[Critique série] ORANGE IS THE NEW BLACK – Saison 4

SÉRIES | 2 juillet 2016 | Aucun commentaire
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Titre original : Orange is The New Black

Rating: ★★★★★
Créateur : Jenji Kohan
Réalisateurs : Andrew McCarthy, Constantine Makris, Erin Feeley, Tricia Brock, Uta Briesewitz, Mark A. Burley, Phil Abraham, Lev L. Spiro, Matthew Weiner, Adam Bernstein.
Distribution : Taylor Schilling, Laura Prepon, Jessica Pimentel, Danielle Brooks, Kate Mulgrew, Uzo Aduba, Samira Wiley, Kimiko Glenn, Blair Brown, Brad William Henke, Taryn Manning, Lea DeLaria, Natasha Lyonne, Dascha Polanco, Lori Petty, Nick Sandow, Diane Guerrero, Laura Gomez, Yael Stone, Dale Soules, Vicky Jeudy, Jolene Purdy, Alan Aisenberg, Mike Houston, Michael Torpey, Michael Harney…
Genre : Drame/Adaptation
Diffusion en France : Netflix
Nombre d’épisodes : 13

Le Pitch :
L’humain à Litchfield, c’est terminé. Après que beaucoup des détenues se soient évadées pour aller se baigner dans le lac voisin de la prison pendant un changement de clôture, et à la suite de la démission des plus anciens gardiens, Caputo décide d’appeler en renfort une équipe de gardiens beaucoup plus stricts. La prison, maintenant gérée par une holding privée, voit arriver d’un coup une centaine de détenues, ce qui provoque une surpopulation soudaine. Alors que la situation générale est déjà assez tendue, Alex Vause, rattrapée par son passé, tue (avec une codétenue) le tueur à gages envoyé par son ancien boss. Litchfield devient une poudrière…

La Critique :
Après une saison 3 qui a divisé les fans qui ne la trouvaient pas assez rythmée, la saison 4 a marqué un tournant spectaculaire. Même si dans sa deuxième partie, la saison précédente a connu des événements graves et tristes (le viol de Tiffany « Pennsatucky » Doggett par un gardien, l’agression transphobe violente subie par Sophia Burset et son transfert en isolement dans un QHS « pour sa propre sécurité »,..), le changement s’est avéré radical et bien plus brutal que l’on aurait pensé. Tout commence par l’arrivée d’une centaine de détenues, dont l’ancienne star de la télévision Judy King condamnée pour fraude fiscale ; des détenues en majorité dominicaine, ce qui redistribuera les cartes. Piper Chapman, à la tête d’un cartel de culottes pour pervers, commence à se prendre pour une dure (et se fait détester de quasiment toute la prison) et va devoir faire face à une concurrente inattendue en la personne de Ruiz (Jessica Pimentel), détenue discrète jusqu’alors. En voulant la contrecarrer, Chapman va lui donner d’avantage de force. Côté gardiens, ceux qui étaient un tant soit peu humains laissent la place à des « cowboys » venus de QHS, d’une sévérité extrême, voire psychopathes, dirigés par le colosse Desi Piscatella (joué par l’ancien joueur de football américain Brad William Henke). Le manque d’autorité du directeur Caputo sur ses gardiens va donner lieu à des abus de pouvoir en série. De son côté, Alex Vauze s’est mise dans de sales draps, et ce, dès les premières minutes de la saison, en tuant un tueur à gages envoyé par son ancien chef de cartel de drogue, Kubra, contre lequel elle a dû témoigner au début de la saison 2. Pendant ce temps, Suzanne Warren (Uzo Aduba) et la paranoïaque Lolly Whitehill (Lori Petty) deviennent de plus en plus ingérables. Voilà qui pose une ambiance explosive.

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Rares sont les moments où on sourit et on respire. On les doit surtout à la romance pleine de fraîcheur entre Poussey Washington (Samira Wiley) et Brook Soso (Kimiko Glenn), ainsi que dans les extravagances et gaffes de Judy King (Blair Brown), une détenue totalement déconnectée du monde réel en raison de son statut social particulier. La série maintient une tension viscérale tout au long de la saison. Alors que l’on était habitué à voir explorées des thématiques sociales, surtout dans les flashbacks, Orange Is The New Black prend un ton nettement plus engagée. L’Amérique fait face à ses pires travers. La prise en charge par une holding privée, enclenchée dans la saison précédente, est totale. Le directeur de la prison, Caputo, est monté en grade au sein de MCC, la holding propriétaire, et assiste aux petits calculs mesquins lourds de conséquences. Dans un souci de maximisation des profits, la holding envoie de grandes quantités de détenues à Litchfield, sans se préoccuper de la surpopulation engendrée. Les cours théoriques voulus par Caputo se transforment en travail de construction gratuits et seul le bien-être d’une détenue riche semble source de préoccupation de cette même holding. En vient une métaphore du choc des classes en vigueur dans le pays. Des détenues humiliées par des gardiens, des policiers et une justice trop zélés qui envoient en prison pour des délits mineurs, le cynisme des holdings, la charge est féroces.
Dans ce contexte, encore une fois, les acteurs s’en sortent à merveille. Le casting principal est encore une fois excellent. Jessica Pimentel se retrouve au premier plan et se montre particulièrement bluffante en implacable chef de gang de prison. On voit défiler de nouvelles têtes, dont Jolene Purdy, transfuge de Under The Dome dans un rôle prometteur. Lori Petty, vue dans la saison 3, est excellente en schizophrène paranoïaque qui brisera l’armure du conseiller Healy, qu’on connaissait surtout pour sa haine des lesbiennes. Natasha Lyonne, assure son come-back après une absence durant la majeure partie de la saison précédente. Les grosses surprises viennent de ceux qui campent les gardiens. Vu la saison précédente, Alan Aisenberg est touchant dans le rôle du candide et maladroit Baxter Bayley. Michael Torpey est assez inquiétant en Thomas Humphrey, gardien vicieux et psychotique à rendre presque sympa Percy Wetmore, le méchant gardien de La Ligne Verte. Mais le plus flippant vient Brad William Henke, monstre de charisme compensant une faible expérience d’acteur, qui campe Piscatella, archétype du gardien colosse, bourrin et despotique comme on voit dans les films et séries du genre.

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Pour se renouveler, la série a fait le choix audacieux de changer radicalement de registre, comme d’autres séries auparavant, comme Six Feet Under par exemple, qui avait laissé tomber l’humour noir pour rester dans le drame pur. Le changement est flagrant. D’une profonde noirceur, désespérée, viscérale, engagée, cette nouvelle saison ne laisse que peu de moments pour sourire ou simplement respirer. Pari risqué et pari réussi, cette saison 4 est encore meilleure que la 2 (qui pourtant était de très haut niveau) et la meilleure de la série. Tout porte à croire que plus rien ne sera comme avant et que le show de Jenji Kohan continuera dans ce registre.

@ Nicolas Cambon

Orange-is-the-new-black-saison4  Crédits photos : Netflix

Par Nicolas Cambon le 2 juillet 2016

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