserrent aussi l’étau des priorités de la série. Finis les chemins de traverse empruntés par la saison 2, ici, c’est du direct et si de nouveaux personnages font bel et bien leur entrée, chacun vient trouver sa place dans l’intrigue principale et non plus dans des arcs narratifs secondaires dont la multiplicité a pu, par le passé, diluer la tension.

Neve Campbell, l’actrice connue pour avoir illuminé de sa présence la saga Scream, fait justement son entrée, et prouve à ceux qui la cantonnaient à son statut de scream queen, de quel bois elle se chauffe. D’une prestance parfaitement à propos, elle s’impose comme l’alter ego ambigu et mystérieux de Claire Underwood. Cette dernière quant elle, bénéficie encore et toujours du talent d’une Robin Wright décidément impressionnante. Glaciale, elle dévoile néanmoins les fêlures d’une Première Dame malmenée et finit de faire de ce personnage fascinant l’un des plus puissants vus à la télévision américaine ces dernières années. Robin Wright qui s’est d’ailleurs largement impliquée dans cette saison, réalisant plusieurs épisodes, tout en produisant, avec Kevin Spacey.
Kevin Spacey justement, domine une distribution spectaculaire, armé de son charisme à toute épreuve. Facétieux, terrifiant, calculateur, son Frank Underwood évolue au rythme du plaisir manifeste que prend l’acteur à jouer avec les codes mis à sa disposition. Sans tabler sur la redite, Spacey s’avère troublant et jubilatoire, que ce soit dans les moments de doute ou de triomphe, toujours capable de rebondir, de semer le doute et l’effroi dans le cœur de ses adversaires et in fine, des spectateurs. De quoi largement affirmer une nouvelle fois que son rôle, taillé sur mesure, est non seulement l’un des meilleurs de sa carrière, mais que son personnage est aussi l’un des plus intéressants et stimulants du petit monde de la série TV.
Rajoutez à cela les interventions remarquées de l’impériale Ellen Burstyn (la mère dans L’Exorciste, entre autres faits de gloire), les toujours impeccables Michael Kelly, Mahershala Ali, Jayne Atkinson, et Derek Cecil et pas doute, House of Cards est d’une classe folle. Sans oublier Joel Kinnaman, qui campe l’adversaire d’Underwood dans la course électorale, parfait de bout en bout.

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Cette saison s’avère aussi très maligne, quand elle va puiser de nouveaux ressorts dans son propre passé, convoquant les fantômes de certaines des figures tombées au « combat » pour la Maison Blanche, comme Zoe Barnes, de manière à faire trembler la présidence d’Underwood sur ses fondations. Ainsi, la série se fait l’illustration impitoyable de l’adage qui affirme qu’un animal sauvage n’est jamais plus dangereux que lorsqu’il est blessé. Frank et Claire Underwood sont ici littéralement acculés, devant redoubler d’inventivité et de cruauté pour conserver leurs positions. À l’écran, cela se traduit par des épisodes nerveux et tendus. La tension, si elle n’est pas toujours canalisée au mieux, est continue. Dès le début, le ton est donné. L’ambiguïté est totale. La série prend des risques et comme souligné plus haut, ce choix est à double tranchant. Se refusant à faire du surplace comme tant d’autres productions qui jouent la montre (The Walking Dead si tu nous lis), House of Cards ne doute pas et y va franchement. Elle joue à fond sur l’excès, qu’elle assume pleinement, au fil de petits accents démontrant bien une forme de second degré, malgré le sérieux du sujet, flirtant carrément parfois avec le soap opera (ce qui pourra déplaire c’est certain), tout en s’en moquant.
Si il reste à savoir où tout ceci va se terminer pour juger cette œuvre racée dans son ensemble, force est de reconnaître encore une fois l’extraordinaire singularité, le caractère frondeur et la capacité à se renouveler de cette formidable fresque politique sans concession.

@ Gilles Rolland

House-of-Cards-saison4  Crédits photos : Netflix

Par Gilles Rolland le 8 mars 2016

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