[Critique série] THE WALKING DEAD – Saison 6

SÉRIES | 4 avril 2016 | Aucun commentaire
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Titre original : The Walking Dead

Rating: ★★☆☆☆
Origine : États-Unis
Créateurs : Frank Darabont, Robert Kirkman
Réalisateurs : Greg Nicotero, Jennifer Lynch, Angela Kang, Stephen Williams, Avi Youabian, Heather Bellson, Channing Powell, Michael E. Satrazemis, Kari Slogland, Billy Gierhart, Alrick Riley.
Distribution : Andrew Lincoln, Norman Reedus, Lauren Cohan, Steven Yeun, Danai Gurira, Chandler Riggs, Melissa McBride, Michael Cudlitz, Lennie James, Christian Serratos, Jeffrey Dean Morgan, Sonequa Martin-Green, Chandler Riggs…
Genre : Horreur/Drame/Adaptation
Diffusion en France : OCS
Nombre d’épisodes : 16

Le Pitch :
Rien ne va plus à Alexandria, la ville forteresse dans laquelle Rick et les siens se sont réfugiés. Alors que les morts-vivants s’amassent aux portes de la cité et que les Wolves, une bande organisée particulièrement agressive, se révèlent, les survivants sont confrontés à une violence à laquelle beaucoup ne sont pas habitués. Tandis que Rick prône une attitude plutôt radicale face aux différentes menaces, Deanna, la responsable d’Alexandria, prêche pour une approche plus modérée. Les événements à venir vont permettre aux survivants de trancher…

La Critique :
La première menace à laquelle les personnages de The Walking Dead durent se confronter fut les morts-vivants. À l’instar du comic book, dont la série s’est régulièrement, et de plus en plus franchement, éloignée, le récit a saisi l’importance de néanmoins vite se reposer sur autre chose que le simple fait de voir les héros tailler menu des zombies. Les longs-métrages du genre les plus brillants, à commencer par les trois volets de la trilogie matricielle de George A. Romero, ayant posé les bases, en livrant via une invasion de morts-vivants, une critique sociétale acerbe, The Walking Dead savait que pour perdurer, il fallait trouver autre chose. Non seulement rebondir mais aussi ne pas se reposer entièrement sur ce que les fondateurs avaient déjà illustré par le passé. Sont alors intervenus des ennemis « vivants ». Des personnages comme le Gouverneur, présent dans la bande-dessinée, mais exploité différemment. Un antagoniste efficace et brutal qui céda la place à des cannibales. Des personnages très brutaux qui ont vite offert à l’histoire de belles occasions d’avancer et de faire monter la pression, sans non plus qu’elle perde de vue les « marcheurs ».
Le problème, c’est qu’alors qu’elle allait régulièrement piocher des idées dans le comic book tout en les modifiant à sa guise, pour assurer sa longévité, la série s’est aussi reposée sur un schéma prévisible qui a vite mis en exergue ses limites et sa désespérante propension à ne jamais surprendre dans le bon sens, grâce à l’utilisation d’artifices foireux.
Le schéma le voilà : un premier épisode globalement très rythmé, violent et plutôt maîtrisé. Un second épisode plus sage, qui pose les nouveaux enjeux et cinq autres qui font du sur-place tout en suivant gentiment de nouvelles pistes. Vient alors le dernier épisode de la mi-saison. Un épisode lui aussi souvent bon, qui se termine sur un cliffhanger voulu incroyable. On attend ensuite plusieurs semaines et on attaque la seconde partie de la saison. Le schéma se répète. Un premier épisode brutal, six épisodes plus mous et un dernier plus « choquant » qui s’ouvre sur la suite, en tentant de donner envie aux fans de compter les jours jusqu’à la reprise.
La saison 6 adopte bien entendu cette sempiternelle dynamique, et n’y apporte rien de nouveau. Le problème majeur ici, étant que si on tombe toujours de temps en temps sur de bonnes choses, la qualité de l’écriture s’avère encore plus décevante qu’auparavant, précipitant The Walking Dead dans un marasme dont elle aura désormais bien du mal à se sortir. Le plus grave étant que le dernier épisode, annoncé par Greg Nicotero lui-même comme le meilleur jamais produit depuis les débuts, est extrêmement décevant…

