[Critique série] HUNTERS – Saison 1

SÉRIES | 27 février 2020 | Aucun commentaire
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Titre original : Hunters

Rating: ★★★★½

Origine : États-Unis

Créateur : David Weil

Réalisateurs : Alfonso Gomez-Rejon, Wayne Yip, Nelson McCormick, Dennie Gordon, Millicent Shelton, Michael Uppendahl.

Distribution : Al Pacino, Logan Lerman, Jerrika Hinton, Lena Olin, Saul Rubinek, Carol Kane, Josh Radnor, Greg Austin, Tiffany Boone, Louis Ozawa, Kate Mulvany, Dylan Baker, Jonno Davies, James LeGros…

Genre : Drame/Thriller

Diffusion en France : Prime Vidéo

Nombre d’épisodes : 10

Le Pitch :

New York, 1977. Le jeune Jonah découvre, à la mort de sa grand-mère, que cette dernière faisait partie d’un groupe secret de chasseurs de nazis. Une équipe constituée de survivants des camps de concentration et de spécialistes de l’infiltration, emmenée par un certain Meyer Offerman, un richissime homme d’affaires lui-même rescapé d’Auschwitz. Lancés à la poursuite d’anciens dignitaires du IIIème Reich désormais cachés aux États-Unis, ces chasseurs ne reculent devant aucune méthode pour soumettre ces criminels à une forme de justice souvent expéditive et violente…

La Critique de la saison 1 de Hunters :

Al Pacino et Jordan Peele. Voici les deux arguments massifs qu’Amazon a mis sur la table pour promouvoir Hunters, son ambitieuse nouvelle série. Un acteur ô combien respectable et un réalisateur ayant le vent en poupe depuis le succès des récents Get Out et Us. Deux hommes qui ne sont pourtant pas les seuls à porter Hunters. Car au fond, cette dernière est très principalement l’œuvre d’un certain David Weil. Un showrunner désireux de rendre hommage à ses aïeuls, et notamment à sa grand-mère, autrefois détenue dans les camps de la mort en Allemagne, mais aussi soucieux de proposer un divertissement capable de captiver sur la longueur un public assez large. Le tout en fédérant autour de Jordan Peele donc, mais aussi d’Al Pacino, principal et premier pôle d’attraction du projet, ici entouré d’un casting de gueules assez réjouissant, avec notamment, le véritable héros de la série, Logan Lerman (découvert il y a quelques années dans l’excellent Le Monde de Charlie) ou encore Josh Radnor, le Ted de How I Met Your Mother.

Ces garçons qui venaient d’Argentine

Très vite, Hunters affiche la couleur et tente de raccrocher les wagons avec l’imagerie et l’impertinence du cinéma de Quentin Tarantino. C’est d’ailleurs le premier argument des détracteurs du show. Image léchée, musique soignée avec tubes bien 70’s à l’appui, montage nerveux et mélange des genres sont au programme de cette sorte d’adaptation, version contemporaine (mais pas trop non plus) du Inglourious Basterds de Tarantino. C’est du moins ce que les premiers épisodes peuvent encourager à penser et non il ne faut pas s’arrêter là. Non car d’une part, Hunters cherche aussi à s’émanciper et y parvient finalement assez bien, et non car d’une autre part, le show fait preuve du respect de circonstance quand il cite ses illustres références (qui ne se limitent pas à Tarantino) et aborde son douloureux sujet. Après, bien sûr, parfois, le mix est assez curieux. Une approche un peu funky, un humour décalé, des effets de style pas toujours très fins et un discours relatif à l’Holocauste, forcément beaucoup plus grave… Voilà de quoi est faite Hunters. Mais curieusement, en réussissant presque systématiquement, avec plus ou moins de grâce, à retomber sur ses pattes, la série fonctionne. À l’arrivée, ce fourre-tout touche en effet sa cible et propose quelque-chose de très stimulant, devant lequel on ne s’ennuie jamais, mais aussi, et c’est important, une vraie réflexion sur le mal, sur la notion de vengeance et celle de justice, mais aussi sur des thématiques parfois plus surprenantes, comme le souvenir, la famille et le pardon.

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Vengeance sanglante

Et puis il faut aussi préciser que Hunters bénéficie d’un écriture très rythmée. Entre flash-backs souvent très marquants, car censés raconter des épisodes traumatisants dans les camps, et envolées graphiques tantôt légères et tantôt bien sauvages, la série y va franchement en semblant même profiter de son caractère il est vrai parfois instable, pour se permettre des choses vraiment intéressantes. Un peu bancale, elle compense donc par son panache, une générosité de tous les instants et par une audace renouvelée, qui se lit aussi bien au niveau de la forme que du fond, profitant également du charisme de ces acteurs, et bien sûr de celui d’Al Pacino en premier lieu. Éblouissant, ce dernier livre une performance très subtile, ne s’interdisant pas pour autant le genre de coups d’éclats qui dans sa filmographie sont légion. Des montées en puissance dont il a le secret qui à l’écran, aujourd’hui comme avant, galvanisent ses partenaires, probablement soucieux de se montrer à la hauteur de ce monstre sacré. Et en cela, il faut saluer la prestation de Logan Lerman. Parfaitement en place, lui aussi tout en nuance, le jeune comédien fait le job avec classe, à l’instar de Josh Radnor (on oublie Ted Mosby assez vite) ou du couple, très touchant, constitué de Carol King et Saul Rubinek. Dans le cas des méchants, même constat. Ces derniers se montrant souvent volontairement excessifs dans leur approche de leurs personnages, comme pour bien souligner que si le sujet de la série reste tragique, cette dernière tient malgré tout à imposer un second degré qui va aussi bien piocher dans les séries B d’antan que dans la culture comics. Encore une fois, le mélange peut déplaire, voire choquer, comme d’ailleurs pour Inglourious Basterds. Ne serait-ce que par le côté révisionniste de l’entreprise. Ancrée dans une réalité cruellement tangible, habitée d’un discours qui cherche aussi à se montrer actuel, via sa façon de dénoncer le racisme ambiant (la série souligne notamment la nécessité de ne pas reproduire les horreurs du passé), Hunters a en tout cas le mérite de tenter et d’assumer ses choix en permanence.

En Bref…

Passionnante et parfois foutraque, tragique mais aussi tour à tour plus légère et décalée, Hunters mise tout sur un mélange des genres qui pourra en déconcerter plus qu’un.e. Les autres par contre, qui accrocheront dès le premier épisode et qui goûteront à l’audace de la démarche et à l’excellence de l’exécution graphique, risquent fort d’en redemander. Amenée à profondément diviser, mais aussi à choquer, Hunters fonce dans le tas, oublie parfois de faire preuve de finesse ou de distance mais se montre suffisamment méritante, audacieuse, émouvante et parfois réellement surprenante, pour emporter la mise.

@ Gilles Rolland

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Crédit photos : Prime Video
Par Gilles Rolland le 27 février 2020

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