[Critique série] THE PUNISHER – Saison 1

SÉRIES | 21 novembre 2017 | 1 commentaire
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Titre original : Marvel’s The Punisher

Rating: ★★★★½
Origine : États-Unis
Créateur : Steve Lightfoot
Réalisateurs : Tom Shankland, Andy Goddard, Kari Skogland, Dearbhla Walsh, Jeremy Webb, Antonio Campos, Marc Jobst, Jim O’Hanlon, Kevin Hooks, Jet Wilkinson, Stephen Surjik.
Distribution : Jon Bernthal, Ben Barnes, Ebon Moss-Bachrach, Amber Rose Revah, Deborah Ann Woll, Daniel Webber, Jason R. Moore, Paul Schulze, Mary Elizabeth Mastrantonio, C. Thomas Howell, Clancy Brown…
Genre : Thriller/Action/Drame/Adaptation
Diffusion en France : Netflix
Nombre d’épisodes : 13

Le Pitch :
Frank Castle, alias le Punisher, un ancien membre du corps des Marines, a juré de tuer tous ceux qu’il juge responsables du massacre de sa famille. Considéré comme mort par les autorités, il travaille comme ouvrier sur un chantier sous une fausse identité. Pourtant, bientôt, des événements vont le pousser à reprendre les armes…

La Critique de la saison 1 de The Punisher :

Plébiscité à la suite de son apparition remarquée dans la saison 2 de Daredevil, le Punisher, probablement le personnage le plus brutal de tout l’univers Marvel, se devait d’avoir sa propre série. Juste histoire de lui donner l’opportunité de développer une trame que Daredevil n’avait bien entendu fait qu’effleurer. C’est donc à l’heure où Disney, qui pour rappel détient Marvel, a annoncé bientôt ouvrir son propre service de streaming et ainsi retirer toutes ses billes de Netflix, que le Punisher fait son entrée. Dans ces conditions, si il est certain que Jessica Jones aura bien droit à une seconde saison, difficile de parier sereinement sur l’avenir des héros de l’univers partagé Marvel/Netflix. Le Punisher y compris, car c’est une possibilité : cette saison pourrait être la seule. Quoi qu’il en soit, cette saison justement, que vaut-elle ? Attendu de pied ferme par ses fans et plus globalement par tous ceux que Luke Cage, Iron Fist et les Defenders ont déçu, Frank Castle se devait de mettre tout le monde d’accord. Comme Daredevil et dans une moindre mesure Jessica Jones, avaient su le faire. Et ce après les trois films sortis respectivement en 1989, 2004 et 2008 qui n’ont convaincu qu’une petite partie du public, laissant les autres songeurs quant à ce que pourrait donner une série ou un long-métrage vraiment fidèle aux comics et donc sauvage à souhait…

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Berserker

The Punisher a le mérite d’entrer dans le vif du sujet d’emblée, sans prendre de détours, au fil d’une introduction parfaitement en phase avec les intentions du projet et les espérances qu’il a suscité durant les longs mois qu’a duré sa gestation. Frank Castle, son fameux crane blanc peint sur le torse défouraille à tout va, le sang coule, les méchants morflent méchamment… Le Punisher est dans la place, Marvel et Netflix ont manifestement décidé de profiter de la liberté dont ils disposaient pour envoyer du lourd. Mais… Oui car il y a déjà un mais. Rapidement, la série rétrograde et se pose. Mais au fond, il faut bien raconter une histoire non ? The Punisher ne pouvait pas se résumer à une série d’affrontements et d’exécutions sommaires. Et c’est là qu’on reconnaît bien un trait de caractère commun aux dernières productions Marvel/Netflix : cette propension à gagner du temps et à faire un peu de sur place. Moins marquée ici, beaucoup moins même, que dans Luke Cage ou Iron Fist, cette tendance est présente et dilue la tension à plusieurs moments clés. Heureusement, cela concerne surtout les premiers épisodes. Reste que la saison aurait gagné à être plus courte. À contenir moins de ces passages durant lesquels les personnages, le Punisher y compris, dissertent ou encore moins de ces flash-backs au début utiles pour remettre les choses dans leur contexte mais à la longue plutôt rébarbatifs. Là encore surtout au début. Mais au fond, cette « faculté » de la série à retarder l’action est aussi paradoxalement à la base de l’une de ses grandes qualités… Un truc qu’on avait pas vu arriver et qui confère un vraie profondeur à l’ensemble ainsi qu’une portée politique pour le coup totalement inattendue.