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Il semblerait que le show initié par Frank Darabont (une bonne occasion de rappeler que son éviction fut le point de départ d’une lente et longue déliquescence) et Robert Kirkman (d’après son comic book) se limite aujourd’hui à une succession gênante de tics d’écriture. Car ce n’est pas du côté de la réalisation ou plus globalement de la mise en image que le bât blesse le plus, mais bien du côté du scénario. On passe rapidement sur la multiplication d’échanges verbaux complètement aux fraises, qui rappellent sans cesse que The Walking Dead peut être sacrément ridicule par moment, pour se concentrer sur la façon dont le show gère la multiplication des personnages. Nombreux, ces derniers sont souvent amenés à se séparer. Et c’est lors de ces épisodes interminables que la série se plante systématiquement, en laissant sur le bord de la route certains protagonistes clés, pour se focaliser sur des choses qui n’en méritent pas tant. Contrairement à certaines œuvres de la concurrence qui gèrent parfaitement bien les problèmes relatifs à leur caractère choral, The Walking Dead trébuche sans arrêt. Dans cette saison 6, Daryl, par exemple, ne doit pas avoir plus de 15 lignes de dialogues (en exagérant à peine). On se demande ainsi comme il est encore possible de s’attacher aux personnages tant ils sont régulièrement laissés pour compte. Fatalement, la progression de leurs histoires personnelles voit sa crédibilité en prendre un méchant coup dans l’aile. Les ellipses sont sabordées, et on voit des romances débuter sans que l’on ne sache très bien pourquoi et d’autres s’arrêter tout aussi inexplicablement. Les comportements de certains intervenants changent également du tout au tout. Alors qu’il était jusqu’ici dénué de la moindre notion de courage, le gentil benêt Eugene se transforme en chien de guerre. Pareil pour Gabriel, le prêtre, traître à ses heures, qui se change en super soldat… Toujours très amatrice en métaphores casse-gueules, pour ne pas dire pathétiques, la série, très confiante, y va franchement pour nous imposer une émotion préfabriquée et prévisible, à laquelle il est de moins en moins facile d’accorder le moindre crédit. La négligence avec laquelle a été écrit le script provoque des conséquences, qui dans ces circonstances, s’avèrent aussi inévitables que malheureusement dommageables à la bonne tenue de l’ensemble : des scènes tombent à plat, les réactions des personnages paraissent souvent totalement farfelues, les dialogues versent volontiers dans un pathétique gênant et, fin du fin, on rit alors que rien de ce qui se déroule à l’écran n’est censé être drôle.

Autre défaut majeur, encore plus accentué dans ce sixième acte : cette insupportable tendance à étirer le récit. Comme souligné plus haut, c’est à chaque fois pareil, mais ici, c’est pire. On nous promet tout le temps un gros truc à venir. Avant, il s’agissait des Wolves, ces types, humains, affublés d’un W sur le front, bien méchants et agressifs. Une bande de dégénérés que la saison 6 laisse tomber, au terme d’un épisode certes visuellement très positivement sauvage, mais sinon complètement à la ramasse au vue de ce qu’il raconte. Ceux qui attendaient des Wolves bien consistants, cadrant avec tous les indices donnés dans les épisodes précédents, en seront pour leurs frais. Une fausse piste de plus. Comme si, au dernier moment, conscients que ce qu’ils tenaient entre les mains ne valait pas tripette, les scénaristes avaient décidé de rallier l’un des méchants les plus emblématiques de la BD, à savoir Negan. Negan qui est mentionné tout au long de la saison, mais dont l’implication donne envie de crier au scandale. C’est la même chanson : on nous promet, on nous promet, et on nous promet encore, mais à la fin, c’est la déception. Peut-être qu’avec 6 épisodes de moins, cette saison, comme les deux précédentes, aurait pu toucher sa cible, mais là, en diluant, retardant et annulant certains ressorts, c’est le plantage. Et ce ne sont pas ces rebondissements quasiment tous éventés qui arrangent les choses. Au contraire.

