[Critique série] LUTHER – Saison 1

SÉRIES | 7 octobre 2012 | Aucun commentaire

Titre original : Luther

Rating: ★★★★½
Origine : Angleterre
Créateur : Neil Cross
Réalisateurs : Brian Kirk, Sam Miller, Stefan Schwartz
Distribution : Idris Elba, Warren Brown, Ruth Wilson, Paul McGann, Dermot Crowley, Michael Smiley, Steven Mackintosh, Saskia Reeves, Indira Varma…
Genre : Policier/Drame
Année de production : 2010
Diffusion en France : Canal Plus
Nombre d’épisodes : 6

Le Pitch :
Policier à la section criminelle de Londres, John Luther vient de boucler une affaire de tueur d’enfants. Les circonstances de l’arrestation du coupable, qui a fini dans le coma suite à une chute, sont troubles. Luther, connu pour son implication à la limite du raisonnable dans son travail et pour ses méthodes parfois controversées, doit, de son côté, faire face à son divorce. Il lutte avec la dépression qui a mené au départ de sa femme qu’il aime toujours profondément. Ses démons intérieurs le harcèlent et le poussent parfois vers des accès de colère, qui ne sont pas sans inquiéter ses coéquipiers. Néanmoins, Luther est aussi respecté pour son redoutable instinct. Vaille que vaille, John Luther doit continuer son boulot. Un travail qui ne cesse de le mettre à l’épreuve et de le confronter à de sombres individus aux noirs desseins…

La Critique :
Si il y a un genre de série télé bien sclérosé et usé jusqu’à la corde, c’est bien la série policière. Depuis la nuit des temps, où la boite à images était encore en noir et blanc, jusqu’à aujourd’hui, les séries policières s’enchaînent sur les ondes. De Derrick et ses investigations pépères et poussiéreuses, aux Experts et leur techniques scientifiques de pointe, la télévision est un pur réceptacle pour un style de fiction qui du coup, a de plus en plus de mal à se renouveler. Ainsi Les Experts ont enfanté des séries comme NCIS ou encore des trucs tout nazes comme R.I.S. Police Scientifique, show made in France diffusé sur TF1 (car bien sûr les meilleures séries françaises ne sont pas diffusées sur TF1, c’est désormais une évidence).

Quoi qu’il en soit, Luther apporte du neuf. Une vraie bulle d’oxygène qui suit ses propres pistes, qui s’avère aussi addictive qu’originale et qui prend aux tripes. Une réussite que l’on doit à Neil Cross, un romancier et scénariste britannique, qui a aussi officié sur des shows comme Doctor Who et qui prouve que la Perfide Albion est bel et bien le nouvel Eldorado de la série télé (et ce depuis maintenant de nombreuses années). À noter d’ailleurs que Cross a écrit un roman introductif à la série télé, intitulé Luther The Calling et dont l’action se déroule avant la saison 1.

De l’aveu même de Neil Cross, Luther s’inspire à la fois de Columbo et de Sherlock Holmes. Un cocktail parfaitement dosé, qui se voit agrémenté d’une savante touche de noirceur abyssale, prompte à faire du protagoniste principal, un personnage complexe, loin des chevaliers blancs de la série télé policière. Là est le principal intérêt d’une fiction qui n’en manque pas. John Luther, n’est pas un héros comme les autres. Dépressif à tendance alcoolo, il s’avère malgré tout un excellent enquêteur. Il s’agit d’un policier obsessionnel dont les méthodes, parfois douteuses, n’ont pour but que de résoudre une énigme tortueuse, qui nécessite une implication psychique qui n’est pas sans laisser de traces.
En seulement six épisodes, la première saison de Luther tricote un canevas de ressentis complexes. La série se place alors à mi-chemin entre quelque-chose comme Les Experts, qui présente une enquête par épisode, tout en ménageant un petit fil rouge au second plan (ce qui permet à TF1 de passer les épisodes dans le désordre) et des fictions à la narration continue, comme 24 Heures (au hasard car cela n’a rien à voir). Chez Luther, chacun des cinq premiers épisodes a bel et bien son méchant. Un individu à arrêter et qui occupe une large partie du temps. En parallèle -et c’est toujours le cas- la série laisse le temps aux intrigues secondaires (qui sont en fait les principales) et aux luttes intestines du héros de se mettre en place, en vue du feu d’artifice final. Résultat : on peut prendre Luther en cours de route ou regarder un épisode par-ci par-là, mais on risque alors de passer à côté du plus intéressant.
Narrativement, Luther est admirablement construit et court plusieurs lièvres à la fois, sans jamais perdre de vue son axe principal.

Il a également l’ambiance, typique des productions anglaises de haut-vol. Londres sert d’écrin à cette progression qui laisse très peu de place pour reprendre son souffle. L’humour n’est pas absent de l’équation mais c’est bel et bien cet esprit claustrophobique qui prédomine. C’est donc très dur de décrocher une fois que l’on a commencé, surtout si on considère que la tension ne fait que croitre.
Remarquablement écrite, la série rappelle les meilleurs thrillers, tel Se7en, mais ne sacrifie jamais son identité profonde sur l’autel du plagiat.

Et puis il y a le casting. Un casting dominé par la prestation du charismatique Idris Elba.
Luther a propulsé Elba dans les hautes sphères hollywoodiennes. On a pu le voir dernièrement dans Ghost Rider 2, dans Prometheus et il sera à l’affiche du très attendu Pacific Rim de Guillermo Del Toro l’année prochaine. Sans Idris Elba, il y a fort à parier que Luther n’aurait pas eu le même impact. Le comédien, très impressionnant physiquement (son regard seul symbolise l’esprit du show) compose un personnage unique. Il trimbale sa carcasse entre les scènes de crimes sanglantes, les bureaux déserts du QG de la police londonienne et les rues sombres, miroir de sa détresse et de sa solitude. Elba est Luther, point barre. Avec lui, les autres comédiens arrivent à construire une équipe solide. De plus, Michael Smiley figure au générique et ça, ce n’est pas anodin (même si son rôle lui, l’est).

Exigeante, prenante, parfois suffocante et menée d’une main de maitre, cette première saison est un modèle du genre. Basée sur une urgence palpable, elle confronte le bien et le mal sans jamais définir clairement les frontières. Ambiguë au point d’en être déstabilisante, principalement à cause de la relation qu’entretient Luther avec Alice Morgan (magnétique Ruth Wilson) qui à elle seule illustre une variation de Faust, tout à fait raccord avec le reste.

La première saison de Luther est sorti en France en coffret DVD, chez Studio Canal. Un coffret qui comprend également la seconde saison de quatre épisodes. On en reparle bientôt…

@ Gilles Rolland

Crédits photos : BBC

Par Gilles Rolland le 7 octobre 2012

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