[Critique série] MASTER OF NONE

SÉRIES | 15 décembre 2015 | Aucun commentaire
Master-of-None-poster

Titre original : Master of None

Rating: ★★★★☆
Origine : États-Unis
Créateurs : Aziz Ansari, Alan Yang
Réalisateurs : James Ponsoldt, Aziz Ansari, Eric Wareheim, Lynn Shelton.
Distribution : Aziz Ansari, Noël Wells, Eric Wareheim, Kelvin Yu, Lena Waithe, H. Jon Benjamin, Todd Barry, Shoukath Ansari…
Genre : Comédie
Diffusion en France : Netflix
Nombre d’épisodes : 10

Le Pitch :
Dev, la trentaine, vit à New York. Acteur de publicités, il vit sa vie selon ses envies, entre questions existentielles, recherche du grand amour et dégustation de pâtes. Entouré de ses amis et de ses parents, Dev incarne cette génération qui peine encore à trouver sa place dans la société…

La Critique :
À l’instar de Louis C.K. ou d’Amy Schumer, Aziz Ansari raconte son quotidien. Master of None, la série qu’il porte sur ses épaules, se place ainsi dans le sillage de ces shows où fiction et réalité se mêlent savamment, sans que l’on ne sache vraiment où se situe la frontière entre le fantasme et la réalité. Acteur plus ou moins proche de la scène « Apatow » (il apparaît dans C’est la Fin, où se retrouvent de nombreux acteurs de cette génération mise en lumière par le cinéma de Judd Apatow et de ses lieutenants), Ansari a également brillé dans des comédies comme 30 Minutes Maximum, American Trip ou encore Funny People, tout en explosant dans Parks and Recreation. Protagoniste incontournable, bien que souvent au second plan, du paysage « comique » américain, l’acteur a décidé de sauter le pas et de signer chez Netflix pour un show centré sur sa personne.
Contrairement à Louis C.K. ou à Amy Schumer, pas de passages stand-up, bien qu’il ait lui aussi largement donné, en foulant à de nombreuses reprises les planches, à l’occasion de spectacles salués par la critique et le public. Master of None adopte une approche plus cinématographique, comme le confirme le format de l’image. La structure du récit se démarque également, en cela que chacun des 10 épisodes de cette première saison s’articule autour d’une thématique bien précise, dévoilée au début, par un sous-titre. Parents, revient sur l’historique des parents de Dev (joués par les vrais parents d’Aziz Ansari) et de ceux de son ami, tout en insistant sur les problématiques liées à l’immigration et au choc des cultures et des générations, Indians on TV, parle de la place des comédiens indiens à la télévision et au cinéma, Old People s’attarde sur le regard que la société porte sur les personnes âgées, etc… Le tout en suivant un fil rouge quant à lui focalisé sur la vie sentimentale du héros. Un fil rouge d’ailleurs amené à prendre de plus en plus de place au fil des épisodes, comme en attestent les deux dernières histoires, entièrement consacrées aux questionnements d’Aziz au sujet des sentiments qu’il porte à sa copine et du futur qu’il envisage.

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Si comparer Master of None à Louie coule de source, il est tout aussi évident de rapprocher la série du cinéma de Woody Allen. Allen qui semble décidément au centre du processus créatif de ces acteurs désireux de disserter dans des œuvres qu’ils contrôlent entièrement, sur la vie. Difficile donc de ne pas penser aux films cultes de Woody devant les premiers pas du Dev d’Aziz Ansari à l’écran, tant son regard sur le monde, pétri d’incertitudes à propos de tout et de n’importe quoi, rappelle les ressentis filmés du plus célèbre des réalisateurs new-yorkais. Pour autant, avec un certain brio, Ansari parvient à s’affranchir assez rapidement de l’influence de son mentor. La « faute » à une vision bien ancrée dans notre époque, mais aussi également relative à l’âge du personnage. L’aspect autobiographique, souligné par le fait que Dev soit aussi acteur, conférant à l’ensemble un surplus d’authenticité réellement appréciable.
Moins frondeur que Louie, moins décalé aussi, Master of None apparaît comme un show doux amer, où les vannes gentiment trash sur le sexe côtoient les remises en question, ainsi qu’une certaine tendresse. Dev, le personnage central est immédiatement attachant, même si il possède aussi ce petit côté irritant, propre à sa condition d’éternel insatisfait. Grand gamin, il se pose également comme un fin observateur, à l’instar de ses amis, tous sur la même longueur d’onde, ou de sa pétillante copine, incarnée par la révélation Noël Wells.
Autre grande force de Master of None : sa rythmique redoutable. Chaque épisode passe comme une lettre à la Poste et réserve son lot de rires, d’observations finement ciselées et pertinentes, et d’instants plus émouvants. Fantastiquement écrite, la série sait instaurer une ambiance par laquelle il est facile de se laisser happer, tandis que les comédiens, tous également très sympathiques et attachants, font le maximum, sans avoir l’air de forcer le trait, pour nous inclure dans leurs interactions.

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Plus qu’une simple comédie, Master of None jette un regard sur son époque. Bien sûr avant tout destinée aux trentenaires, qui n’auront aucune difficulté à se reconnaître dans les aventures de Dev et de ses proches, elle fait aussi preuve d’une naïveté attendrissante, tout en étant aussi plus grave, ce qui s’avère aussi surprenant que bien intégré à l’ensemble.
Avec sa bande-son assez alternative (mais pas trop non plus), sa mise en scène pop, dans l’air du temps, sans être artificielle, cette série Netflix tape dans le mille plus qu’à son tour et s’impose sans mal comme l’une des œuvres les plus pertinentes et drôles du moment.
Maître à bord, Aziz Ansari a les coudées libres pour donner de l’ampleur à sa prose. Sans trop se baser sur le meta humour cher à Judd Apatow (on trouve quand même de belles références), il fait preuve d’une certaine audace, sous couvert de légéreté, mais sait mesurer ses effets. Suffisamment mature pour échapper aux poncifs trop encombrants, sa série ne boude pas les ruptures de ton et ne se prive pas non plus de poser de vraies questions. En se servant du rire comme principal vecteur de ses idées, Aziz Ansari ne joue pas aux donneurs de leçons. Et c’est bien pour cela qu’on prend autant de plaisir à le suivre.

@ Gilles Rolland

Master-of-None2 Crédits photos : Netflix

Par Gilles Rolland le 15 décembre 2015

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