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Jamais depuis qu’elle a décidé de s’affranchir du comic book, la série n’a prouvé le bien-fondé de ses choix. Ses meilleures idées provenant justement de la bande-dessinée. Des idées balancées à la va-vite pour se raccrocher aux branches dans un récit qui ne sait pas trop quoi en faire. On se retrouve donc devant quelque chose de plutôt brouillon, de très poussif, de parfois carrément difforme et généralement de très ennuyeux.
Le soucis de The Walking Dead est son succès. Star des stars du petit écran, le show, quoi qu’il fasse, déclenche des vives réactions sur la toile et encourage, malgré le téléchargement massif, des millions de spectateurs à se donner rendez-vous devant leur poste pour se régaler des aventures de Rick, Michonne et de leurs petits copains les mangeurs de cervelles. Le public veut du gore ? On lui en donne. Beaucoup et souvent, et même si ça ne rime parfois à rien ! Ils veulent des histoires d’amour ? No problemo, en voici quelques-unes ! Et pour faire bonne mesure, on va faire comme Game of Thrones et sacrifier de temps à autre un personnage. Mais pas trop non plus car la prise de risque n’est pas la spécialité de The Walking Dead. Le truc ici, est de jouer la sécurité. De surfer encore et toujours la même vague, afin de faire le plus de saisons possible. À la fin, même les scénaristes ne semblent plus savoir où il vont et pourquoi ils ont choisi cette direction. Du sang pour du sang, un massacre de zombies pour faire bonne mesure, des mots qui ne veulent rien dire, des arcs narratifs qui s’éternisent pour rien… telle est la rengaine de The Walking Dead, la série qui n’a de cesse de gâcher son énorme potentiel.

Heureusement quelques-uns des acteurs, grâce à leur charisme, contribuent à sauver, un peu, les meubles. Les producteurs le savent d’ailleurs bien. Rosita, Maggie et Michonne, voient régulièrement leurs formes mises à contribution. C’est agréable, mais quand on commence à regarder une série ou un film uniquement parce que les actrices et ou les acteurs sont canons, c’est qu’il y a un truc qui cloche. Surtout quand des excellents comédiens se voient contraints de composer avec des personnages devenus de vrais clichés sur pattes. N’est-ce pas Carol ? N’est-ce pas Abraham ? N’es-ce pas Carl ? La liste est interminable…
On peut conclure en remerciant les réalisateurs. Leur travail est souvent très bon. Greg Nicotero aussi assure, quand il évolue dans son milieu de prédilection, soit les maquillages et les effets visuels. Dans The Walking Dead, comme toujours, ils sont excellents. Dans cette saison tout particulièrement. Mais bien sûr, cela ne suffit pas. Avec la saison 6, la série a franchi un cap dont il sera très difficile de revenir. Car en effet, le dernier épisode est mauvais. Il laisse comme qui dirait un sale goût de « foutage de gueule » dans la bouche. Comme si les scénaristes jouaient avec les spectateurs, sans se rendre compte que leur jeu était biaisé par leur villes ambitions. C’est en tout cas ce que suggère clairement l’ultime séquence, qui intervient au terme d’un très long monologue. On joue la montre et après, quand le couperet est censé tomber et nous laisser tous pantois, c’est la douche froide. Du coup, on voit mal comment la saison 7 pourrait s’avérer passionnante. Cela demanderait, entre autres choses, de l’audace. Et l’audace, The Walking Dead l’a remisée au placard depuis bien longtemps déjà…

@ Gilles Rolland

The-Walking-Dead-saison-6  Crédits photos : AMC/OCS

Par Gilles Rolland le 4 avril 2016

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