C’est pas ma guerre

Conscient à juste titre qu’il lui faudrait plus qu’une vendetta, aussi gore soit-elle (et elle l’est, nous y reviendrons), le showrunner Steve Lightfoot a aussi désiré livrer une réflexion aussi bienvenue que poussée sur le retour difficile au pays des soldats américains. Notamment à travers le personnage de Curtis, un ami de Frank Castle investi dans une association d’aide aux anciens combattants. C’est alors que The Punisher aborde cette problématique toujours aussi actuelle et donc délicate et vient la replacer dans un contexte moderne. Lui-même ex-Marine, Castle se fait le représentant principal de ce discours pertinent mais pas seulement, car un autre personnage vient se greffer, développe un arc narratif qui lui est propre et vient ainsi nourrir une dynamique puissante à la source d’une émotion jadis présente, sous une forme plus ou moins similaire, dans une moindre mesure ou non, dans des œuvres comme le premier Rambo. Au bout du compte, c’est surtout de cela dont il est question dans cette première saison : de la place que les anciens soldats doivent ou non occuper dans une société qui refuse de regarder ses fantômes et ses travers droit dans les yeux.
Autre détail un peu étrange : The Punisher aborde aussi la question de la place des armes aux États-Unis. Sans trop de finesse et avec un côté un peu réactionnaire qui, si il déplaira à certains, sied pourtant complètement au genre auquel appartient la série.

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Montée en puissance

Peut-être un peu déconcertante au début, vu qu’elle se paye le luxe d’esquiver la violence et plus globalement tout ce qu’on attend du personnage quand il prend part à l’action, la série est bâtie sur une montée en puissance aussi inexorable qu’efficace. Ce n’est que lorsque débute la seconde partie qu’on s’en rend d’ailleurs vraiment compte tant les pions se mettent à bouger vers la conclusion et que peu à peu, les bavardages laissent la place aux gunfights et aux bastons. Frank Castle quant à sa part, ne déçoit pas. Surtout quand il fait montre d’une détermination flagrante et que rien ne peut le faire dévier, n’y les suppliques de ses amis qui lui intiment de se calmer, ni les inclinaisons d’un scénario qui cherche parfois à diluer la violence par un peu d’humour et/ou des considérations qui peuvent apparaître comme hors-sujet. Quand il faut y aller, Castle y va et plus qu’à son tour, le show fait parler la poudre. Au point de proposer des séquences qui font partie des plus violentes et des plus gores que l’on ait pu voir sur un écran cette année. Dans les fringues du justicier, Jon Bernthal est toujours aussi parfait. Massif, il s’apparente à une sorte de bête qu’on cherche à museler et dont la rage guide les décisions les plus radicales. À grand renfort de grognements et de hurlements, Bernthal trouve le moyen d’exprimer et donc d’incarner la rage au centre du Punisher, tout en lui conférant une véritable humanité qui ne jure pas avec ses accès de sauvagerie. Le voir bousiller des types à la chaîne prend alors un tout autre sens. C’est parce que la série a pris le temps d’explorer sa psyché que le Punisher apparaît plus complexe et plus fascinant. Même chose concernant les side-kicks. En particulier l’agent Madani, brillamment interprétée par la charismatique Amber Rose Devah, Micro, qui est campé par un Ebon Moss-Bachrach impeccable et plus qu’on tour touchant, et bien sûr Billy Russo, le futur Jigsaw, qui trouve en Ben Barnes l’interprète idéal.

Du sang, de la sueur et des larmes

Sorte de déclinaison à la sauce comic book d’une tragédie grecque dans laquelle les protagonistes seraient armés jusqu’aux dents, The Punisher met certes un peu de temps à trouver son rythme de croisière mais se montre au final plus que valeureuse. Parce qu’elle n’édulcore par la violence propre au héros, et parce qu’elle sait emménager une place pour l’émotion, la série fait mouche et atteint sa cible. Plusieurs fois, avec force et sincérité, avec une bonne dose de générosité. Détachée de toutes les autres productions Marvel/Netflix (finalement, c’est surtout l’excellente Deborah Ann Woll, dans le rôle de la journaliste Karen Page, qui fait le lien sans vraiment le faire non plus vu que ni Daredevil, ni Luke Cage, Iron Fist ou Jessica Jones ne sont cités), The Punisher suit un peu le même genre de trame et la même structure mais arrive à se trouver, indépendamment de tout le reste. À résonner avec cette brutalité attendue, avec une énergie du désespoir parfois folle, dans le sang donc, mais aussi la sueur et les larmes.

En Bref…
Il faut quelques épisodes à The Punisher pour se mettre en place mais une fois que c’est fait, pas de déception. Voilà une série qui a compris le principal concernant son matériau de base et qui sait envoyer du bois quand il faut envoyer du bois. Hyper violente, gore, sans concession, mais aussi étonnamment nourrie d’une émotion prégnante, cette première saison convainc également grâce à ses acteurs, le superbe et bestial Jon Bernthal en tête, et à sa mise en scène précise, pas tape-à-l’oeil et percutante comme il se doit. On n’est pas passé loin du perfect !

@ Gilles Rolland

The-Punisher-saison1-Jon-Bernthal  Crédits photos : Netflix/Marvel

Par Gilles Rolland le 21 novembre 2017

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karl Libus
karl Libus
3 années il y a

Yessss!!!!